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MATOURY

A Balata, alcool et pétards pour tuer le temps

Karin Scherhag Mardi 16 décembre 2014
(Karin SCHERHAG)

Le quartier a une sale réputation. Presque tous les jeunes sont au chômage et s'occupent comme ils peuvent. Entre deux gorgées de bière et quelques taffes de joint, ils ont accepté de nous raconter leur quotidien.

C'est un mercredi après-midi comme les autres à Balata-ouest. Devant le libre-service du quartier, les gars traînent en descendant des litres de bière. Brune ou blonde, ça dépend des goûts. Et des budgets. Dans les voitures stationnées devant le commerce, on a poussé les sonos à fond. Certains planent déjà dans cet air chargé de cannabis. D'autres guettent l'arrivée d'éventuels visiteurs. Il faut faire tourner le business. « Les « métros » qui s'arrêtent ici veulent tous la même chose : de l'herbe. De la Jamaïquaine. On n'est pas à Chicago. La drogue et les putes, c'est là-bas » , lâche « Tcho-Tcho » sans détour. Lui se revendiquecomme « l'homme de main du quartier » . « Faut absolument que tu vois ce qui se passe au fond de Balata. Je t'y emmène si tu veux! » , propose-t-il en enfourchant son scooter. Un de ses potes apporte un second casque. Quand faut y aller... « Les gendarmes m'emmerdent, siffle « Tcho-Tcho » avant de démarrer. A cause d'eux, je ne peux plus aller au Chinois sans porter de casque. »
L'engin démarre. Mais n'ira pas loin. Au premier contrôle routier, tout le monde descend. Le scooter n'est pas immatriculé. Forcément, ça fait désordre. Et les charges s'alourdissent : le jeune homme n'a pas de papiers, la bécane n'est pas assurée. Elle ne lui appartient même pas. « C'est à un ami » , explique-t-il aux gendarmes qui s'impatientent. « Tcho-Tcho » est soumis à un éthylotest. Positif. Le deux-roues est saisi. Son conducteur, embarqué. « C'est de ta faute, nous lance-t-il avant de monter dans la fourgonnette. J'ai voulu te rendre service et maintenant, je n'ai plus de scooter. »
Depuis la mort de « Marchal » (lire ci-contre), les gendarmes sont plus présents dans le quartier. Ils font des rondes, des contrôles inopinés. Retour à la case départ. Le casque sous le bras. « Merde, il s'est fait serrer! » s'exclament ses potes en nous voyant revenir. Eclat de rire général. « Il va sortir, il a l'habitude » , assurent-ils. La tension retombe. Jusqu'à l'arrivée d'« Instagram » , 25 ans : « Pourquoi t'es là ? T'es flic ? Non, journaliste ? Alors écris ça : « Instagram réclame... » « Tais-toi un peu » , intervient « Général » , confortablement installé sur un scooter. Supporter du PSG, il a revêtu son maillot fétiche. « Général Pipe » , de son pseudo complet, a 35 ans et déjà... vingt-quatre enfants de seize mères différentes. « Haïtiennes, Brésiliennes, Guyanaises et Dominicaines, détaille-t-il fièrement. J'avais 14 ans quand j'ai eu ma première fille. La mère en avait 18. Et aujourd'hui, je suis grand-père d'une petite de 18 mois. »
A Balata, « Général » s'est bâti une solide réputation. On le respecte. « C'est moi qui ai mis le feu aux poudres, rigole-t-il. J'ai mis en place les groupes pour siroter. Depuis, les plus jeunes ont pris le relais. » Certains appellent ça des clans. « Mais on vit bien ensemble. C'est avec les mecs des autres quartiers qu'on a des problèmes.
Nous, on est solidaire. Faut pas toucher à un mec de Balata, sinon t'as des problèmes » , prévient-il. Dictateurs, Fantômes ou Cinq Doigts (désormais B13), les appartenances s'affichent sur les corps et les visages. « On est tous tatoués ici. C'est une marque de fabrique, raconte « King » , 28 ans, en dévoilant ses bras, son cou et son dos couverts d'encre noire.
