Deux personnes décédées après avoir bu un breuvage à base de plantes
Stéphanie BOUILLAGUET
France-Guyane
29.07.2010
Les victimes auraient confondu un arbre (en cours d'identification) avec le courbaril (photo), une espèce connue pour ses vertus médicinales. L'écorce qu'ils ont bue en infusion leur a probablement été fatale. Des analyses toxicologiques sont menées au centre antipoison de Paris (HG)
Deux employés d'un site d'orpaillage légal isolé sont décédés après être tombés gravement malades. Selon toute vraisemblance, ils se seraient trompés d'écorce dans leur infusion, en confondant deux arbres. Des analyses toxicologiques sont en cours, notamment au centre antipoison de Paris.
On n'est jamais trop prudent avec les plantes de la forêt guyanaise. Un drame l'a prouvé ces derniers jours.
Trois personnes d'une quarantaine d'années travaillant sur un site d'orpaillage légal dans le secteur d'Ipoussing, sur l'Approuague, sont tombées gravement malades après avoir consommé un breuvage à base de plantes. Deux sont décédées à l'hôpital de Cayenne mardi et dimanche derniers. Le troisième est en voie de guérison, selon nos informations.
D'après les témoignages recueillis sur le site d'orpaillage par l'Agence régionale de santé (ARS), les trois hommes ont consommé une préparation dans laquelle ils avaient fait macérer une écorce d'arbre. Un arbre qu'ils auraient pris pour un courbaril, connu pour ses vertus médicinales. « On s'oriente selon toute cohérence vers une erreur dans la préparation de la décoction » , explique le directeur général adjoint de l'ARS, Olivier Kleitz. Un témoin a rapporté qu'une des victimes aurait d'ailleurs émis un doute sur l'espèce dont ils arrachaient l'écorce. « C'est comme les champignons. Il n'y a rien de plus ressemblant entre un champignon mortel et un champignon délicieux » , compare le docteur Jean-Marc Fischer, médecin en santé publique à l'ARS.
En infusion
Deux employés ont bu en grande quantité leur préparation sous forme d'infusion. Le troisième, qui l'a mélangé en petite quantité à de l'alcool, en a beaucoup moins consommé. C'est sans doute ce qui lui a sauvé la vie : « Une de nos hypothèses est que la différence de gravité entre les cas dépend de la forme de consommation. L'infusion aurait libéré davantage de produits toxiques » , explique le docteur Jean-Marc Fischer.
Quelques jours après avoir bu leur concoction, les trois employés ont développé des symptômes très inquiétants. Hélitreuillés par le Samu, ils ont été hospitalisés à l'hôpital de Cayenne.
Les victimes ont présenté le syndrome de Lyell - une maladie très grave qui se caractérise par un décollement de la peau - accompagné d'agranulocytose, la disparition des globules blancs. Douze personnes travaillaient sur le site d'orpaillage : « Quand trois d'entre eux tombent en même temps malades, vous imaginez la panique » , explique le docteur Fischer. La plupart se sont donc présentés au Char et certains ont été hospitalisés par précaution. Mais seuls les trois employés qui avaient consommé leur mélange ont développé la maladie.
L'écorce analysée
L'arbre en cause a été repéré par les autorités sanitaires : « Il y avait des traces de pas partout autour, et une bande d'écorce avait été arrachée » , précise le directeur adjoint de l'ARS. L'écorce qui a été utilisée dans la préparation, ainsi que celle de l'arbre repéré, a été envoyée au centre antipoison de Paris, pour être analysée.
Des feuilles de cet arbre seront également prochainement recueillies pour identifier l'espèce. « Notre grand espoir est de pouvoir identifier l'arbre afin d'informer les gens de sa dangerosité, poursuit le docteur Fischer.
L'idéal serait de réaliser un manuel présentant les plantes toxiques et d'expliquer pour quelles raisons les victimes se sont trompées dans le passé » .