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Australie : un Guyanais au coeur des inondations

Propos recueillis par S.B. Mercredi 19 janvier 2011

William Van de Walle est arrivé à Toowoomba quelques jours avant que la pluie dévaste la ville. (DR)

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William Van de Walle, un jeune Saint-Laurentais installé en Australie depuis trois mois, a subi de plein fouet les inondations dans le Nord-est du pays. Il raconte les scènes bouleversantes auxquelles il a assisté, l'élan de solidarité qui s'est mis en place et la générosité des Australiens.

Vous vous trouviez à Toowoomba, à 130 kilomètres de Brisbane (capitale du Queensland), lorsque de fortes intempéries ont frappé la région. Comment l'avez-vous vécu ?
Le vendredi 7 janvier, je suis arrivé au matin sur Toowoomba, sous une petite averse australienne. Pour les Australiens, c'était une forte pluie, à ne pas sortir ; pour nous, Guyanais, c'était une petite rosée du matin... Puis, ça n'a pas arrêté du week-end. On devait commencer le ramassage de salades le lundi. Départ pour la ferme à 4 heures du matin, sous un temps plutôt nuageux. Puis il a commencé à pleuvoir, vraiment pleuvoir. On a tenu jusqu'à 15 heures. L'orage s'étant mêlé au balai météorologique, le fermier nous a renvoyés chez nous, nous interdisant de bosser sous le tonnerre!
Vous avez donc été priés de rentrer vous mettre à l'abri...
Oui, mais il nous fallait gravir 800 mètres pour arriver à Toowoomba (la ferme est à environ vingt minutes de la ville). Même sur les routes en pente, c'était déjà impressionnant, les bas-côtés ont commencé à se remplir et, dans le mini-van de la ferme, on était vraiment paniqué. Pendant la montée, on a croisé plusieurs rivières... Toutes commençaient à déborder sur la route. On s'attendait vraiment au pire pour Toowoomba.
Et arrivés en ville ?
Nos craintes se sont confirmées, les routes commençaient à être inondées. Puis, vers 17 heures, tout a basculé. La principale rivière a débordé massivement d'un seul coup. En 15 minutes, la gare s'est retrouvée entièrement sous l'eau et la rue principale de Toowoomba s'est remplie en moins de dix minutes... Les pompiers étaient totalement impuissants. Des voitures flottantes passaient devant nous, quelques personnes ont été emportées, mais elles ont toujours eu la chance d'être rabattues vers le bord assez rapidement. C'était un peu comme être au bord de la Balaté, et d'accélérer la montée de la marée. Le plus impressionnant n'était pas la situation en elle-même, mais l'agitation qui se passait autour. Des gens essayaient de sauver leurs commerces, d'autres restaient prostrés, comme figés...
Qu'est-ce qui vous a le plus marqué ?
La puissance de la vague était telle que les dégâts matériels ont été les plus impressionnants. Des voitures flottantes, qui plient comme de simples roseaux les panneaux de signalisation, un camion qui s'écrase contre un wagon, un réservoir d'essence de plusieurs milliers de litres qui va se plier contre l'un des montants d'un petit pont en aval de la gare...
Nous avons aussi vu une femme qui voulait absolument sauver sa voiture et qui a été surprise par la montée de l'eau. Heureusement, la voiture s'est bloquée contre un arbre, elle n'a pas été emportée par les flots. Trois pompiers habillés en plongeurs ont brisé la fenêtre de la voiture pour la sortir, indemne mais visiblement très choquée.
Concrètement, la scène ressemblait grotesquement à un spectacle. Des dizaines et des dizaines de personnes, au bord de cette rivière urbaine, contemplant, amusés, choqués ou attristés, la situation et les choses dérivant devant nous. La peur laisse très rapidement la place à un gros sentiment d'impuissance dans un moment pareil.
Comment s'organise la vie avec les inondations ?
La vie avec les inondations est très compliquée. Le seul supermarché non touché s'est fait dévaliser en à peine deux jours. Plus de lait, d'oeufs, de riz et tout autre ingrédient de base. Toutes les routes autour de la ville étant coupées, inondées ou cassées, aucun ravitaillement ne peut se faire par la route...
Comment l'entraide s'est-elle mise en place ?
Les gens ont vraiment un grand coeur dans ce pays. Dès les heures qui ont suivi l'inondation, tout le monde était dans la rue et se prêtait main-forte. Des inconnus rentraient dans des magasins et proposaient leur aide pour nettoyer l'eau et la boue, réparer les dégâts et sauver ce qui pouvait encore l'être. Les propriétaires de 4x4 faisaient des allers-retours en passant par des rues inondées, infranchissables par une voiture basse sur roues.
Maintenant qu'il y a eu la décrue, à quoi ressemble Toowoomba ?
La partie de la ville touchée par les inondations ressemble à une zone de guerre, beaucoup de routes sont encore barrées à la circulation et des tonnes de débris et de déchets jonchent encore les rues. Des centaines de panneaux de signalisation sont par terre, des voitures retournées, des canapés en plein milieu des trottoirs. Par contre, la réactivité des Australiens est vraiment impressionnante, des dizaines et des dizaines de volontaires passent leurs journées à nettoyer les rues et à tout reconstruire.
William Van de Walle est arrivé à Toowoomba quelques jours avant que la pluie dévaste la ville. (DR)
Que vous a apporté cette expérience ?
C'est certes un peu facile de répondre ça, mais cette expérience m'a fait changer de regard sur énormément de choses simples. La journée de travail sous la pluie était vraiment un calvaire, mais au final, en rentrant à pied à la maison, c'était un détail plus que secondaire. J'ai réalisé que tout moment de bonheur est à savourer à 100% et que tous les inconvénients de la vie doivent être pris avec le sourire.
Comment ont réagi vos proches en Guyane ?
Je n'ai pu contacter ma famille en Guyane que 24 heures après la catastrophe. Ils avaient donc eu tout le temps et le loisir de voir sur toutes les chaînes le tsunami terrestre qui avait frappé ma ville, avec ses morts et ses disparus... Bien entendu, leur première réaction a été un énorme soulagement.
Que comptez-vous faire maintenant ? Reviendrez-vous à Saint-Laurent ?
J'ai beaucoup de doutes... Une autre tempête est annoncée dans le Queensland et je n'ai franchement pas envie de revivre la même chose.
De plus, tout ça m'a fait remettre en question l'intérêt global du voyage en Australie, mes finances descendent en flèche, ma famille en Guyane et ma fiancée à Paris me manquent énormément... Du coup, la question du retour en Europe, ou en Guyane, commence à se poser. C'est fou comme de simples pluies peuvent mettre autant de doutes dans la vie d'une personne...
- « Je suis tombé amoureux de ce pays »
William Van de Walle est né à Saint-Laurent du Maroni en 1991. Il a quitté la Guyane en 2006 pour Sydney, en Australie. Puis il a suivi des études de réalisation cinématographique et de biologie à Paris, avant, finalement, de retourner en Australie en novembre dernier. Arrivé à Sydney, sans beaucoup d'argent en poche, il vit quelques jours chez une amie puis en colocation. Il se décide à partir vers le Nord-est pour travailler dans les champs, au ramassage de salades, à Toowoomba.