Stéphane, des larmes dessinées sous l'oeil pour témoigner de « la souffrance de (son) corps » , s'avance en roulant un joint. Des volutes de fumée s'échappent de chaque groupe. « C'est l'air de Balata » , plaisante « Général » . « On fume, on boit mais on ne fait pas que ça, insiste « King » avant d'avaler une grande rasade de whisky-coca. On discute, on se pose. On ne peut pas rester toute la journée cheznos parents sinon on se fait traiter de bons-à-rien. Alors on se retrouve ici.
Mais on n'est pas des méchants. Ni des voleurs. Y'a jamais de braquage au Chinois ou de chaîne arrachée. On est tous diplômé, on cherche tous du taf mais on n'en trouve pas. Parce qu'on parle mal des gens de Balata. » Son voisin confirme. Il se fait appeler « le Grand » et on comprend pourquoi. « On est obligé de faire des petits jobs ou du business. Moi je vends un peu d'herbe. Rien d'exceptionnel. Ça me permet de siroter, d'acheter mon kali, de mettre de l'essence ou de recharger mon téléphone. Pour le reste, j'ai le RSA. 1 300 euros par mois, c'est bon. » L'après-midi se poursuit. Les joints tournent. Et l'alcool coule à flots. Soudain une voix s'élève : « Tcho Tcho est de retour! » A pied, évidemment. Le jeune homme brandit un procès-verbal. Et une convocation devant le tribunal de grande instance de Cayenne, le 19 mai prochain. Un de ses potes lui tend une bière. Et ça continue...
Les jeunes du quartier se retrouvent devant le libre-service pour siroter et tuer le temps (Karin Scherhag)
Pour s'en sortir, « Général Pipe » fait des petits boulots, notamment dans l'entretien des espaces verts. (Karin SCHERHAG)
Jet Set Ghetto
DJ Diabla est la référence musicale du quartier. « C'est chez lui qu'on organisait des sound systems. Ça s'appelait Balata Paradise » , se souviennent ses copains. En juin, le jeune homme a ouvert chez sa mère un studio d'enregistrement : Jet Set Ghetto, où sont déjà passés de nombreux jeunes du quartier. « Ce serait bien que la mairie me prête un local pour que je puisse développer mes activités » , lance « Diabla » , qui aimerait initier d'autres jeunes à la technique du mix.
Jeunesse oubliée
« Il n'y a plus rien pour nous ici » . C'est le constat que font tous les jeunes de Balata.
« Le terrain de foot n'a jamais été rénové. Ceux qui organisaient des manifestations dans le quartier ont vieilli et personne n'a suivi la voie. Tout le monde s'en fout de nous. Pendant les campagnes électorales, les candidats viennent nous voir, nous promettent plein de choses. Et une fois qu'ils sont élus, c'est terminé. On n'existe plus. » Plusieurs gars du quartier ont dessiné une ligne de « stop » au carrefour entre l'école et le libre-service. « C'est dangereux, on l'a déjà signalé plusieurs fois. Les gens roulent vite, ne s'arrêtent pas. On est tous allés dans cette école et nos enfants y vont à leur tour. On ne veut pas qu'il y ait un accident. » Mais l'initiative n'a pas plu au maire, Gabriel Serville, qui a demandé aux jeunes de tout effacer.
(Karin Scherhag)
Soif de vengeance
A Balata, Mathieu Marchal est présent dans toutes les têtes. « Bien sûr qu'on parle encore de lui » , confie « le Grand » . C'était un frère pour nous. Un mec sans histoire, un travailleur et un père de famille. » Dans la nuit du 30 septembre au 1er octobre, « Marchal » , 26 ans, est abattu devant le libre-service du quartier. « Les mecs qui ont fait ça étaient cagoulés (sic), poursuit « le Grand » . Mais on va découvrir qui ils sont et on se vengera. » Un discours radical qui tranche avec les propos mesurés tenus jusque-là par le jeune homme. « Je sais qu'on sera perdant. Qu'ensuite, d'autres reviendront pour se venger. Et que ce sera un truc sans fin. Mais on ne peut pas laisser la mort de notre ami impunie. » « Général Pipe » partage cet avis. « Mon frère s'est fait tuer ici en 2004. Les mecs ont pris la fuite au Brésil et n'ont jamais été arrêtés. J'ai les boules. »

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18 commentaires

Vos commentaires

Runn things 18.12.2014

Bon allez, le titre n'est pas approprié... il faudrait plutôt lire : "les inutiles du quartier de Balata"...

