Une cinquantaine de carcasses de voitures calcinées gisent le long de la route qui mène au barrage de Petit-Saut. Une route officiellement fermée au public mais où il se trame de drôles de choses.
La route de Petit-Saut. Un ruban de macadam qui serpente sur 27 km entre la RN1 et le barrage de Petit-Saut. Son point de départ se situe à mi-chemin entre Kourou et Sinnamary. Seulement cette route, qui n'est pas autorisée à la circulation des particuliers, ressemble à un cimetière. Des dizaines de carcasses de voitures brûlées reposent au bord de la chaussée. On en croise régulièrement. Soit à droite, soit à gauche de la chaussée. Plus ou moins près. Quand on ajoute à toutes ces voitures le fait que peu de véhicules y circulent, le résultat est une ambiance de fin du monde.
« CE NE SONT PAS LES GENDARMES QUI LES BRÛLENT »
Les voitures incendiées appartiendraient à des orpailleurs illégaux ou alors seraient tout simplement des voitures volées abandonnées là. Selon une source, les véhicules seraient incendiés tantôt par les gendarmes, tantôt par les garimpeiros. Une autre source pense que ce sont uniquement les gendarmes qui les incendient. Faux, répond le colonel Didier Laumont, patron des gendarmes dans le département. « Ce sont souvent les voleurs de voitures qui les brûlent. Il y a peu de temps de cela, une voiture a été incendiée, l'autre a été jetée dans la retenue du barrage. Ce ne sont en tout cas pas les gendarmes qui les incendient. Il n'y a pas de raison pour qu'on les brûle. Car plus on trouve de traces, mieux c'est pour retrouver les voleurs. » Il n'en demeure pas moins que régulièrement les agents EDF doivent appeler des entreprises extérieures pour déplacer les carcasses qui gênent la circulation sur la route. Hier, personne n'était disponible en préfecture pour nous en dire davantage.
Gabriel Serville, le député de la première circonscription, a emprunté cette fameuse route, lundi matin. Il aimerait bien en savoir plus. « Sur une route comme ça qui pourrait avoir un intérêt touristique, à un moment où l'on parle d'énergie, d'écologie, toutes ces voitures brûlées sont du plus mauvais effet. » Sur la route, le député a commencé à compter les carcasses croisées. « Quand je suis arrivé à 39, je me suis arrêté. » L'homme, un peu démoralisé par ce triste spectacle, n'a pas voulu poursuivre le décompte. « Quelqu'un qui travaille au barrage m'a dit que c'était beaucoup plus. » Il y en aurait en fait plus de cinquante.
(Henri Griffit)
• photos : Henri Griffit
(Henri Griffit)
• photos : Henri Griffit
TROIS À QUATRE MILLIONS D'EUROS
Le chantier du barrage hydraulique a commencé en 1989. La route a été construite au même moment pour permettre aux camions d'arriver jusqu'au site.
Le barrage a été inauguré en 1994. La route, elle, commence à vieillir. Rétrocédé à l'État par EDF, qui en était originellement propriétaire, l'axe n'est que très peu entretenu. EDF lui consacre quelques dizaines de milliers d'euros pour reboucher les nids de poule. Contacté hier, le directeur d'EDF n'a pas souhaité s'exprimer sur ce dossier. Il n'empêche, les ouvrages d'art (pont, retenues, etc.) ne sont pas du tout entretenus. Il faudrait 3 à 4 millions d'euros de travaux pour tout remettre en état. Déjà, en 2001, il y a donc onze ans, le préfet de l'époque avait fermé la route aux particuliers.
Aujourd'hui encore, seules les personnes habilitées peuvent emprunter l'axe. Ce qui n'empêche pas, outre ceux qui travaillent sur le barrage, beaucoup de personnes de prendre cette route : gendarmes, chasseurs, pêcheurs, orpailleurs clandestins, individus voulant se rendre à Saint-Élie en naviguant sur le lac. Ce serait plusieurs dizaines et peut-être même une centaines de voitures qui parcourraient les 27 km de bitume chaque jour. Officiellement, cette route n'a pas de nom, pas de numéro, n'est « pas labellisée » , explique un connaisseur du sujet. Elle est considérée comme une simple « route forestière » . Sur laquelle on croise pourtant parfois des gars louches.
La préfecture est en train de travailler sur cette route, nous dit-on. Le principe serait de la céder à la future collectivité territoriale unique, fusion des conseils général et régional. Elle en aurait ensuite la charge et donc l'entretien. Évidemment, s'il faut investir plusieurs millions d'euros, la future instance ne se précipitera pas pour la récupérer. « Sur cette question, c'est compliqué mais on avance » , explique un des protagonistes. De son côté, le député Serville aimerait que « la route trouve un aspect plus avenant » . Il confirme qu'il y a « un début de réflexion à ce sujet » . Car l'enjeu n'est pas mineur. Il s'agirait de désenclaver, à terme, la commune de Saint-Élie. Et cette future route rénovée et rallongée pourrait permettre à des projets touristiques de se monter. Mais cela suppose que ceux qui y brûlent des voitures perdent cette méchante habitude.
(Henri Griffit)
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