Hommage à Tatie Léodate : "Elle avait la Guyane dans tout son corps"
Depuis mercredi 21 août, la Guyane est en deuil. Léodate Saïbou, plus connue sous l'affectueux surnom de " Tatie Léodate ", s'est éteinte à l'âge de 84 ans. Les amateurs de musique traditionnelle savent à quel point Tatie Léodate a été, et restera, une icône du paysage musical guyanais.
“Avan mo mouri, fo mo fé roun dernier CD” : c'est le dernier vœu artistique qu'a confié Léodate Saïbou, à Roméo Létér, le producteur de son dernier album : “Dilo an mo wèy”, soit “De l'eau dans mon œil”, en français. Sa volonté a été respectée et cet ultime projet a été publié en décembre 2023, après une longue carrière qui a marqué le paysage de la musique traditionnelle guyanaise. Le producteur Roméo Létér décide de l'accompagner à réaliser ce souhait : “On aurait pu faire ça en une journée, elle avait déjà tout dans la tête”.
Mais il explique que le projet a été conçu en trois mois, parce qu'elle était fatiguée, il fallait pouvoir s'adapter à son rythme et à son grand âge. Selon le producteur, le titre “Mo ka rémèsié moun-yan” a été écrit pour remercier ses enfants de s'être occupé d'elle lorsqu'elle était malade. L'album serait également un hommage à son frère, qu'elle avait perdu.
Gardienne du folklore musical guyanais
Originaire de Trou-Poissons, lieu-dit de la commune d'Iracoubo, Tatie Léodate a grandi dans l'Ouest guyanais. Jean-Paul Rotam, disquaire et proche de la défunte, raconte : “Les savanes, c'est connu pour le Kasséko et le Grajé”. Au début de sa carrière, Tatie Léodate a été membre des groupes de musiques créoles tels que “Buisson Ardent” de Man Serotte et “Dahlia”.
“C'était une envoyeuse de voix : voyé vwa, comme on dit en créole,”décrit Jean-Paul Rotam. À côté de ses engagements socio-politiques, Tatie Léodate n'a jamais perdu sa passion pour la musique traditionnelle. D'ailleurs, en 2020, le titre de son premier album en témoigne : “Traditionnellement vôtre”. S'ensuit un second projet, en 2017, “Tatie Léodate”, qui semble avoir été son succès le plus retentissant, d'après Jean-Paul Rotam, cet album a connu un “énorme engouement”. Aujourd'hui, on ne le trouve plus en vente, parce qu'il n'y a plus de stock. “Il aurait fallu le rééditer” déplore-t-il.
“On ne sauvegarde pas assez le patrimoine musical Guyanais"
“Qu'est-ce qu'on fait pour la culture ?” se questionne le dernier disquaire du territoire. “On ne sauvegarde pas assez le patrimoine musical Guyanais, où sont les archives sonores ?” assène-t-il, une pointe de déception dans la voix.
Il cite les autres doyens partis, avec “des savoirs et des connaissances perdus”, dont Stanislas Lorage, justement, qui œuvrait lui aussi pour la musique tambour et était expert en vannerie traditionnelle. Roméo Létér, lui, est plus mesuré. De son point de vue de producteur, de nouvelles générations d'artistes prennent la relève : “Des artistes comme Vanessa Lindor et Mayo 2 Kaw redonnent de la place à la musique traditionnelle”.
Malgré leurs divergences sur le sujet de la musique traditionnelle et son rayonnement, tous deux s'accordent à dire que Tatie Léodate était une “grande dame” et qu'elle “avait la Guyane dans tout son corps”.

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