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Râle-bol 17.12.2014
Une réponse de la rédaction SVP

J'aimerais bien que l'auteur de cet article prenne la peine de répondre à ma question : quel était le but poursuivi ?
Hypothèses : afficher une relative complaisance avec les lascars du quartier ? Humaniser le désœuvrement et le vice pour redorer le blason du quartier ? Banaliser la délinquance et lui faire un bon coup de pub ? Encourager la consommation d'alcool et de stupéfiants et l'oisiveté aux dépens de la société ?
Il y avait certainement mieux à faire en termes de journalisme d'investigation, de réflexion critique, de recul journalistique et de choix des personnes du quartier plus représentatives des valeurs et principes républicains. Bien à vous.

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Râle-bol 17.12.2014
Un titre douteux

Bien qu'amateur de jeux de mots, je trouve douteux celui du titre de l'article, à moins que le journaliste ne s'en soit pas rendu compte. Y a-t-il matière à plaisanter sur l'emploi du verbe "tuer" lorsque l'on sait qu'il y a eu des victimes mortelles ici ou ailleurs, soit de règlements de compte, soit de manière collatérale ? En outre, l'alcool et les pétards tuent, pour de vrai ! D'ailleurs, la marque de bière bien en évidence sur la photo reverse-t-elle des royalties au journal ? Je trouve que cela ne fait que confirmer l'impression générale de l'article : une banalisation, voire une publicité, de la déviance et de la criminalité. Quand bien même il ne faille pas stigmatiser la population de ce quartier, les lascars retenus pour le casting de cet article ne sont pas des enfants de chœur non plus. Décidément, FG, il va falloir revoir votre ligne éditoriale parce qu'elle est en train de... dévier.

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Râle-bol 17.12.2014
Une belle vitrine de Noël !

Si le but de cet article était de montrer une image d'Epinal édulcorée et euphémisante d'un quartier, c'est réussi ! En somme, les caïds sont de gentils et prolifiques papas et des frères d'armes solidaires qui paient leurs bières et leur matos avec nos impôts ! Il ne manquait plus que de leur ajouter une barbe blanche et de chanter Papa Noël va passer avec des cadeaux par milliers : stupéfiants, bouteilles d'alcool et armes !
Si, en revanche, le journaliste prétendait mener une approche anthropologique et socioéconomique pour nourrir la réflexion sur l'oisiveté, l'assistanat, la déchéance et la transgression des règles sociales et morales d'une partie de la jeunesse en perdition -mais visiblement pas trop préoccupée, ni occupée d'ailleurs-, il va falloir revoir la copie. Il ne faut pas confondre sociologie et zoologie pour donner l'impression au lecteur d'une banalisation des comportements déviants. Prenez exemple sur un autre article dans lequel on apprend qu'un collectif d'un autre quartier lutte contre d'autres pétards : ni les uns ni les autres ne sont inoffensifs, les deux font de graves dégâts sur la jeunesse. Il serait bon de ne pas l'oublier.
Par ailleurs, comme l'a fait justement remarqué un internaute originaire de ce quartier : quid du reste de la population qui se lève et bosse pour peut-être moins de 1300€/mois et des autres qui sont parvenus à s'élever socialement, en toute dignité ? Les quartiers n'ont pas besoin de ce genre de vitrine de Noël.

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Ubu 17.12.2014

Vu le contenu de l'article, le problème de Balata ne semble pas être le chômage, mais plutôt l'inemployabilité totale de ces gens.
Rapine, trafic, picole, allocs : c'est ce que Flamby et Najat appeleraient sans aucun doute une chance pour la France.

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TOURNESOL 17.12.2014

Je suis consternée, très peinée. Comment a-t-on pu en arriver là en Guyane? Mon fils et moi avons la chance de ne pas habiter près de ces quartiers et je plains les familles qui doivent tenter d'élever leurs gosses au milieu de tout ça. On est dans un engrenage terrifiant et je ne vois pas qui pourra nous en sortir....

