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« Ce n'est pas un meeting de propagande »

Guillaume AUBERTIN France-Guyane 14.11.2009

La plupart des agents a répondu présent à l'invitation de leurs présidents respectifs. On n'avait presque pas vu une telle affluence au Progt depuis la venue de Sainte-Thérèse de Lisieux

Le personnel du Conseil général et de la Région a été convié hier au Progt pour une réunion d'information consacrée à l'évolution statutaire. L'énoncé de la brochure distribuée aux agents administratifs était sans ambiguïté : « Oui à l'article 74 de la Constitution » ... Nous nous sommes invités au débat.

Ceux qui ont pu s'étonner hier matin de voir les sièges du Conseil général et de la Région déserts n'avaient qu'à se rendre au Progt pour comprendre. Tout le personnel des deux administrations a en effet été invité par Antoine Karam et Alain Tien-Liong à remplir le Palais omnisports de Matoury. Un rendez-vous sportif placé sous le signe de l'évolution statutaire qui, visiblement, n'enchante pas tout le monde. À quelques minutes du coup d'envoi des débats, un membre du Conseil général confie qu'il est venu parce qu'il n'avait « pas trop le choix. Ils ont dû envoyer des loups pour surveiller un peu » , glisse-t-il, le sourire en coin.
« Dans l'isoloir, tout est noir »
À l'intérieur de la salle, Alain Tien-Liong ouvre les hostilités : « On a décidé de fermer les services pour que tout le monde soit là » , entame le président du Département. Et d'enchaîner direct : « Nous ne sommes pas là en campagne électorale, il s'agit de dialogue social » . Nous voilà rassurés. On entre donc dans le vif du sujet. Face à la scène, ils ne sont pas loin de 2 000 agents administratifs sagement assis dans la fournaise du Progt. De nombreuses dames tentent de se faire un peu d'air en agitant devant leur visage la brochure qu'on leur a distribuée à l'entrée : un pavé d'une quarantaine de pages pas franchement affriolantes, avec une couverture sans équivoque : « Le Congrès de Guyane - Oui à l'article 74 de la Constitution » .
Alain Tien-Liong et Antoine Karam n'ont jamais caché leur attirance pour le fameux 74. Tour à tour, pourtant, les deux présidents ont cru bon de rappeler à leurs électeurs que « chacun, en son âme et conscience, fera son choix » , lors du référendum du 10 janvier prochain. « Ce n'est pas un meeting de propagande électorale » , ose le président de Région. « Dans l'isoloir, tout est noir » . Ou encore : « Aujourd'hui, nous sommes réunis dans un exercice de démocratie directe » . Amen. On l'aura compris : même s'il faut dire oui au 74, chacun est encore libre de ses actes et de ses pensées...
« Le meilleur statut pour la Guyane »
Mais alors pourquoi un tel meeting ? « C'est un séminaire de travail organisé pour mieux vous aider » , précise Antoine Karam. « Nous sommes responsables de la politique mais nous n'avons pas la vertu de toutes les connaissances. On doit être accompagné lors de ce changement de statut. « Deux professeurs spécialisés ont donc été invités à la fête pour que « tous les agents repartent d'ici avec des réponses et des assurances » . En bon technicien, André Néron en remet une couche : « Cette démarche menée aujourd'hui n'est pas illégitime. La société a énormément évolué. Il est temps de faire le point pour savoir quel est le meilleur statut pour la Guyane... »
Cet « exercice de démocratie directe » a donc consisté à rassurer les agents administratifs. Lesquels ne devraient pas trembler lorsqu'ils glisseront le bon bulletin dans l'urne, en janvier. Car lors de ce grand Congrès, on a parlé de développement économique, un peu, d'avenir de la Guyane, presque pas, mais surtout, du sort qui sera réservé à tous ces agents lorsque notre Département aura acquis son nouveau statut. « La Guyane a choisi d'être une collectivité de l'article 74, avec autonomie » , enfonce le professeur Antoine Delblond. « Et ce choix s'inscrit dans des règles juridiques... » . Là, ça se complique...
Alain Tien-Liong (à gauche) et Antoine Karam ont décidé de fermer leurs services durant toute la matinée d'hier.Alain Tien-Liong (à gauche) et Antoine Karam ont décidé de fermer leurs services durant toute la matinée d'hier.
Partie de scrabble...
Dans les tribunes, certains commencent à piquer du nez, alors que d'autres quittent la salle sur la pointe des pieds. Les plus malins ont sorti les téléphones portables pour jouer... au Scrabble par exemple. Vive l'I-Phone! « E-V-O-L-U-T-I-O-N » , mot compte double ? Arrive enfin l'heure du débat. Des mains timides s'élèvent dans l'assemblée. Et souvent ces mêmes réponses : « Ce nouveau statut ne remettra pas en cause vos acquis sociaux. Vous continuerez à travailler et vous apporterez aussi votre contribution au changement » .
Dehors, la pause clope s'éternise. Un agent du Conseil régional a visiblement hâte que la mascarade prenne fin : « Je ne sais pas pourquoi ils nous ont obligés à venir. En plus, ils ne nous parlent que des avantages du 74 » . Dans les escaliers d'en face, Paulette avoue « ne pas savoir si (elle) ira voter » , le 10 janvier. « Ça a l'air compliqué ce qu'ils racontent. Mais s'il faut être solidaire... » Pour Ursule, en revanche, le message est bien passé : « Le 73 n'a rien donné. On va donc essayer le 74 » . Certains reconnaissent qu'une telle « journée d'information était nécessaire pour mieux comprendre ce qui va nous arriver. Si les deux administrations fusionnent, c'est normal qu'on s'inquiète de notre avenir. « Arthur-Pierre, lui, est franchement déçu. Et même carrément énervé : « Cette histoire, c'est le couteau à la gorge, s'enflamme-t-il. Ils font trop de philosophie. Moi, je suis venu pour avoir des réponses. On ne comprend rien. On parle pourtant de notre avenir. À l'époque de Castor et Othily, on évoquait déjà tout ça. Mais la Guyane n'a pas avancé depuis. Ce sont des malins. C'est comme s'ils obligeaient un enfant à faire quelque chose qu'il ne veut pas! »
Sur l'estrade du Progt, les professeurs invités continuent de répondre aux questions pas toujours à propos. Une dernière touche d'optimisme dans ce monde d'inquiétude : « Grâce à vous, explique le professeur Christian Vitalien, la Guyane sera peut-être un exemple de gouvernance. Aujourd'hui, tout est à inventer. On verra dans cinq ou six ans ce que vous aurez défriché depuis! »
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Les commentaires

Christiane16.11.2009

Oui, c'est scandaleux. Les deux Présidents qui ont donné ainsi une journée de congés à plusieurs milliers de salariés payés sur fonds publics démontrent là leur absence de notion de service public

Christiane16.11.2009

Oui, c'est scandaleux. Les deux Présidents qui ont donné ainsi une journée de congés à plusieurs milliers de salariés payés sur fonds publics démontrent là leur absence de notion de service public

titoune14.11.2009

C'est une honte ce rassemblement forcé. Le seul but est de forcer tous les agents de ces 2 collectivités a voter pour l'article 74 . C'est anti démocratique, et les 2 rois de Guyane (Karam et Tien long ) sont tombés bien bas . On a l'impression de retomber en 1939 !!!!! La dictature est en place, vous votez 74 ou on fous dehors de vos postes. Lamentable !!!!!!

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10 février 2012