Mont Baduel : des habitants évacués après un éboulement
Thomas FETROT / Arnaud SAINT-MAXENT
France-Guyane
06.02.2012
Après l'effondrement d'un pan de colline, la mairie a pris la décision samedi d'évacuer les occupants des maisons les plus proches. La plupart étaient revenus le lendemain (ASM)
Samedi, à Cayenne, une cinquantaine d'habitants du Mont Baduel ont été évacués en urgence après un glissement de terrain sur le pan de colline qui verse sur la piste Tarzan.
L'ombre de Cabassou (1) n'a cessé de planer sur le Mont Baduel tout au long de la journée de samedi. Vers 13 heures, un pan de colline s'effondre sur un terrain situé en bordure de la piste Tarzan. A priori, un éboulement négligeable et sans conséquence dramatique. Mais le problème est que les cinq maisons bâties à flanc de crête risquent d'être emportées en cas de glissement de terrain. Trois habitations situées au pied de la colline sont également menacées. Aucune n'a été érigée avec un permis de construire. Un vent de panique souffle alors sur la mairie de Cayenne qui, immédiatement, prend la décision d'évacuer les occupants des maisons. Une entreprise subite qui s'avère des plus délicates et ce n'est que vers 20 heures que les derniers habitants des demeures menacées quittent leur logement. « C'EST UNIQUEMENT POUR LEUR SÉCURITÉ »
Le regard cerclé de maquillages carnavalesques, vestiges de la soirée de la veille, Marie-Laure Phinéra-Horth est la première à rejoindre les pompiers au pied du Mont Baduel. Elle discute de la marche à suivre avec les membres de son cabinet et le lieutenant-colonel Michel Henriot. « Il est plus prudent de faire évacuer tout le monde » , lance le maire. « D'autant qu'on n'a aucune certitude sur la stabilité de cette partie du mont » , acquiesce l'officier des sapeurs pompiers. « Ce qui se passe aujourd'hui me donne raison (plusieurs opérations d'évacuation et de destruction d'habitations illégales ont été menées en 2011 sur le Mont Baduel, ndlr), insiste le maire. On me dit que nous sommes xénophobes quand on évacue les gens, mais c'est bien la preuve que c'est uniquement pour leur sécurité. » Dans l'urgence, Jean-Bernard Nilam-Ribal et Patrick Johannes, respectivement directeur de cabinet du maire et chef de la police municipale, partent à la rencontre des habitants. « ON VIT LÀ DEPUIS VINGT ANS »
Avec pédagogie mais sur un ton péremptoire, Patrick Johannes explique à chaque occupant les raisons pour lesquelles il dispose d'une heure pour évacuer les lieux. Le visage de Deyanane est décomposé. Il habite avec sa compagne, son enfant et sa mère. « On vit là depuis vingt ans, souffle-t-il, abasourdi. Je ne sais pas où on va aller. Pas dans la rue quand même... » Si les représentants de la mairie évoquent d'emblée la possibilité d'un relogement de fortune, ils n'évaluent le nombre de personnes concernées qu'à « une quinzaine » . Elles sont en réalité bien plus nombreuses. Sur sa terrasse qui lèche la falaise, un habitant interroge Patrick Johannes : « Il faut prendre toutes nos affaires ? » Il occupe la maison avec sa compagne depuis neuf ans. À quelques mètres, sa voisine n'entend pas évacuer les lieux. « Je suis là depuis 1998, lance Fanela. Je ne pars pas maintenant, pas comme ça. C'est trop précipité. Ma maison ne va pas tomber comme ça. Et puis, même si le terrain n'est pas à nous, on a payé tout ça en travaillant. Je paye l'électricité, l'eau, même la taxe d'habitation. » Il est 14 h 40. Des agents municipaux disposent des barrières aux deux extrémités de la rue. Mesure dérisoire. Fanela discute avec ses voisins devant sa maison. Elle n'est pas décidée à partir. « Vous êtes déjà allé en Haïti ? » , demande une dame d'une soixantaine d'années en épluchant négligemment une mangue. Les rires fusent. L'excitation des premières interventions a disparu. Une pluie battante s'abat sur le Mont Baduel. Plus rien ne bouge. Jusqu'à l'arrivée du préfet. Entouré de policiers, Denis Labbé vient « au contact » des habitants. « Les gens sont très gentils, mais j'ai l'impression qu'ils ne perçoivent pas le danger, qui est important » , constate-t-il. Son téléphone collé à l'oreille, Patrick Johannes explique qu'un arrêté de péril imminent est en cours de rédaction. Le gymnase du collège Catayé doit être réquisitionné pour accueillir les évacués. En fin d'après-midi, l'arrêté de péril est remis aux habitants qui sont encore sur les lieux. LES HABITANTS RÉINVESTISSENT LES LIEUX
Mais le lendemain dimanche, alors qu'un arbre s'était effondré en début de matinée au niveau du glissement, la plupart des habitants avaient réinvesti les lieux, résignés : « On craint qu'avec la pluie cela risque encore de glisser comme nous l'ont expliqué les gens de la mairie » , confie Élie, qui habite juste au-dessus de l'éboulement. À quelques mètres du glissement, une habitation précaire faite de tôles entre les carcasses de voitures rouillées abrite Eddi et sa compagne depuis quatre ans. Il dit avoir peur mais, comme ses voisins, il tient à rester sur place : « Nous n'avons aucun autre endroit où aller! » (1) Le 19 avril 2000, près de 300 000 mètres cubes de terre se sont détachés de la colline de Cabassou, à Cayenne, pour s'abattre sur la route située en contrebas avant d'engloutir l'usine Cilama. Dix personnes sont mortes sous les décombres. - Déjà en 2009
Le 13 juin 2009, la mairie de Cayenne a ordonné et conduit une opération d'évacuation d'une vingtaine d'habitants du Mont Baduel. Une mesure prise en raison d'un fort risque de mouvement de terrain sur l'une des zones de la colline. Dans la foulée, cinq maisons avaient été détruites par les services techniques municipaux. Depuis, notamment fin 2011, la mairie a procédé à plusieurs expulsions qui ont été suivies de destructions d'habitations. « Toute la montagne est en zone non constructible, expliquait Marie-Laure Phinéra-Horth le 19 novembre dernier. Les constructions sont toutes illégales. »