Un Rémirois de 16 ans est mort noyé à la plage des Salines, dimanche. Ce drame relance le problème de l'absence de surveillance et d'entretien des plages guyanaises. Ce qui pourrait constituer un atout touristique est laissé en friche.
Maillot de bain enfilé, tongs aux pieds, vous voilà prêts à aller à la plage. L'eau est à une température délicieuse toute l'année. Le cadre est idyllique. Le problème c'est que bien souvent, il faut réussir à accéder à ces fameuses plages : pas d'aménagement, pas de sentier. Même si ça a toujours été comme ça et que pour beaucoup de Guyanais, cela fait le charme de ces plages sauvages, c'est déroutant pour les nouveaux arrivants. Quant aux détritus, il n'est pas rare qu'ils s'amoncellent à l'ombre des arbres. Mais le pire n'est pas là. Car même si l'accès ne relève pas du parcours du combattant, ces plages ne sont pas sûres. Car, hélas, elles ne sont jamais surveillées. À l'exception de celle située derrière le Novotel à Cayenne. Mais uniquement pendant les grandes vacances.
Pourtant, les courants sur les côtes guyanaises sont puissants et dangereux. Les vagues ne le sont pas moins. Même un nageur expérimenté n'est pas sûr de piquer une tête sans dommage. Dimanche, la mort d'un adolescent de 16 ans à la plage des Salines, à Rémire-Montjoly, est venue rappeler ces réalités : l'océan n'est pas sûr en Guyane et rien n'est fait pour sécuriser les plages.
Du côté de la préfecture, on explique que « la baignade n'est pas autorisée lorsqu'elle n'est pas surveillée et la municipalité concernée doit fournir les aménagements nécessaires lorsqu'elle souhaite ouvrir une plage à la baignade » . Aussi, quand ces conditions ne sont pas réunies, la baignade « se fait aux risques et périls de l'usager » . Ce qui est le cas partout en Guyane. Pour plusieurs raisons. Tout d'abord, ouvrir une plage à la baignade implique des investissements. Des coûts supplémentaires dans le budget que les municipalités préfèrent s'éviter. « On a déjà beaucoup à faire en ville avec les incivilités, affirme Marie-Laure Phinéra-Horth, maire de Cayenne. Mais nous avons quand même un projet d'installation de paillotes sur la plage de Montabo. Il n'est pas normal que nous soyons une ville du littoral sans pouvoir profiter de la mer. » Pourtant, à l'heure actuelle, la surveillance et le degré d'hygiène des plages sont abandonnés aux bons soins des citoyens.
« PAS UN ATOUT » POUR LE TOURISME
De fait, à Cayenne comme à Rémire-Montjoly, ce sont les associations environnementales qui prennent le relais des municipalités pour assurer un nettoyage des plages. C'est également le cas pour la plupart des criques. A Awala-Yalimapo, si la fréquentation de la plage est régulière, particulièrement le dimanche, quelques aménagements ont été réalisés. Des poubelles et de petits carbets ont été installés au bénéfice des plagistes. Certes, la plupart des carbets en bord de plage sont privés, donc payants, mais ils existent et rendent les lieux bien plus attrayants. Mais il s'agit d'un exemple isolé dans le département. Quant à faire des plages une attraction touristique, le projet n'est pas inscrit au programme.
Présidente du comité du tourisme, Sylvie Désert déclare que « les plages ne seront jamais une priorité touristique » en Guyane. Elle précise : « La mer n'est pas notre atout principal. Il s'agit plutôt des fleuves et de la forêt. On ne fera pas venir les touristes en leur disant qu'il y a la plage chez nous. On a trop de concurrence sur ce plan. » Néanmoins, elle ne néglige pas l'attractivité de la ponte des tortues marines qui a lieu... sur les plages. Et l'importance des aménagements, « mais au niveau du tourisme local » . Ce qui signifie que les structures qui pourraient être mises en place autour des zones de baignade seraient principalement destinées aux Guyanais. Une évidence. Un Schéma régional de développement du tourisme et des loisirs est actuellement en passe d'être finalisé. Mais il n'aura qu'une valeur consultative pour les communes, qui resteront seul décideur pour l'aménagement des zones de baignade.
• Le corps de Jonathan, 16 ans, retrouvé dimanche soir
Le Rémirois a été emporté par l'océan, plage des Salines, dimanche après-midi (notre édition d'hier). Il n'y aura pas de poursuite judiciaire.
Dimanche après-midi, après la disparition, comme les recherches étaient infructueuses, les pompiers avaient prévu de faire une ronde dimanche soir sur la plage, à marée basse. Et c'est au cours de cette marche, torche à la main, que les pompiers ont découvert le corps de Jonathan Félix, un Rémirois de 16 ans (contrairement à ce que nous avions indiqué hier). Il était alors 22 h 45. Ils l'ont trouvé parmi les tortues, sur la plage des Salines, là où il avait disparu.
Pour comprendre ce qu'il s'est passé ce dimanche, il faut revenir un peu en arrière. Vers 17 h 30, trois jeunes se baignent. Il y a les deux frères Félix et un de leur camarade. Le plus jeune des frères, 12 ans, et l'ami, sont en difficulté. L'un d'eux avale de l'eau. Des personnes présentes sur la plage leur viennent en aide. Dans la panique, personne ne se rend compte que Jonathan a lui bel et bien disparu dans les rouleaux que formait l'océan cet après-midi-là. Les pompiers et le Smur arrivent sur les lieux. Les gendarmes envoient un bateau et un hélico sur place pour les deux jeunes en difficulté. Comme ces moyens ne sont finalement pas nécessaires, ils sont annulés. Mais quand on se rend compte qu'un autre adolescent a disparu, l'embarcation et l'hélico sont renvoyés sur place. Les recherches des pompiers et des gendarmes seront arrêtées par la nuit. Dans un premier temps, le parquet a songé à faire pratiquer une autopsie sur le corps du jeune défunt. Mais un examen externe a permis d'écarter toute hypothèse de violence ou d'agression. Le corps a été rendu à la famille. Le parquet n'a pas l'intention d'ouvrir une information judiciaire ni de poursuivre qui que ce soit. « C'est une noyade accidentelle » , concluait hier soir le procureur.
Sur les lieux du drame, dimanche après-midi.
• Jody Amiet
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Selon un officier des sapeurs-pompiers, le décès du jeune Jonathan est la première noyade de l'année dans l'océan. L'année dernière, quatre personnes avaient péri dans la mer et en 2010, c'était neuf personnes qui avaient ainsi perdu la vie. Les pompiers distinguent dans leurs statistiques les noyades en mer de celles « dans les eaux intérieures » .
L'an dernier, trois personnes sont mortes dans des criques et en 2010, on déplorait treize victimes. Avec ses vingt-deux noyés, l'année 2010 a été particulièrement meurtrière. On n'a pas pour le moment le détail des chiffres de ce début d'année 2012.
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