Ce chef d'entreprise cayennais est un peu sur les nerfs. Il s'attendait à un long voyage pour rejoindre Belo Horizonte, au Brésil, mais pas à ce point périlleux. Son itinéraire initial : Cayenne-Belém-Brasilia-Belo Horizonte. Le départ devait avoir lieu vendredi dernier par la Taf, la compagnie aérienne qui assure le vol Cayenne-Belém en partenariat avec Air Caraïbes. C'était sans compter ce coup de fil, mardi soir : « Air Caraïbes m'a appelé pour me dire que mon vol était tout simplement annulé. A la place, ils m'ont proposé de partir le lendemain, donc mercredi, à midi. » Trop juste pour ce patron qui préférera partir vendredi à 3 heures du matin pour attraper un bus Oïapoque-Macapá... et espérer être à l'heure à son rendez-vous professionnel à Belo Horizonte.
Car la Taf, discrètement, n'assure plus ses vols vers le Brésil depuis un mois. Air Caraïbes, qui partageait avec la compagnie brésilienne un partenariat de « codeshare » (1), a repris les vols vers la capitale de l'Etat du Pará, à raison d'un vol par semaine, contre les trois vols hebdomadaires que proposait la compagnie brésilienne. La Direction générale de l'aviation civile à Paris indique ne pas connaître les motifs qui poussent la compagnie brésilienne à ne plus assurer le vol Cayenne-Belém : « Leur 737 est correctement entretenu, et suivi par la Direction de l'aviation civile de Guyane, indique-t-on au siège, à Paris. Il ne pose pas de problème de sécurité » . Eric Kuo, représentant de la compagnie en Guyane, indique être « en vacances à Paris » , et ne souhaite pas « donner une version » sur l'annulation des vols. Plusieurs dizaines de passagers seraient pourtant concernées : « Nous avons vu directement avec eux » , répond-il. A Fortaleza, Madame Saboya, chargée de communication de la Taf, indique qu'un Airbus est actuellement en révision à São Paulo, mais que le trafic devrait se normaliser au mois de mai. Pour le moment, il reste impossible de réserver un billet d'avion pour partir au Brésil dans les semaines à venir. De nombreux voyageurs ont donc dû opter pour un autre moyen de transport (lire ci-contre).
(1) Pratique commerciale utilisée par les compagnies aériennes. En codeshare, une compagnie opère le vol tandis qu'une ou plusieurs autres ne font que le commercialiser.
Leur plan B pour rejoindre Belém
Leur vol a été annulé, reporté ou avancé. Ils prévoyaient de partir mais n'ont pas pu prendre leur billet d'avion. Trois passagers nous expliquent comment ils vont rejoindre Belém.
Mélina a 35 ans. Elle avait prévu de partir quelques jours de vacances avec son mari dans la capitale du Pará : « On voulait ensuite passer une semaine sur l'île de Marajó » , raconte-t-elle. Confrontée aux difficultés de la Taf à assurer son vol, elle ne pouvait pas partir à la date proposée par Air Caraïbes. Elle s'est donc décidée à passer par Paramaribo. Surinam Airways assure une liaison directe Paramaribo-Belém deux fois par semaine, mercredi et dimanche, en 1 h 45. « Le billet nous a coûté 420 dollars (312 euros) chacun. On laisse notre voiture à des amis, à Saint-Laurent, mais il faut encore compter le taxi pour aller à Paramaribo, le visa à l'aller comme au retour, une nuit d'hôtel, le transfert à l'aéroport... » Mélina table sur 150 euros de plus chacun. « Mais du coup, on se prendra un ou deux jours pour découvrir Paramaribo » , sourit-elle.
Par la piste
Grégory, lui, comptait prendre un billet le 29 avril pour Belém, avant de rejoindre Lima, au Pérou, via São Paulo. « J'ai acheté le billet Belém-Lima sur internet. Pour le moment, le prix était dans mes cordes : 530 euros. Je ne pouvais pas attendre de savoir si la Taf allait proposer de nouveau un vol pour acheter ce billet, car j'avais peur qu'il augmente. » Du coup, Grégory a troqué son Belém-Lima pour un Macapá-Lima et compte aller dans la capitale de l'Amapá par la piste, depuis Oïapoque. Trois compagnies effectuent le trajet ; les bus partent le matin à 9 heures et en soirée, à 18 heures. Le trajet coûte 65 réis (22 euros). La route, bitumée sur 250 kilomètres, peut être difficilement praticable en saison des pluies. Le forum du site www.brasilyane.com indique régulièrement l'état de la piste.
REPERES
- Juin 2004. Air Caraïbes se lance sur la ligne Cayenne-Belém.
- 18 novembre 2004. L'Embraer 120 de la compagnie brésilienne Penta, qui assurait également la ligne Cayenne-Belém, tombe en panne. La compagnie affrète des appareils de la Taf pour transporter ses clients.
- 5 janvier 2005. Alors que la Penta n'a toujours pas d'avion pour reprendre son activité, la Taf obtient des droits de trafic provisoires. Elle assure deux jours par semaine la ligne Cayenne-Macapá-Belem-Fortaleza.
- Juin 2005. Elle est officiellement désignée comme compagnie régulière, à raison de trois liaisons hebdomadaires.
- 31 mars 2006. Le délai obtenu par la Taf pour équiper son appareil de deux systèmes de sécurité qui lui faisaient défaut expire. La compagnie achète un autre appareil, un Boeing 737, à Air Canada, disposant des normes européennes. Cet avion assura la ligne internationale. Le « vieil » appareil subira une révision complète.
- 11 décembre 2007. Air Caraïbes se retire de la ligne Cayenne-Belém. Elle passe avec la Taf un partenariat de « codeshare » : la Taf opère désormais le vol, mais Air Caraïbes continue de le commercialiser.
3 QUESTIONS A Serge Tzygalnitzky : Directeur d'Air Caraïbes
On va rétablir la liaison de manière définitive après les grandes vacances
Air Caraïbes revient sur la ligne Cayenne-Belém. Est-ce pour dépanner la Taf ?
La Taf nous a transféré ses passagers. L'année dernière, nous avons passé avec cette compagnie un partenariat de codeshare : nous commercialisons les billets pour la ligne, mais c'est la Taf qui effectue le vol. Mais nous avons, à plusieurs reprises, été surpris par les problèmes qu'il y a eus : des vols ont été annulés, on a assisté à des irrégularités d'exploitation...
Nous avons connu beaucoup de problèmes.
Pour l'instant, nous assurons un vol par semaine avec un 737, qui compte 117 sièges.
A ma connaissance, tous les passagers qui avaient un billet ont été pris en charge.
Est-ce que vous comptez revenir de manière définitive sur cette ligne ?
On compte rétablir la liaison de manière définitive, probablement pour les grandes vacances. Nous aurons deux vols par semaine, vraisemblablement le mercredi et le vendredi, puis le lundi et le vendredi. On comptait renforcer la ligne vers Saint-Domingue, on doit faire autrement.
On va devoir réduire la fréquence vers cette destination, pour desservir Cayenne-Belém.
L'année dernière, quand vous étiez encore sur la ligne, la liaison pour Macapá a été annulée. Comptez vous revenir sur cette ville ?
Non, pas pour le moment. Nous n'irons pas non plus jusqu'à Fortaleza (comme la Taf, ndlr). Ce sera un vol direct Cayenne-Belém.