Étonnant d’interroger un évêque sur la question du carnaval ? Pas sûr. Parce qu’Emmanuel Lafont aime à dire qu’il tient la bible dans une main et un journal dans l’autre. Difficile alors de ne pas lui demander son avis sur ce qui fera l’actualité du département jusqu’au mercredi des cendres. L’évêque s’est plié au jeu jusqu’à accepter, malgré quelques réticences au départ, de se laisser maquiller.
Vous étiez assez réticent pour vous faire maquiller, mais vous avez accepté le principe de l’interview carnaval dès le départ. Pourquoi ?
Je n’ai jamais refusé une interview ! Mon métier, c’est de la comm’(sourire). Et puis j’accepte tous les défis.
Que pensez-vous du carnaval ?
Le carnaval est une institution chrétienne. C’est la dernière fête avant d’entrer en carême pendant 40 jours. La veille, on fait la fête, on s’éclate. Et « carnaval » vient de « carne » qui veut dire « viande ». Pendant le carnaval, on mange des choses grasses, de la viande, dont on va se priver pendant le carême. Il y a une partie des chrétiens qui rejette tout le carnaval. Je ne suis pas là-dedans. Il ne faut pas tout bénir, ni tout stigmatiser.
Quel regard portez-vous sur le carnaval guyanais spécifiquement ?
Il y a des aspects que j’aime dans le carnaval guyanais. Les promenades du dimanche, je trouve ça sympa. C’est populaire, les gens se préparent ensemble, c’est familial. J’aime bien aller voir les gens, le dimanche après-midi. J’ai un regret, par contre : je n’ai jamais pu aller à la parade de Kourou et il paraît que c’est la plus belle.
Parmi ces défilés de rue, qu’est-ce qui attire votre attention ?
J’aime bien les diables rouges. D’abord parce que le rouge c’est ma couleur. Je trouve ça formidable que tout le monde fasse l’effort d’être en rouge. Les mariages burlesques aussi. Je trouve ça amusant. Le mercredi des cendres, c’est différent puisque je suis déjà en carême.
On a parlé de ce que vous aimez dans le carnaval guyanais. Qu’est-ce qui vous déplaît, en revanche ?
Il y a plusieurs choses. D’abord, le carnaval subit la commercialisation, tout comme Noël, ou les vacances. Ensuite, il y a sa longueur. Ce n’est pas rendre service à la Guyane et aux jeunes de faire durer le carnaval si longtemps. Il y a un impact sur l’ensemble de l’activité économique et même sur l’assiduité à l’école. C’est bien de faire la fête, mais là, ça va au-delà de ce qui est utile. Enfin, le carnaval de nuit, dans les dancings, a un aspect destructeur, pour certains, sur la vie de famille. Il n’échappe pas à une érotisation qu’on ressent dans la musique, les paroles des chansons… C’est ce que je comprends lorsque je discute avec des vieux du carnaval, Hidair ou Néron, puisque moi je n’y suis jamais allé. Ce carnaval de nuit a des conséquences néfastes sur les couples. Il y a des débordements dont personne ne profite. Pour recevoir beaucoup de confidences, je peux dire qu’il y a un impact sur les gens et les leurs familles.
Avez-vous des souvenirs de carnaval, étant enfant ?
Je me souviens qu’une année, j’avais commandé un costume de général. J’avais beaucoup fait souffrir ma mère pour qu’elle me fasse ce costume, avec deux étoiles et un képi kaki. Une autre fois, je me souviens que j’étais déguisé en Arlequin. Ça devait être quand j’étais à Paris ou à Toulon. Mais là, le carnaval, c’était juste deux jours. Parfois, pour la mi-carême aussi.
Aimiez-vous vous déguiser, enfant ?
Tous les enfants aiment ça. Pas seulement pour le carnaval. On aimait bien se déguiser lorsqu’on était en vacances chez ma grand-mère. Se déguiser, c’est prendre une autre personnalité, ça libère des choses en vous.
Parmi les Touloulou, y en a-t-il un qui vous plaît particulièrement ?
Je sais qu’il y a le Nèg marron, le Jé farin… Les autres, je ne sais pas… Je n’y prête pas une attention décuplée. Non, ce qui me plaît vraiment, ce sont les trois journées à thème. C’est amusant de voir les gens faire l’effort de respecter le thème, c’est beau, c’est populaire. J’imagine qu’il y a un travail solidaire entre les membres de groupes pour créer les costumes. C’est cet aspect « rassemblement » que j’aime.
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