Coups de couteau dans un squat
Pierre-Yves CARLIER
France-Guyane
28.08.2010
La victime s'est effondrée sur le congélateur d'un poissonnier, après avoir perdu beaucoup de sang. (HG)
« Banane » , un SDF vivant dans l'ancien immeuble de la Semagu, à la Crique, a été poignardé, hier matin. Hospitalisé dans un état critique, il semble sorti d'affaires. Un suspect a été arrêté à 19 heures, sur les lieux de l'agression.
Le préfet ne pensait pas si bien dire. Mercredi, devant soixante-dix représentants des forces de l'ordre, il martelait qu'il faut une action énergique contre les squats. Deux jours plus tard, l'un des plus emblématiques - le plus imposant en tout cas - a été le théâtre d'une tentative de meurtre. La victime, un SDF surnommé « Banane » , a été hospitalisée après avoir perdu beaucoup de sang. Hier soir, il semblait sorti d'affaires, selon la police. Ce squat, c'est l'ancien immeuble de la Société d'économie mixte d'aménagement de la Guyane (Semagu), dans le quartier de la Crique, à Cayenne.
Construit en 1994 pour l'équivalent d'1,4 million d'euros, le bâtiment devait abriter dix-neuf familles. Il n'a jamais été terminé : posé sur une simple dalle en béton armé, alors que la zone est marécageuse, il a commencé à se fissurer dès que le toit a été posé. Il n'a pas été perdu pour tout le monde : les squatteurs en ont fait leur affaire.
Hier matin, vers 10 heures, deux d'entre eux se disputent, pour une raison que les policiers tenteront de déterminer. L'un d'eux saisit un couteau et le plante deux fois dans son adversaire : à la fesse gauche et, plus grièvement, sous l'épaule gauche. Banane, qui perd déjà beaucoup de sang, descend jusque dans le couloir où les poissonniers ont aligné leurs congélos. Il s'effondre et sera conduit à l'hôpital.
« J'ai entendu les deux gars qui se battaient. L'un d'eux a hurlé et je suis descendu, raconte un témoin. Je lui ai dit de ne pas bouger. Il a perdu énormément de sang. Les deux vivent là-haut. L'autre l'a frappé dans le dos. » L'auteur des coups de couteau a pris la fuite en sautant par l'encadrement d'une fenêtre du premier étage. La police a arrêté l'auteur présumé, hier soir, au pied de l'immeuble.
Le bâtiment devrait retrouver assez vite son calme et ses occupants habituels. Lorsque la Semagu a été liquidée, il a été transféré à la SA HLM. Celle-ci a touché près d'1,3 million d'euros pour le démolir (la mairie avait annoncé que ce serait fait fin 2008) et rembourser l'emprunt de la Semagu. Elle n'a fait ni l'un ni l'autre, sans qu'on sache ce qu'est devenu l'argent. Après avoir de nouveau changé de main à la disparition de la SA HLM, l'immeuble est désormais pris dans l'imbroglio du programme de rénovation urbaine de la ville de Cayenne. Bref, il devrait encore s'en passer de belles dans le squat.