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« Le système Bertrand, un racket organisé d'entrepreneurs »

Pierre-Yves CARLIER Jeudi 04 juillet 2013
« Le système Bertrand, un racket organisé d'entrepreneurs »
Léon Bertrand, mardi, au tribunal de Fort-de-France. Hier, son avocat a demandé sa relaxe (PYC)

Hier matin, le procureur de Fort-de-France a demandé quatre ans de prison avec mandat de dépôt contre le maire de Saint-Laurent.

On avait compris que les débats, menés depuis jeudi au tribunal de Fort-de-France dans l'affaire des marchés publics de la communauté de communes de l'ouest guyanais (CCOG), n'avaient pas fait varier le sentiment du vice-procureur Jean-Philippe Navarre. Tout le monde s'attendait à ce qu'il réclame de la prison ferme contre Léon Bertrand et les principaux prévenus. Beaucoup ont été étonnés, hier matin, quand il a ajouté un mandat de dépôt contre le maire de Saint-Laurent et son ancien bras droit Augustin To-Sah Be-Nza.
Il a justifié son choix par le risque de fuite de l'ex-directeur de la CCOG en République centrafricaine, dont il détient aussi la nationalité, et par le risque que Léon Bertrand ne recommence les fraudes dont il l'accuse.
Car Jean-Philippe Navarre a maintenu ses accusations. Pour lui, le « système Bertrand » , « c'est un racket organisé des entrepreneurs. Il n'y a pas de menaces, pas de voies de fait, mais une obligation de payer les sommes qu'ils réclament à ses collecteurs de fonds : Augustin To-Sah Be-Nza, Richard Cheung-A-Long et Guy Le Navennec. »
Il cite les lettres d'observations de la sous-préfecture, le rapport de la chambre régionale des comptes, celui de l'organisme de contrôle des bailleurs sociaux contre la Senog, pour balayer l'hypothèse d'un règlement de compte politique. Il déplore que la CCOG ne se soit pas constituée partie civile. « Aujourd'hui, vous avez des victimes réelles qui sont absentes à l'audience : les habitants du Maroni et l'argent public [...] Je suis ces habitants qu'on prétend avoir voulus aider et qu'on a lésés. »
Jean-Philippe rappelle les documents des marchés publics retrouvés chez les entrepreneurs, ce message de Jean Pradié à François Combelle - « Nous sommes prêts à vous aider pour l'attribution de ce marché » , - les déclarations d'Augustin To-Sah avant ses rétractations, les agendas d'Augustin To-Sah qui révèlent des repas avec Jacky Hildenbrand au moment où étaient passés les marchés, cette mention retrouvée sur le disque dur de Jean Pradié - « Marchés CCOG - Versements espèces. » Tout cela au bénéfice d'un homme : « Léon Bertrand touche 13 000 euros d'indemnités (et de retraite) acquises au prix d'élections qui n'ont pas été complètement achetées, mais financées par des fonds d'entrepreneurs. »
- Quatre ans de prison contre Léon Bertrand
Le procureur Jean-Philippe Navarre a pris ses réquisitions hier matin, vers 10 h 20 (11 h 20 en Guyane), au tribunal de Fort-de-France. Il a réclamé quatre ans de prison, assortis d'un mandat de dépôt, contre Léon Bertrand, trois ans de prison et mandat de dépôt contre Augustin To-Sah Be-Nza. Cela signifie qu'en cas de condamnation, et si le tribunal le suit, des gendarmes iraient les chercher à leur domicile pour les conduire en prison.
Le représentant du parquet a aussi demandé deux ans de prison contre Guy Le Navennec, deux ans de prison dont dix-huit mois avec sursis contre Jean Pradié et Richard Cheung-A-Long, dix-huit mois de prison avec sursis contre Jacky Hidenbrand, Abongo Adam et François Combelle, six mois de prison avec sursis contre Chunny Katidjo.
Il souhaite que le tribunal prononce des peines d'amende contre les dix prévenus et de les échelonner de 50 000 euros contre Chunny Katidjo à 150 000 euros contre Léon Bertrand et Augustin To-Sah.
Léon Bertrand, estime-t-il, doit être privé de ses droits civiques et de son éligibilité, les fonctionnaires doivent être interdits d'exercer cette fonction et les chefs d'entreprise interdits de gérer une entreprise et de répondre à des marchés publics.
- Une enquête basée sur des « caricatures »
Alexandre Varaut, avocat de Léon Bertrand, estime que « le système Bertrand n'existe pas » . Il demande sa relaxe. Les plaidoiries se termineront aujourd'hui.
« Myrtho Fowel, on le sait bien, il faut qu'il soit mort, qu'il ait été assassiné, qu'il ait été découpé dans un marigot au bord du Maroni. Il concentre tout l'ouest guyanais, ses turpitudes, l'argent sale, ses côtés sombres. » Pour Alexandre Varaut, l'avocat de Léon Bertrand, le dossier jugé par le tribunal de Fort-de-France s'appuie sur des caricatures, des fantasmes, des rumeurs. « C'est beau comme du SAS. Mais je prends le pari que (Myrtho Fowel) ne perd pas une miette de ce procès. Qu'avec les 450 000 euros qu'il a pris, il est installé dans une jolie maison » au Suriname.
Ces « caricatures » , c'est l'image donnée de Léon Bertrand : « On fait de lui le roi du fleuve, un Gaston Flosse de l'Amazonie [...] Avec les impôts, la Jaguar, l'appartement, on fait un écran de fumée. On lui crée un casier judiciaire moral. On essaie de créer une personnalité avec des éléments pour lesquels il n'est pas jugé [...] le système Bertrand, c'est une étiquette de pure communication. Mais il n'y a pas de système et il n'y a pas Léon Bertrand. Il n'y a pas deux marchés qui sont attribués de la même manière. On ne s'appuie jamais sur les mêmes têtes d'épingle. »
Pour l'avocat, tout vient démonter la thèse du procureur : Léon Bertrand ne fait pas partie de la commission d'appel d'offres, y a nommé ses adversaires politiques, passe 28 jours par mois à Paris, a demandé à Guillaume-Emmanuel Quitman de rédiger un rapport administratif après la disparition de Myrtho Fowel. « L'homme qui a mis en place le système Bertrand, qui en connaît toutes les ficelles, demande qu'on lui fasse un rapport sur tout ça ? » Alexandre Varaut n'y croit pas.
Pas plus qu'il ne croit aux accusations de l'entrepreneur François Combelle. « Je ne porte pas un jugement moral sur (lui), mais sur sa crédibilité [...] Monsieur le procureur, qui en veut à notre Jaguar (l'ancienne voiture de Léon Bertrand), est beaucoup plus mesuré avec les 350 000 dollars et les 150 000 euros retirés en liquide (par François Combelle) sur un compte offshore. » L'argent sale, selon lui, il est là et nulle part ailleurs : « Depuis 1988, l'État finance la politique pendant les campagnes électorales et entre les campagnes. Ses comptes (des élections législatives) de 2012 ont été épluchés. La vie politique n'a plus besoin d'argent sale. »
P.-Y. C.

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1 commentaire

Vos commentaires

dextercobalt 04.07.2013
Bien

Ce serait bien que, pour une fois, les politiques paient vraiment pour les délits. Cela ferait sans doute réfléchir les autres.

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