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Un pont sur le Maroni pour contourner la Hollande

Gauthier HORTH France-Guyane 14.08.2010

Quelques instants après avoir trouvé un siège, Aart Jacobi, l'ambassadeur de la Hollande (à g.), discute avec John Nay, ambassadeur des USA (à d.) et Richard Barbeyron, ambassadeur de la France (Luis Alfaisie)

Les relations entre la Hollande et le Suriname se dégradent depuis le résultat des élections, alors que Bouterse affiche la volonté de consolider ses liens avec la France qu'il considère comme « un voisin » .

Dans son discours de politique générale, Desire Bouterse a salué tous les ambassadeurs et les représentants politiques des pays invités, en omettant de saluer l'ambassadeur hollandais, pourtant présent dans la salle. Desire Bouterse adopte une attitude ferme et claire envers l'ancienne puissance coloniale du Suriname.
À tel point qu'aucun siège n'avait été réservé dans la salle de cérémonie de l'investiture pour Aart Jacobi, l'ambassadeur de la Hollande au Suriname. Ce n'est qu'après l'intervention de Richard Barbeyron, l'ambassadeur de la France, que Winston Lackin a accepté d'ajouter un siège. Rien d'étonnant, puisque Winston Lackin, nouveau ministre des Affaires étrangères, avait annoncé quelques jours auparavant que l'ambassadeur des Pays-Bas ne serait pas le bienvenu à la cérémonie. Il estime que le gouvernement batave ne respecte pas le choix politique des Surinamais.
Il faut dire que les antécédents sont légion. Le gouvernement hollandais s'est toujours montré hostile à la représentation politique de Desire Bouterse qu'il considère uniquement comme un ancien dictateur. Et il faut dire que Desire Bouterse le leur rend bien puisque c'est lui qui a mené le plus loin le concept politique nationaliste surinamais, en opposition permanente avec tout ce qui évoque le colonialisme, ou le néocolonialisme, c'est-à-dire la Hollande.
Un pont sur le Maroni
Lors de la campagne électorale de 2005, l'ambassadeur de la Hollande avait même fait ingérence, en annonçant que son pays allait rompre toute relation diplomatique avec le Suriname si Desire Bouterse devenait président de la République. Ce qui, déjà à l'époque, n'avait pas empêché son parti d'emporter 20 sièges sur 51 aux législatives.
Selon Desi Bouterse, ce n'est pas la Hollande, mais la France qui devrait être l'interlocuteur privilégié du Suriname au sein de l'Union européenne : « Nous évoquons toujours une Europe qui se trouve à 9 000 kilomètres, alors que la France est notre voisin. Avec la Guyane à côté de nous, l'Europe se trouve juste à nos portes » . D'ailleurs, en évoquant la construction du pont sur l'Oyapock, Desire Bouterse n'a pas manqué de rappeler son espoir de construire un pont sur le Maroni. « Avec la construction d'un pont entre le Suriname et la Guyane, nous donnerons tous son sens à l'action de l'Union sud-américaine des nations » . Lors de son discours de politique générale, le nouveau président du Suriname a également évoqué la création d'une police transfrontalière pour lutter contre la criminalité dans la région du Maroni.
Une question d'image
Au-delà des frontières du Suriname, Desire Bouterse peine à faire disparaître l'image de l'ancien dictateur. C'est dire comment les relations diplomatiques constituent un enjeu majeur pour le nouveau gouvernement. Ce n'est pas un hasard qu'il ait choisi son directeur de cabinet pour assumer le poste de ministre des Affaires étrangères. Ce dernier aura pour mission de faire partager dans les autres pays, la vision qu'ont les Surinamais de Desire Bouterse, celle du chef d'État qu'ils ont choisi.
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24 mai 2012