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4 commentaires

Vos commentaires

Karla 20.01.2011

Je ne vois pas vraiment le rapport entre l'article et les commentaires. Je réside en Guyane depuis plus de 30 ans, certes il y fait bon vivre, mais on y est un peu à l'étroit et je comprends les jeunes qui ont envie de découvrir le reste du monde! A l'évidence, il s'agit d'une jeune Guyanais qui en fait partie et qui apporte simplement à ses compatriotes son témoignage sur la catastrophe a laquelle il a assisté. Et, à en voir les photos et ce qu'il décrit, ça a dû être particulièrement éprouvant...

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aussie 19.01.2011
exil

Nombrilisme est un mot trop faible, je pencherai plutot pour chauvinisme...
Quoiqu'il en soit j'ai vecu trente ans en Guyane et aucune comparaison ne peut se faire entre ces deux pays. L'Australie est 77 fois plus grande que la Guyane, on y parle ... anglais et l'immigration y est tres faible. La big difference est surtout dans la mentalite anglo-saxonne qui y est toujours tres forte.

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garado 19.01.2011
Syndrome

C'est le syndrome de la chèvre de Monsieur Seguin... A toujours penser que l'herbe est plus verte ailleurs, on finit par se faire dévorer...
La Guyane, c'est le top. Les Guyanais sont malheureusement les seuls à ne pas s'en apercevoir.

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bouyonwara 19.01.2011
RE: Syndrome

Allez voir ailleurs ne signifie en rien qu'on n'aime pas son pays... ça permet d'éviter un certain nombrilisme.

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