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L'un des derniers combattants hmong de Guyane est mort

P.-Y. C. / B. M. Jeudi 20 mai 2010

Va Boua Ndzeu (à gauche au premier plan), il y a un an. (photo d'archives)

Va Boua Ndzeu est mort lundi chez lui, à Cacao. Il s'agirait du plus vieux combattant hmong vivant en Guyane. Il a été enterré hier soir selon le rite animiste.

Depuis plusieurs mois, on ne le voyait plus sur le marché de Cacao. Il y a un an pourtant, Va Boua Ndzeu avait reçu France-Guyane chez lui, au côté de sa femme. Lundi, il est mort, à l'âge de 90 ans. Selon Cha By, responsable associatif à Cacao, il s'agissait du plus âgé des quatre combattants hmongs vivant en Guyane.
Il y a un an, Va Boua Ndzeu avait témoigné du sort des combattants hmongs. C'était à trois jours de la visite du secrétaire d'État aux Anciens Combattants, qui venait inaugurer une stèle d'hommage à ceux qui ont combattu en Indochine à côté des Français.
Va Boua Ndzeu était aussi revenu sur le sort des réfugiés hmongs dans les camps thaïlandais. Deux familles lui étaient apparentées, avait-il indiqué. Au secrétaire d'État, il avait demandé « qu'au moins la France accepte de les accueillir » . Depuis, ces familles ont été expulsées de Thaïlande vers le Laos. Là-bas, selon les Hmongs de Guyane, ils seraient en danger, en raison de leur engagement au côté de l'armée française pendant la guerre d'Indochine. Depuis, Cha By indique avoir très peu de nouvelles, « sauf par l'État français » . Les réfugiés se seraient installés dans le sud du Laos, près de la frontière avec le Cambodge.
L'autre revendication des Hmongs est leur reconnaissance comme anciens combattants. Les dossiers auraient très peu avancé. Va Boua Ndzeu avait raconté que, vingt ans après la fin de la guerre, les représailles étaient encore fréquentes. Lui n'avait pas attendu pour détruire les preuves qui le liaient à l'armée française, dès 1967 ou 1968.
Il y a un an, il se remémorait l'événement : « Je m'étais fait arrêter (par le Viet Mihn). J'ai compris qu'il ne fallait pas qu'ils trouvent les papiers sur moi. J'ai dit que j'étais simple agriculteur et que je n'avais jamais servi la France. »
En se débarrassant des papiers d'engagement, il a détruit, sans le savoir, les preuves qu'il était un ancien combattant. Hier après-midi, il a été enterré au cimetière de Cacao en présence d'une quarantaine de parents, amis et habitants du village. Mais sans l'hommage rendu habituellement aux anciens combattants.
 
ARCHIVES

Il y a un an, en avril 2009, Va Boua Ndzeu avait reçu France-Guyane chez lui, au côté de sa femme. Retrouvez le témoignage qu'il nous avait accordé.
 
Le jour où Vang a détruit « toutes les preuves »

Vang vit à Cacao, où se rend vendredi le secrétaire d'Etat aux Anciens Combattants. Il raconte avoir combattu aux côtés de l'armée française en Indochine. Ce que l'Etat ne reconnaît pas.

Vang s'excuse sans cesse d'avoir la mémoire qui flanche. A 89 ans, on lui pardonne volontiers de ne plus se souvenir si c'est en 1967 ou en 1968 qu'il a détruit les papiers prouvant son engagement auprès de l'armée française en Indochine.

Vang vit à Cacao. Il partage sa maison avec son épouse Ma Cha, une figure incontournable du marché dominical, et l'un de ses fils. Il a quitté le nord du Laos en 1989. Il était maire de sa commune et agriculteur. Mais vingt ans après la fin de la guerre, il vivait avec la peur d'être démasqué. Les représailles continuaient. « Certains habitants du village ont disparu, sans qu'on sache ce qu'ils sont devenus. » Alors en 1968, peut-être 1967, qu'importe, Vang a détruit les papiers qui le liaient à l'armée française. Les seuls qui lui auraient permis de plaider sa cause auprès des Anciens Combattants. Le secrétaire d'Etat, Jean-Marie Bockel, arrive ce soir en Guyane. Vendredi, il inaugurera une stèle à Cacao où de nombreux Hmongs sont arrivés depuis la fin des années 1970. Comme Vang, eux ou leurs parents ont combattu auprès de l'armée française.
 
