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Un jaguar « saisi » au milieu des caïmans

par Daniel SAINT-JEAN France-Guyane 01.07.2010

L'office national de la chasse et de la faune sauvage a saisi hier une femelle jaguar qui était au « Sanctuaire des crocodiliens » . Elle a été remise en liberté. Pour le propriétaire, cette mesure gâche une occasion de reproduction génétiquement pure.


Les problèmes rencontrés par Jean-Pierre Austruy avec l'Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) sont dus à un de ses deux jaguars (D.St-J.)
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Des projets de « fermes pédagogiques » pourraient être « perturbés » où même « remis en question » par les problèmes rencontrés par Jean-Pierre Austruy avec l'Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS). Ses problèmes ne sont pas dus à ses reptiles, mais à l'un de ses deux jaguars.
« J'ai été contrôlé 8 juin par l'ONCFS. Un procès-verbal a été dressé pour possession de jaguars et de cinq serpents vénimeux » , reconnaît Jean-Pierre Austruy. Pour son jaguar mâle, Choupetto, un dossier de régularisation est en cours, ce qu'a pris en compte l'ONCFS. Par contre, pour l'autre, l'ONCFS constate qu'il a été capturé en mai dernier et doit retrouver sa liberté. « Choupetto je l'ai depuis sept ans. Sa mère avait été tuée et il avait été retrouvé par des agriculteurs dans l'ouest de la Guyane. Ils s'en sont séparés et je l'ai pris en charge à Saint-Laurent alors qu'il avait trois ans. Le transfert s'était fait avec les certificats nécessaires, notamment de la Direction des services vétérinaires » .
Mais pour la femelle, l'histoire n'est pas la même. « Âgée d'à peine 2 ans, elle a été capturée le 9 mai dernier sur une exploitation de la route de l'Est. Elle était avec sa mère qui lui apprenait les rudiments de la chasse sur les animaux de la ferme... » Pour Jean-Pierre Austruy, la capture d'une femelle « génétiquement pure » était une occasion inespérée pour la reproduction avec son Choupetto. « Une union entre l'Est et l'Ouest, loin des consanguinités issues des reproductions en captivité » . Une démarche que ne suit pas l'ONCFS qui a pris en charge hier, vers 14 h 30, en présence du procureur de la République, la femelle jaguar et cinq serpents venimeux. Ces derniers ont été relâchés aussitôt dans la nature... Alors que leur propriétaire fait l'objet d'une procédure judiciaire.
- Repères
Le code de l'environnement. Pour les établissements détenant des animaux d'espèces non domestiques, l'article L. 413-1 précise : « Les responsables des établissements d'élevage d'animaux d'espèces non domestiques, de vente, de location, de transit, ainsi que ceux des établissements destinés à la présentation au public de spécimens vivants de la faune locale ou étrangère, doivent être titulaires d'un certificat de capacité pour l'entretien de ces animaux.
Les dispositions du présent article s'appliquent également aux établissements existants au 14 juillet 1976 dans les délais et selon les modalités fixées par décret en Conseil d'État. »
Article L. 413-3 : « Sans préjudice des dispositions en vigueur relatives aux installations classées pour la protection de l'environnement, l'ouverture des établissements d'élevage d'animaux d'espèces non domestiques, de vente, de location, de transit, ainsi que l'ouverture des établissements destinés à la présentation au public de spécimens vivants de la faune locale ou étrangère, doivent faire l'objet d'une autorisation délivrée dans les conditions et selon les modalités fixées par un décret en Conseil d'Etat. »
Et l'article L. 413-5 précise : « Indépendamment des poursuites pénales qui peuvent être exercées en application du présent titre, des mesures administratives pouvant aller jusqu'à la fermeture de l'établissement peuvent être prescrites par le ministre chargé de l'environnement. »
- Une ferme pédagogique d'élevage de caïmans
Le zoo « Nigricollis » de la fin des années quatre-vingt, route de l'est a laissé place au « Sanctuaire des crocodiliens » . Jean-Pierre Austruy rêve de transformer son établissement en « ferme pédagogique » pour faire découvrir les caïmans et autres reptiles.
Caïmans noirs, rouge et à lunettes, boa constrictor, arc-en-ciel, émeraude, anaconda, tortues aquatiques et terrestres... La maison de Jean-Pierre Austruy est une arche de Noé vouée au monde des reptiles, située sur la route de l'Est à Roura. Aujourd'hui, sa « ferme » compte quelque 250 reptiles nés en captivité dont le caïman noir qui séjourna au jardin botanique de Cayenne, âgé de plus de vingt-cinq ans.
Jean-Pierre Austruy élève quelque 250 reptiles nés en captivité dont de nombreux boas.Jean-Pierre Austruy élève quelque 250 reptiles nés en captivité dont de nombreux boas.
Le « Sanctuaire des crocodiliens » , fut durant les années 1987 à 1989 le zoo « Nigricollis » et est aujourd'hui « une ferme d'élevage » très particulière. Une ferme qu'il espère ouvrir au public pour en faire une ferme pédagogique avec son « reptilarium, pour partager près de quarante années de passion » .
Arrivé en Guyane le 3 juin 1975, Jean-Pierre Austruy aujourd'hui âgé de 55 ans, est originaire du sud : « J'ai vécu ma jeunesse à Nîmes dont l'emblème est un crocodile » . Est-ce là qu'il faut trouver la naissance de sa passion pour les reptiles et crocodiliens qu'il a depuis l'âge de 15 ans ? « Après mon armée, je suis resté en Guyane pour cela. Ce qui est passionnant, c'est l'observation et l'élevage. Mais surtout la reproduction. Ceci dans l'esprit de la conservation des espèces! »
« Par le passé, il n'y avait pas de réglementation. Puis il y a eu la convention de Washington et l'Europe... » , rappelle Jean-Pierre Austruy qui déclare avoir fait le nécessaire pour être en règle en passant les capacités requises en 2005, sauf pour l'espèce venimeuse, et effectuant les démarches pour l'ouverture d'un établissement pour détention et l'élevage de reptiles en 2008. Depuis, il a entrepris des démarches pour obtenir le certificat pour la présentation de ses animaux au public et déposé un dossier pour un examen à Paris de la commission pour la création de sa ferme pédagogique.
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10 février 2012