Omniprésente en tête de peloton en début de course, la Guadeloupe a fait illusion avant d'exploser dès les premières bosses.
Avec des passages à 10% les premières pentes ont fait mal. Le peloton a explosé peu après le carrefour de Cacao.
Après l'aussi incontournable qu'inutile attaque des premiers kilomètres, la course a vraiment été lancée dans les premières bosses du jour. La première montée à 10% créée la première surprise, ou plutôt la première déconvenue. Le maillot jaune, Frédérick Théobald, se retrouve isolé. Aucun équipier à ses côtés pour lui prêter main forte. L'armada guadeloupéenne a sombré dès les premières pentes. Le leader du Tour se retrouve entouré d'adversaires directs au milieu d'un groupe d'une trentaine d'hommes. Les dix premiers du général sont là, la bagarre peut commencer.
La Martinique entre alors en action. Avec Eustache et Demazy, tout deux bien placés au général, les Martiniquais embrayent pour éviter le retour d'équipiers de Théobald. Troisième du général à 26 secondes du maillot jaune, Cédric Eustache paraît être le leader naturel de l'équipe. Mais c'est Emile Demazy qui attaque avec Willy Roseau. Deux Allemands, Ampler et Wiele, un Slovaque, Barenyi et un Sarthois, Freulon, les accompagnent. Avec deux minutes trente d'avance peu après Bélizon, Demazy est maillot jaune virtuel. On se dit que la Martinique est en train de frapper un grand coup pour marquer son retour. Mais en attaquant sans cesse, Eustache contribuera largement à réduire l'écart qui sépare son coéquipier du groupe maillot jaune. On a du mal à comprendre la stratégie. Comme on a du mal à comprendre certaines alliances de circonstance dans ce groupe où certains ont roulé sans y avoir intérêt, tandis que d'autres se contentaient de suivre plutôt que tenter de jouer leur carte. Résultat des courses : peu de changements en tête de classement, malgré quelques écarts qui se sont réduits, et un maillot jaune sauvé par un Théobald qui, après la bosse du carrefour de Cacao, n'en espérait sûrement pas tant.
À l'arrivée, Vincent Freulon règle le sprint des échappées, qui terminent 36 secondes devant le maillot jaune. Le Sarthois est plus libre de ses mouvements depuis qu'il a perdu sa troisième place du général à Sinnamary, et il peut laisser exploser ses talents de routier sprinter. Il n'est pas dit qu'il ne réitérera pas. Après tout, c'est lui qui s'était imposé l'an dernier à Kourou.
« Il reste encore deux jours, rien n'est terminé, on verra demain. » Combien sont-ils à le dire encore sur les arrivées ? Mais à force de voir demain, demain finira par être lundi. L'étape de Régina étant la plus propice aux écarts, elle était peut-être aussi la dernière véritable chance de ravir un maillot jaune qui avait rarement été aussi fragile qu'hier sur des épaules guadeloupéennes. Franck Duro a dû remonter des paires de bretelles au retour à l'hôtel et il serait surprenant que la Guadeloupe se fasse de nouveau piégée comme elle l'a été sur la route de l'est. La RN1 entre Cayenne et Kourou, et retour, risque bien d'être contrôlée et il y sera difficile, pour un leader, de creuser des écarts.
En attaquant régulièrement, Cédric Eustache a-t-il provoqué la défaite des Martiniquais ? (JA)
- 3 QUESTIONS À Moïse Rondel directeur technique de la Martinique
Moïse Rondel, vous avez failli avoir le jackpot aujourd'hui...
Nous n'avons pas été récompensés de nos efforts. On recommencera. On va s'exprimer autrement, car maintenant nous savons que la course est verrouillée par trois clubs, la Guadeloupe, l'Allemagne et Rammler. On s'expliquera entre nous.
Jouez-vous bien votre jeu en faisant de Domazy un virtuel maillot jaune ?
Nous savions que Cédric aurait eu du mal à sortir, il était à deux minutes. C'était normal de jouer la carte Domazi. Cela n'a pas payé et on espère que ce sera pour la prochaine fois. Roseau a fait un bon boulot, mais nous ne sommes pas arrivés au bout.
La Martinique est-elle très ambitieuse sur ce Tour ?
Le président m'a confié six gars motivés qui sont solidaires. On n'a pas réussi aujourd'hui mais on espère dimanche soir. La course va très très vite. Les équipes invitées sont d'un très bon niveau. Nous essayons de faire la course et si tout le monde faisait comme nous, elle aurait une autre physionomie. Pour l'instant, je n'ai que des satisfactions. On travaille, même si ça ne paye pas. C'est le sport, cela se fait à la pédale, il faut le prendre comme cela, c'est la vie. Ce n'est pas fini, la course s'achève dimanche et il faut que l'on se calme. On verra, car on reste à l'affût.
- VINCENT FREULON JS Coulaines, vainqueur : Je préfère une victoire d'étape
Je voulais absolument une victoire d'étape, pas forcément à Régina mais au moins une étape. Je la dédie à Vincent Lebesle qui est tombé hier et qui a suivi l'étape dans la voiture. Dans le sprint, j'avais surtout peur du Slovaque et des Allemands. Ne plus être classé au général m'a permis de sortir du peloton. C'est vrai que si je n'avais pas sauté mercredi, j'aurais sûrement été sur le podium dimanche mais l'important pour moi, c'est de lever les bras. Je préfère une victoire d'étape à une troisième place au général.
- MARCO PONT ECG : J'ai raté la bonne
J'avais envie de gagner à Régina comme en 2008. J'avais de bonnes jambes, mais j'ai raté la bonne échappée quand ils sont partis à six. À partir de là, c'était perdu. J'ai bien essayé de revenir seul, mais c'était difficile. Les Guyanais, on n'était pas très nombreux dans le premier peloton et ça roulait très fort. Il fallait avoir le niveau pour parvenir à attaquer face à des adversaires aussi forts. Je n'ai pas compris pourquoi Eustache attaquait alors que, devant, Demazy allait chercher le maillot jaune.
- CÉDRIC EUSTACHE club Région Martinique : Rien n'est perdu pour moi
Nous avions deux gars devant et nous avons tout fait pour creuser l'écart. La Guadeloupe avait Rammler qui aidait la Guadeloupe, on ne sait pas pourquoi. J'adore les duels comme cela. Avec une seule équipe. Nous ne cherchons pas d'alliés. Rien n'est perdu pour moi.