SUIVEZ LE GUIDE... À L'HABITATION BESSE, Dans le passé de l'Approuague
Audrey VIRASSAMY
France-Guyane
22.08.2011
Une fois par mois, l'écomusée de Régina propose au visiteur de se rendre sur les terres noyées du Bas-Approuague. Après les années fastes de la culture sur polders, la région a peu a peu été abandonnée après l'abolition de l'esclavage.
. Un escalier monumental de style colonial mène à la maison du maître. Depuis la bâtisse, d'où s'échappent des notes de piano, on peut voir toute l'habitation : ici les plantations de canne à sucre, là la sucrerie, plus loin le canal de contournement. Voilà pour la scène au 19e siècle. Aujourd'hui, l'allure de l'habitation a changé du tout au tout. Des maisons d'antan, ne restent que quelques lignes de briques au sol. Le doigt pointé vers le sol, Carole Cosquer suit le tracé. « C'est avec ces lignes qu'on parvient à deviner les emplacements des différentes pièces » , précise la responsable adjointe de l'écomusée de Régina. Accompagnée de Ludovic, elle mène les groupes depuis le bourg jusqu'à l'ancienne habitation sur les terres noyées du Bas-Approuague, après une heure et demie de pirogue. « On a trouvé un document qui mentionne le nom « La Garonne » pour cette habitation, mais aucun autre papier n'a pu confirmer. Du coup, je préfère l'appeler « habitation Besse » , du nom de ses derniers propriétaires. Ça, on en est sûr. » Un des intérêts de cette visite, c'est justement de se faufiler à travers « ce qu'on sait » et « ce qu'on suppose » . Les fouilles qui ont commencé sur place il y a quelques semaines n'ont pas - et ne pourront sans doute pas - tout révéler. Mais les archéologues et chercheurs ont déjà des données intéressantes pour qui aime l'histoire de la Guyane. Découverte en 2000, l'habitation sucrière Besse, étalée sur un domaine de 60 hectares, a fonctionné entre 1788 et 1852. Grâce aux documents retrouvés aux Archives départementales - actes de marronnage et actes de vente - on sait que 80 esclaves y vivaient au moment de l'abolition de 1848. Ici, comme ailleurs, plusieurs avantages ont été instaurés pour motiver l'installation des colons. Celui qui venait là voyait doubler le nombre de ses esclaves, il était exonéré d'impôts pendant cinq ans et était automatiquement anobli. Après le trajet en pirogue sur l'Approuague, puis sur la Kourouaï, les premiers vestiges de l'habitation se dévoilent après un petit quart d'heure de marche plus ou moins boueuse. Bottes aux pieds et ponchos sur le dos, le groupe avance doucement. Première étape dans le passé : l'arrêt devant la machine à vapeur. Il y a quelque chose d'irréaliste à se trouver là, parmi les arbres, face à l'engin. À l'avant de la machine, s'affiche encore le nom du fabricant : Fawcette et Preston, de Liverpool. Le groupe poursuit la balade dans le passé, parmi les arbres et les lianes. Et les cadavres de bouteilles au verre adouci par le temps. Mais en bout de file, Carole Cosquer met en garde les visiteurs : « Tout ce qui est ici appartient à l'État. Vous n'avez pas le droit de prélever des objets. » Outre les bouteilles, plusieurs cocottes jonchent le sol. « On suppose qu'il y avait sans doute une forge ici et que les autres habitations amenaient leurs objets à réparer ici » , indique Carole. La visite se poursuit et le groupe arrive aux coeur de l'habitation : la sucrerie. Si l'habitation Besse a produit du sucre, sa production n'a jamais été très importante. « La Guyane n'a jamais été une terre sucrière importante » , rappelle la jeune femme. La pirogue ramène le groupe vers le présent. Mais la visite, pour les moins fatigués, peut se poursuivre à l'écomusée du bourg. - Prochaine visite le 28 août. Inscriptions : 05 94 37 09 44 ou emak@mairie-regina.fr