Orpailleur, c'est de l'or!
Audrey VIRASSAMY
France-Guyane
23.11.2009
Avant la projection, Marc Barat entouré de quelques membres de son équipe. Dans le groupe : la coscénariste Apsita Berthelot-Cissé (au micro), Philippe Passon, Viviane Émigré, Ricky Tribord, Serge Abattucci, Jimmy Jean-Louis... (AV)
Le film de Marc Barrat a été diffusé pour la première fois en Guyane lors du festival Cinamazonia. Une projection unique, à guichets fermés, qui a conquis le public présent. L'exploitation en salle est prévue pour mars.
Il y a des films qu'on a envie d'aimer. Pour ce qu'ils représentent, pour ce qu'ils racontent, pour ceux qui les ont faits. Mais il arrive parfois qu'on soit déçu. Samedi, avant même le début du film Orpailleur, les chanceux qui ont réussi à avoir une place ne parlaient que de ça : est-ce que ce film tant attendu sera à la hauteur de nos espérances ? Dès les premières images, il n'y a pas de doute. Orpailleur est un beau film. Les acteurs sont bons, les décors sont magnifiques, et le spectateur se laisse transporter avec bonheur. Chauvinisme ? Peut-être, parce qu'on ne peut s'empêcher de jouer à reconnaître personnages et lieux. Mais pas uniquement. Car le film a beau parler de la Guyane, il aborde des thématiques universelles : l'amitié, l'amour, l'aventure, la fraternité, l'espoir... En soulevant également la problématique de l'orpaillage clandestin et de la destruction de la forêt, il pourra, peut-être, également provoquer des réactions aussi bien chez nous qu'au-delà de nos frontières. Après la projection, Marc Barrat recueille les applaudissements du public. Les félicitations également.
« Un film qui dérange »
À la sortie de la salle, les professionnels du cinéma ne tarissent pas d'éloges. Pour Guy Deslauriers, réalisateur du film Aliker, Orpailleurest « une belle carte émotionnelle de la Guyane.
C'est un film qui a l'art de prendre à bras-le-corps un problème assez urgent à régler, celui de l'orpaillage illégal qui a des conséquences terribles pour la Guyane. » Le même engouement est perceptible chez Stomy Bugsy, qui a prêté ses traits à Aliker. « Même si c'est un road-movie, c'est un film qui développe plein de choses. C'est un film d'aventures mais qui dérange. Je connaissais un peu la Guyane mais là j'ai vu plein de belles images, avec de bons acteurs. »
Le nerf de la guerre
La salle continue de se vider. Certains des acteurs et des techniciens du film sont là et saluent Marc Barrat. Parmi eux, Ricky Tribord. « Bravo Marc, lâche-t- il en lui serrant la main. C'est un beau film et je suis fier d'être dedans. » L'acteur ajoute être également « fier pour la Guyane parce que c'est le premier film avec des Guyanais devant et derrière la caméra. »
Mais les remerciements ne sont pas complets. Avant de laisser partir le public, Marc Barrat n'a pu s'empêcher de rappeler que des financements se font toujours attendre. Interrogé sur ce sujet, Antoine Karam, président de Région, encore heureux après avoir vu « cet hymne à la Guyane » reconnaît que Marc Barrat « en a bavé pour faire son film. Nous avons signé des conventions dans le cadre du PO amazonien (programme opérationnel transfrontalier, ndlr), précise-t-il. Les procédures sont lourdes et complexes. Mais dans les semaines qui viennent, cela devrait être finalisé. »
Juste après la projection, Osange Silou-Kieffer, présidente de l'association Cinamazonia, affirmait « avec Orpailleur, la Guyane entre dans l'histoire du cinéma » . Marc Barrat, lui, relativise. « C'est difficile de faire un premier film. Il a fallu courir. En plus, je parlais d'un sujet atypique, je n'avais pas d'acteur « bankable » ... C'est un film qui va coûter 2,4 millions, mais il aurait fallu avoir 3,2 millions... Je n'ai pas ouvert une porte. J'ai ouvert un sentier à la machette. Maintenant, il ne faut pas le laisser se refermer. »
Une convention à venir ?
Une convention État-CNC-Région pourrait être un bon moyen de ne pas laisser disparaître ce layon. Avec un accord de ce type, l'État s'engage à apporter une contribution financière importante en vue d'inciter et de soutenir l'investissement des collectivités territoriales dans la production cinématographique.
Ainsi, le Centre national du cinéma et de l'image animée apporte un euro pour deux euros investis par la Région, soit, au total, 50% de l'effort investi par les collectivités territoriales. Antoine Karam assure qu'une telle convention sera signée en Guyane : « Ce sera mis au budget du 18 décembre prochain. »
Orpailleur devrait être exploité en salle en mars tant aux Antilles-Guyane que dans l'Hexagone. En attendant, c'est le public du Festival du film d'environnement de Paris qui va en profiter : Orpailleur y est présenté aujourd'hui.
Marc Barrat, lors du tournage en octobre 2008 (photo d'archives)