« On a donné tout ce qu'on avait »

Vang s'est engagé auprès du Corps expéditionnaire français en Extrême-Orient (Céféo, le nom donné à l'armée française en Indochine) en 1953. La guerre fait rage depuis sept ans. Cette année-là, le Viêt Minh nationaliste et communiste arrive dans sa ville de Monsoy, à la frontière avec le Viêt Nam. L'armée française lui fait face. « Notre maire, sachant que la guerre approchait, a fui ; il a fallu se positionner. » Le Viêt Minh, que Vang appelle encore aujourd'hui « l'ennemi » , « s'en est pris aux habitants du village » , raconte-t-il. Dès lors, Vang choisit son camp. « Nous avons fui. Sinon, nous aurions tous été massacrés. Dans la ville voisine, il s'engage auprès des Français. L'officier qui l'accueille s'appelle Villiers.

Dans la région, l'armée française est dépourvue. « Il a fallu construire une caserne. Il y avait beaucoup de travail... Beaucoup de travail... On n'avait le temps de faire rien d'autre. » A l'évocation de ces souvenirs, les rides de Vang semblent se creuser encore un peu plus sur son visage. « On a donné tout ce qu'on avait pour l'armée française. » Tout. Même leur vie. Sept autres hommes de Monsoy ont rejoint le Céféo le même jour que Vang. Cinq meurent la première année : « Deux à cause d'une grenade et trois de maladie. » Vang aussi a failli mourir.

Avec son épouse Ma Cha, que l'on voit toujours au marché, il a travaillé son abattis à Cacao jusqu'à l'an dernier.
 
Il saute sur une mine

Assis au rez-de-chaussée de sa maison de Cacao, à quelques mètres de l'abattis où il a travaillé jusqu'à l'an dernier, il tire sur son col de chemise. Entre le cou et l'omoplate gauche, il met le doigt sur une cicatrice. « J'avais vingt soldats sous mes ordres. Comme j'étais le chef, je devais marcher devant. Je suis tombé sur une mine posée par l'ennemi. » C'était sur le chemin où il patrouillait tous les jours. Quand il se réveille, des villageois le soignent. Les contacts sont rares avec le commandement français, installé en ville. Dien Biên Phu tombe en 1954, la France quitte l'Indochine, les Etats-Unis poursuivent la guerre jusqu'en 1969. Vang l'ignorait. « Jusqu'en 1969, j'ai cru que je servais l'armée française. »

Un an plus tôt, il a détruit toutes les preuves. « Je m'étais fait arrêter. J'ai compris qu'il ne fallait pas qu'ils trouvent les papiers sur moi. J'ai dit que j'étais simple agriculteur et que je n'avais jamais servi la France. » Il ne le révélera jamais à ses compatriotes. « L'ennemi a toujours cherché ceux qui avaient servi. »

- Les propos de Vang ont été aimablement traduits par Cha By.

Il y a un an, Va Boua Ndzeu avait reçu France-Guyane chez lui, au côté de sa femme.
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1 commentaire

Vos commentaires

minotaure97 21.05.2010

C'est plutôt scandaleux d'inaugurer une stèle en hommage aux "combattants Hmongs morts pour la France" , et ne rien faire pour régulariser la situation des anciens combattants Hmongs au motif qu'ils n'ont aucun document administratif le prouvant. L'armée française dispose pourtant de registres et d'archives ( cf. le SHAT de Vincennes par exemple ) qui permettraient de retrouver les "engagés" . S'il s'agissait de mercenaires, ce serait évidemment plus difficile ( la France ne reconnait jamais ses mercenaires ) mais pas impossible ( témoignages, interrogatoires sur les opérations effectuées etc .. ).A quoi doit bien servir un tel "Secrétariat d'État" , s'il se contente de remettre des médailles et fleurir des tombes ? Cela devient aussi affligeant si l'on se rappelle que les pensions des anciens combattants de l'Afrique Occidentale Française avaient été "gelées" depuis la fin du conflit mondial.Sans oublier que des résistants des FFI de la "dernière heure" (1945) ont pu bénéficier du statut d'anciens combattants grâce à des procédures de circonstances. Le sang versé "pour la patrie" n'aurait donc pas la même couleur dans les anciennes colonies. Fermer le ban ...

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