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DIDIK 17.12.2014
En quête de vérité?

si vous aviez un minimum d'honnêteté , vous auriez interrogé les travailleurs , entrepreneurs , étudiants , intellectuels qui habitent ici...
Saviez-vous que d'ici (balata) viennent pas moins de six professeurs des écoles, un ingénieur à la SNCF, une dizaine dans les corps constitués, trois pompiers professionnels , une bonne dizaine d'auto-entrepreneur, sportifs de haut niveau, un docteur en physique aéronautique, moi même bibliothécaire .... ( la liste est bien plus longue)
Il n'est absolument pas question de masquer cette réalité criante que connait quotidiennement balata ,
néanmoins il conviendrait de faire le parallèle avec ceux qui représentent l'écrasante majorité de ce quartier...
Si journalisme vous faisiez, les questions auraient été :
-comment sommes-nous arrivés là?
- le chômage, l'exclusion sociale constituent à eux-seuls les facteurs de la marginalisation de cette minorité?
- quelle est la part des " choix induits " quand on voit une réelle " jamaicanisation" de notre société?
- nous avons fréquentez les mêmes écoles , le mêmes collèges... comment se fait-il que nous avons "réussi" et pas eux?
-quelle est leur part de responsabilité dans leur déchéance?
J' ai naïvement cru comprendre que l'information de presse devait être sélectionnée et mise en forme par une conscience libre, formée à la recherche intéressée de la vérité et soucieuse du bien commun...

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DIDIK 17.12.2014

*nous avons fréquenté

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DIDIK 17.12.2014

*nous avons fréquenté

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Melville 18.12.2014

Votre observation, Didik, et celle de Rale-bol, sont à la fois précieuses et vitales, comme une bouffée d'oxygène. Le rôle de la presse, surtout dans un territoire structurellement sous-développé comme le nôtre, n'est pas seulement d'informer. Il consiste aussi à expliquer, à faire réfléchir, à indiquer une direction, à dessiner des solutions, à donner le goût de l'avenir. A l'évidence, il manque au reportage ce que les journalistes appellent "l'autre son de cloche", qui aurait incité à se pencher sur les raisons profondes de ce naufrage et donc à aller tendre aussi le micro à ceux du quartier qui ont réussi, pour qu'ils servent de modèle. Oui, Rale-bol, il est grand temps que France-Guyane révise sa ligne éditoriale pour s'intérésser enfin à ce qui est neuf, à ce qui nous projette dans l'avenir, aux projets inédits, aux solutions originales. Nous avons tous à y gagner, y compris France-Guyane. La presse et le développement d'un territoire ont parties liées.

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DIDIK 19.12.2014

on ne pouvait pas s'attendre à mieux venant d'eux...
néanmoins je ne vais pas tirer sur un cadavre, ils ne sont pas les seuls "coupables" de cette indigence...
les fameux "gars de balata" qui s'y sont prêtés au "jeu" sont tout aussi complices de cette mascarade...
Il est bien évident que personne n'est dupe, le france-guyâne ( ce n'est pas une faute de frappe) fait tout sauf du journalisme...
tout comme eux, il fait du business...
Eux vendent de l'herbe et le france-guyâne...du papier



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Râle-bol 19.12.2014

Oui Didik, en somme, ils nous roulent !

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Melville 18.12.2014

Votre observation, Didik, et celle de Râle-Bol sont à la fois précieuses et vitales, comme une bouffée d’oxygène. Le rôle de la presse, surtout dans un territoire structurellement sous-développé comme le nôtre, ne se limite pas à informer. La presse a aussi pour mission d’expliquer, de faire réfléchir, d’indiquer une direction, de dessiner des solutions, de donner le goût de l'avenir. Il manque, à l’évidence, au reportage sur Balata ce que les journalistes appellent « L’autre son de cloche », qui aurait incité à tendre le micro également à tous ceux qui dans le quartier ont réussi socialement, précisément pour qu’ils servent de modèle, donc de locomotive. En communication, l’image est aussi un puissant facteur d’émancipation sociale. Oui, Râle-bol, il est grand temps que France-Guyane révise sa ligne éditoriale, pour s'intéresser aussi à ce qui est neuf, à ce qui étonne, à ce qui nous projette dans l'avenir, aux projets inédits, aux solutions originales. Le développement de la presse et celui du territoire ont parties liées.

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