Alt BlaQ : « Ma musique est versatile, plus une histoire d'humeur que de style »
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Alt BlaQ : " Ma musique est versatile, plus une histoire d'humeur que de style "

Samuel ZRALOS
La passion et l'envie du musicien se ressentent dans sa voix.
La passion et l'envie du musicien se ressentent dans sa voix. • ALT BLAQ

A 35 ans, Alt BlaQ, Rothnij Quemon de son vrai nom, commence à se faire connaître du public Guyanais, qui le verra le 18 octobre à l'Encre. Le musicien de Bordeaux, qui a grandi à Kourou, se confie à France Guyane.

Vous êtes chanteur, mais aussi producteur et faites les arrangements, c'est une volonté de tout gérer ou une nécessité ?

J'ai envie de dire, c'est un mélange des deux, mais c'est plus une histoire de pragmatisme que de volonté artistique d'avoir un contrôle absolu. J'ai des gens autour de moi, au moins 2/3 où j'ai grande confiance et je pourrai déléguer, mais soit j'ai pas l'argent, soit ils ont pas le temps, donc je gagne du temps et de l'argent à le faire moi même. Parce qu'on est dans un monde où tout se paie et est de plus en plus cher. Payer enregistrement, mix, mastering, sans parler des pochettes, c'est un argent monstre.
Pareil pour l'écriture, je co-écris et des fois on écrit pour moi sous ma direction artistique. Mais je me considère comme très privilégié parce que très bien entouré. Sur mon dernier album, en 2022, 21 personnes ont travaillé dessus, ça fait du monde en réalité, mais je vais être le chef d'orchestre, je vais chapeauter, j'ai vraiment une approche de producteur artistique, parce que c'est aussi comme ça que j'ai fait mes armes. Et à un moment donné j'ai eu besoin d'écrire, de produire pour moi, par besoin de donner corps et âme à mon propre art, qui était en moi et avait besoin de sortir.
 

Vous employez des styles musicaux variés, malgré une base R'n'B et Soul, comment définissez vous votre identité musicale ?

La base c'est une base très R'n'B en effet, de culture afro au sens large. Je définis un peu ma musique comme de l'afro alternative. Surtout venant de culture US et jamaïcaine, mais aussi de nos cultures, j'utilise beaucoup une base zouk et de musique guyanaise. C'est plus une histoire d'humeur que de style, c'est une musique versatile, qui se transforme, une volonté d'expérimenter de changer définit bien mieux ma musique que des styles.
 
Alt BlaQ a grandi à Kourou et vit à Bordeaux
Alt BlaQ a grandi à Kourou et vit à Bordeaux • Alt BlaQ
 

Vous chantez en français et en créole, même parfois en anglais, pourquoi ?

Déjà en Guyane on a cette culture, cette facilité de chanter en plusieurs langues, plein d'artistes guyanais le font, comme T2I, avec qui on entrevoit de collaborer dans futur proche. Ces trois langues sont évidentes en fait : le français est la langue officielle, le créole celle de ma culture et l'anglais parce que cette langue nous a retourné le crane, on va pas se mentir, l'anglais nous a matrixé, avec les musiques anglophones qui ont déferlé depuis longtemps, par le biais de beaucoup de musiques et artistes qui m'ont influencé. Même si ça me tient à coeur de faire plus de créole et de français que d'anglais, parce que c'est important de montrer qu'on peut y avoir des vibes similaires, parce que ce feeling est basé pour moi sur la culture et pas telle ou telle langue.
 

Vous parvenez à vivre de votre musique ?

Je suis intermittent du spectacle, mon projet est récent, je commence à faire de plus en plus de dates cachetées. J'ai pas mal gagné ma vie en étant technicien du son auparavant. Ça m'a beaucoup aidé, me permet de produire mes projets. Je fais les arrangements, je produis... Je ne paye que les masterings, donc je dépense moins d'argent en studio. Dans le monde des musiciens c'est un parcours - classique je sais pas - mais cohérent, on travaille notre projet, notre investissement dans le travail alimentaire de la musique, pour justement pouvoir se consacrer à son projet.
Alt BlaQ vient en Guyane fin septembre pour un mois.
Alt BlaQ vient en Guyane fin septembre pour un mois. • Alt BlaQ
 

La scène bordelaise est très vivace, notamment en hip-hop, quelles conséquences ça a sur votre musique ?

Je fais beaucoup de featurings avec des rappeurs, j'en fais la plupart du temps avec eux ou de dancehall, l'influence est là. D'ailleurs une bonne partie de mes amis proches avec qui je bosse en étroite collaboration sont des rappeurs. Notamment Esday, rappeur originaire de Martinique, très doué, qui m'aide pour les textes et la musique et Keurspi, grosse figure du hip-hop bordelais, avec qui je travaille depuis pas mal d'années, donc l'influence se sent dans mes collaborations, mais aussi ma façon de travailler, d'écrire. Le rap fait partie de ma culture, je suis un gamin de la fin des années 80, j'ai grandi en bouffant du rap. Y a le monde avant le hip-hop et celui après, on peut plus concevoir la musique pareil.
 

Votre passage remarqué à The Voice vous a-t-il offert des opportunités ?

The Voice m'a apporté un lien beaucoup plus puissant à la Guyane, qui m'a regardé. J'ai un petit public qui commence à y naître, que j'ai envie de développer parce que ça reste chez moi, y a ce petit truc émotionnel en plus dans mon coeur, parce que c'est le pays d'origine de mon père comme de ma mère. Ça me touche d'avoir reçu beaucoup de retours de la part des guyanais. The Voice m'a aussi permis de faire un Lindor, d'avoir une expérience live au Zéphyr de Cayenne.
 

Vous avez été révélation de l'année aux Lindor, c'est une marque importante pour vous ?

Forcément, cette performance ouvre un nouveau champ des possibles en terme de carrière en Guyane, on va être sur le territoire de fin septembre à fin octobre, on sera à l'Encre le 18 octobre, on fait appel à tous ceux qui veulent travailler, échanger avec nous, pas que dans le monde culturel, aussi au niveau des actions sociales.
Et ça me donne aussi un contact avec la terre de ma culture, de mes origines, me donne un élan de détermination, de motivation, beaucoup de force, d'envie de travailler plus, d'aller plus loin, d'être plus touchant, de me surpasser et d'honorer l'amour que me donne la Guyane et au territoire même, parce qu'on porte une culture d'une certaine manière, notamment par l'usage du créole et d'autres subtilités dans ma musique.
Beaucoup de choses très positives donc, y compris pour mon entourage avec qui je viens, des musiciens de partout : ça me donne envie de joindre les deux bouts, de créer un pont à mon échelle.
 

Pour finir, avez-vous un message à transmettre aux guyanais ?

On a toujours envie de partager des choses, à mon échelle, dans une posture simple. On sait que la Guyane est en difficulté depuis longtemps sur le plan économique, la vie chère c'est plus possible, je souhaite, j'espère des vrais changements de gestion du territoire, si même vouloir consommer local ou acheter du pain devient un défi économique, où on va ? Je pense que tout le monde le sait, mais c'est un cercle vicieux avec les produits importés, où le guyanais ne peut pas consommer local parce que ça devient un luxe, tout est trop cher. Donc j'apporte maximum de soutien à tous les guyanais qui essaient de joindre les deux bouts !
La passion et l'envie du musicien se ressentent dans sa voix.
La passion et l'envie du musicien se ressentent dans sa voix. • Alt BlaQ

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