« Entre tradition et modernité pour le progrès »*
Pr Jean-Marie FOTSING
France-Guyane
29.09.2011
France-Guyane et l'IRD vous proposent, le dernier jeudi de chaque mois, une commune vue du ciel, « hier » et « aujourd'hui » . Quinzième commune : Camopi. Le mois prochain : Saint-Élie.
(Camopi, 2006. Image Spot 5 du 05/09/2006. Copyright CNES. Distribution commerciale exclusive Spot Image : SEAS Guyane. Traitement d'image : Centre IRD de Guyane-UMR Espace-Dev.)Description générale
Camopi.Camopi est une commune rurale située au sud-est de la Guyane sur le haut cours du fleuve Oyapock et le haut de son affluent la rivière Camopi qui lui donne son nom. Cette commune amérindienne créée en 1969 est limitée à l'est et au sud par le Brésil. Elle partage ses frontières avec les communes de Saint-Georges au nord, Régina au nord-ouest et Maripa-Soula au sud-ouest. Avec une superficie de 10 454 km2, Camopi occupe le 3e rang des communes de Guyane après Maripa-Soula et Régina. Sa population totale de 1 486 habitants en 2009 (source Insee) la place au 17 e rang, dans la catégorie des « communes rurales de niveau inférieur » . La population est essentiellement constituée d'Amérindiens Wayampi et Emérillons. Elle est répartie en deux pôles de peuplement principaux : Camopi au nord et Trois Sauts à plus de 100 km au sud. À ces pôles s'ajoutent de nombreux petits foyers disséminés le long des cours d'eau (îlet Moula, Saint-Soi, Capou, Civette, Soulou, Saut Mombin, Saut René, village Monpéra, Zidoc, Roger, Yawapa, Pina...). Le bourg de Camopi est la plus grande concentration humaine et le chef-lieu de la commune. Situation en 1951
L'extrait de la photographie aérienne de 1951 (ci-dessous) montre, à l'emplacement actuel du bourg de Camopi, une zone défrichée sans traces visibles d'habitations. Cette clairière largement déboisée épouse la confluence de la rivière Camopi et du fleuve Oyapock et forme un coeur à la pointe tournée vers le nord. Coincée entre la rive droite de Camopi et la rive gauche de l'Oyapock, ce site de presqu'île est un « cul-de-sac » enfermé par les eaux. On n'y décèle aucune trace de chemin de déplacement, ce qui montre que l'accès à cet espace de vie se fait exclusivement par voies d'eau. Plus en aval, sur la rive gauche de Camopi, se dégage une seconde clairière moins étendue que la première et visiblement plus anciennement défrichée. À mi-chemin des deux clairières, un espace déforesté de plus grande dimension occupe la rive droite de l'Oyapock en territoire brésilien. C'est l'emplacement futur de Villa Brazil.
(Camopi, 1951, Photographie aérienne, Copyright IGN)Situation actuelle
Vue par le satellite Spot 5 en septembre 2006 (photo ci-dessus), Camopi est un petit village qui occupe les deux clairières ouvertes sur la forêt il y a une soixantaine d'années. Ce village offre un paysage aéré qui juxtapose plusieurs noyaux de peuplement. L'espace bâti et aménagé est ainsi éclaté en trois éléments bien individualisés implantés sur les berges des cours d'eau. L'élément principal du village s'étend sur la presqu'île formée par la confluence des cours d'eau. Il constitue le centre du bourg, l'espace le plus densément bâti et le plus humanisé. On y dénombre une centaine de constructions en matériaux divers. Ces constructions très espacées sont reliées entre elles par des chemins et des voies piétonnes qui sillonnent le village. Seule l'emprise du terrain communautaire, prolongé par le terrain de sport, rompt la monotonie de cet espace relativement boisé. Plus au nord, sur la rive gauche de la rivière Camopi, un second élément bâti occupe l'espace entre le coeur du village et la piste d'atterrissage de l'aérodrome. C'est le village Soleil. Il est constitué d'une dizaine de constructions et traversé par une voie rectiligne qui représente la seule véritable route du village. Cette route relie la piste d'atterrissage à la rivière et débouche sur un débarcadère. L'absence de constructions à proximité et la qualité de la piste montrent que l'aéroport est en cours d'aménagement. Au nord-est, le dernier élément constitutif du bourg de Camopi s'étire sur la rive gauche de l'Oyapock. C'est le village Saint-Soi. On y dénombre une trentaine de constructions de tailles diverses dans un paysage peu organisé entrecoupé de lambeaux de forêt. En dehors des espaces bâtis et aménagés, la forte turbidité des eaux de Camopi et le contraste avec l'Oyapock témoignent de l'intensité de l'exploitation aurifère sur le cours supérieur de la rivière. Aujourd'hui, les villages constitutifs du bourg de Camopi rassemblent environ 500 habitants. L'extension spatiale du bourg s'est faite au cours des vingt dernières années. Aux groupes amérindiens largement majoritaires s'ajoutent des Brésiliens et des métropolitains fonctionnaires de gendarmerie et de l'éducation nationale. Le village dispose de la quasi-totalité des services communaux et administratifs de base : mairie, gendarmerie, libre-service, restaurant. On y compte une quinzaine de classes du primaire divisées en 2 groupes scolaires, un collège annexe de Saint-Georges avec environ 150 élèves. Du fait d'un enclavement naturel, Camopi souffre de multiples éloignements. De Camopi, il faut plus de quatre heures de pirogues pour relier Saint-Georges, une journée pour relier Trois Sauts et plus de 7 heures pour relier Cayenne. Ces temps sont variables suivant les saisons et la qualité des embarcations. L'ouverture d'une piste d'aérodrome va certainement réduire cet enclavement, amis à quel prix ? Jean-Marie FOTSING (professeur des universités, représentant et directeur de l'IRD en Guyane) (*) Signification du blason de la commune - Vue du sol...
À la question : « Comment voyez-vous l'avenir de Camopi ? » , l'actuel maire de la commune en poste depuis 2008 répond :
- « Ma commune est éloignée de tout et très enclavée. Malgré les efforts des autorités locales et la construction d'une piste d'aviation, cet isolement est un véritable frein au développement de Camopi » (René Monnerville).