« Face à Pékin, les Outre-mer peuvent ouvrir une autre voie énergétique »
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« Face à Pékin, les Outre-mer peuvent ouvrir une autre voie énergétique »

Lova RINEL RAJAOARINELINA Commissaire de la CRE
Les trois différents ilots de panneaux photovoltaïques prévus par la centrale solaire de Total à Macouria. Un projet abandonné à cause du manque de soutien politique d'après la multinationale. Les moyens de production annexe ne sont pas une priorité
Les trois différents ilots de panneaux photovoltaïques prévus par la centrale solaire de Total à Macouria. Un projet abandonné à cause du manque de soutien politique d'après la multinationale. Les moyens de production annexe ne sont pas une priorité • DOCUMENT TOTALENERGIES

Lova Rinel commissaire de la commission de la régulation de l'énergie, réagit à notre article sur l'énergie solaire en Guyane. Elle précise sa pensée et se défend de remettre en cause l'énergie solaire et stockage en batterie sur notre territoire. 

Je me réjouis que mon étude ait retenu l'attention de plusieurs médias. Cela prouve que lorsque l'on traite des questions énergétiques des Outre-mer avec sérieux et rigueur, elles suscitent autant d'intérêt que les grands dossiers hexagonaux. C'était précisément l'objectif : nourrir un débat d'idées avec des données objectives et rappeler que les choix énergétiques ultramarins ne relèvent pas de l'anecdotique, mais bien d'un enjeu national et international.

L'un des premiers enseignements de cette recherche est que les politiques publiques menées dans les ZNI (Zones non interconnectées) ont montré leur efficacité.

Malgré des contraintes considérables - éloignement géographique, dépendance aux importations, vulnérabilité climatique - elles ont permis d'assurer une continuité du service public, de maintenir la péréquation tarifaire et de garantir aux populations ultramarines un accès à l'énergie dans des conditions comparables à celles de la métropole. Cet acquis républicain, souvent invisible, est précieux. Il démontre que l'État sait tenir une ligne de crête, en conciliant justice sociale, cohésion territoriale et solidarité nationale.

Or, il serait dangereux de s'en tenir à ce constat positif sans regarder les limites. L'une des plus préoccupantes tient à la conception même des systèmes photovoltaïques.

Aujourd'hui, la quasi-totalité des panneaux provient de Chine, pensés pour répondre aux besoins du marché européen, qui demeure son principal débouché. Cette uniformité technologique, calibrée pour des climats tempérés, devient une impasse dès lors qu'elle est appliquée à des territoires tropicaux.

Les ZNI en font chaque jour l'expérience : durée de vie réduite des équipements, pertes d'efficacité liées à l'humidité et à la chaleur, absence d'adaptation aux conditions locales.

Prisonniers d'un modèle inadapté qui accroît leurs coûts

À terme, cette dépendance ne fait qu'enfermer les pays du Sud et nos territoires ultramarins dans une situation de dépendance, empêchant toute émancipation énergétique.

La question dépasse largement la Guyane ou les Antilles : elle engage l'avenir même de la transition énergétique mondiale. Si aucune alternative technologique n'est développée, les pays tropicaux resteront prisonniers d'un modèle inadapté qui accroît leurs coûts, limite leurs marges de manœuvre industrielles et peut même freiner la lutte contre le changement climatique. Car une transition mal conçue n'est pas seulement inefficace : elle devient contre-productive. C'est un piège silencieux qui, sous couvert de modernité, entretient en réalité une forme de dépendance structurelle.

Lova Rinel Rajaoarinelina est l'une des quatre commissaires de la Commission de régulation de l'énergie. Elle a écrit un rapport sur les zones non interconenctées dont fait partie la Guyane.
Lova Rinel Rajaoarinelina est l'une des quatre commissaires de la Commission de régulation de l'énergie. Elle a écrit un rapport sur les zones non interconenctées dont fait partie la Guyane. • CRE

Le récent déplacement du président de la République à Madagascar a montré combien ce lien est stratégique : ce pays est le troisième producteur mondial de quartz et dispose aussi de gisements de graphite, deux ressources clés pour l'industrie solaire et le stockage. Relier nos ZNI à ces partenariats, c'est donner corps à une filière industrielle tropicale capable de rivaliser avec l'uniformité imposée par Pékin.

La création d'un « label Outre-mer »

C'est ici que les outre-mer peuvent jouer un rôle déterminant. Je profite de cette tribune pour reformuler ce que j'avais simplement suggéré dans mon rapport : la création d'un « label Outre-mer » dans le domaine du photovoltaïque. Une telle démarche permettrait de structurer une filière industrielle adaptée aux contraintes tropicales, de valoriser l'expérience accumulée dans les ZNI, et de transformer ces territoires en vitrines technologiques au service d'un marché beaucoup plus large : celui des pays du Sud. C'est à la fois une réponse aux besoins des Ultramarins - trop souvent laissés face à la décroissance ou à la désindustrialisation - et une opportunité pour la France de prendre le leadership d'une impulsion technologique attendue dans de nombreuses régions du monde.

En plaçant les Outre-mer au cœur de cette réorganisation administrative et industrielle, il ne s'agit pas seulement de défendre un acquis : il s'agit d'ouvrir un nouvel horizon.

Nos ZNI peuvent devenir attractives, porteuses d'innovation et de coopération internationale. C'est une étape incontournable si l'on veut que ces territoires cessent d'être considérés comme une marge et s'affirment comme des pivots stratégiques d'une transition énergétique juste et crédible.

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