« Le Carnaval des deux rives prend les couleurs de l’Outre-mer »
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« Le Carnaval des deux rives prend les couleurs de l’Outre-mer »

FXG (agence de presse GHM)

Dans le cadre de l’année des Outre-mer français, la ville de Bordeaux a dédié son carnaval des deux rives aux Antilles et à la Réunion. Et tandis qu’Alain Juppé honorait la manifestation de son nouveau prestige d’homme fort du gouvernement, la polémique sue la jardin d’acclimatation ne cesse d’enfler.


« Je veux vous dire toute l’importance, pour le maire de Bordeaux et l’homme politique, des relations qui m’attachent avec nos douze territoires. Nous ne l’éludons sous aucun de ses aspects… »

L’allocution d’Alain Juppé, nouvel homme fort du gouvernement Fillon, était très attendue, samedi à la mairie de Bordeaux. A l’occasion du carnaval des deux rives, la municipalité d’Alain Juppé a établi un partenariat avec le commissariat de l’année des outre-mer français, dédiant cette édition du carnaval traditionnel de Bordeaux à ses relations, historiques mais aussi universitaires, avec les départements d’Outre-mer.

Le groupe carnavalesque de Guadeloupe, Voukoum, et les groupes réunionnais Les tambours sacrés de la Réunion et Kontoner en sont les invités d’honneur. L’an dernier, c’était la Turquie… Depuis trois semaines, les groupes sont accueillis en résidence au centre culturel du Rocher de Palmer, à Cenon (l’autre rive de la Gironde). C’est ici qu’en amont du grand défilé de dimanche, on a préparé le carnaval. « On a deux groupes en résidence qui sillonnent les écoles, les bibliothèques, les associations de hip hop pour préparer la parade du 6 mars, le bouquet final », raconte la Martiniquaise Aurélie Stuber, chargée de communication du Rocher des Palmer.

Dimanche, le déboulé du carnaval des deux rives paré aux couleurs des outre-mer, aura mis quatre heures pour parcourir les 4 kilomètres qui séparent les deux rives de la Gironde.

Bordeaux, ville antillaise, ville négrière


Les deux rives symbolisent aussi celles de l’Atlantique… Bordeaux, port négrier mais aussi Bordeaux, académie des Antilles et de la Guyane, siège de la cour administrative d’appel... Au XXe siècle, des étudiants antillais (Comme Henri Bangou ou Claude Lise) y sont venus nombreux étudier la médecine tropicale, le droit, la pharmacie… Au point qu’entre anciens étudiants, on s’appelle encore entre soi « les Bordelais ».

Mais c’est la mémoire esclavagiste qui était au cœur de la visite de la ministre de l’Outre-mer, samedi dans la capitale de la Guyenne. Marie-Luce Penchard, sitôt descendue de l’avion, s’est rendue au musée d’Aquitaine. Le conservateur François Hubert lui a fait visiter les salles consacrées au négoce, à la traite avec les Antilles au 18e siècle. Très émue, Marie-Luce Penchard a confié que son père descendait d’un négociant français de Bordeaux et sa mère d’une esclave venue de Saint-Domingue… « Elle est peut-être passée par Bordeaux… » Puis poursuivant sur la polémique du jardin d’acclimatation et au refus de certains Améridiens de Guyane d’y participer à cause du passé de zoo humain du site, elle a déclaré : « Bordeaux a pris la mesure de son passé et l’assume. Il faut savoir réinvestir ces lieux même s’ils sont douloureux et chargés d’histoire. Je réaffirme tout mon soutien et ma confiance à Daniel Maximin. »

Le commissaire de l’année des Outre-mer a conclu la cérémonie officielle ainsi : « Ce ne sont pas la traite et l’esclavage, nos origines, mais la résistance à ceux-là. » Citant René Méril, dans un numéro de 1941 de la revue Tropiques, il a déclaré : « Nous ramassons des ordures pour en faire des diamants », avant de conclure avec Sartre : »L’important n’est pas ce qu’on a fait de nous, mais ce que nous faisons de ce qu’on a fait de nous ! »


 
3 questions à Alain Juppé, maire de Bordeaux et ministre des Affaires étrangères


Bordeaux assume-t-elle son passé négrier ?


Nous avons montré dans les salles du musée d’Aquitaine le passé esclavagiste de Bordeaux. Mme Penchard qui l’a visité rappelait que sa propre maman était fille d’esclave. Lors de l’inauguration de ce musée, il y a deux ans en présence de l’ancienne gouverneur du Canada, Mickaëlle Jean, elle m’a dit sur les quais de Bordeaux : « Moi, arrière arrière petite-fille d’esclave je suis ici à Bordeaux, ville qui a été négrière et qui regarde en face son passé », mais qui regarde surtout l’avenir.

C’est votre part de devoir de mémoire ?


La mémoire, c’est bien, mais ce qu’il y a de mieux est la foi en l’avenir. Nous avons des échanges universitaires, des liens humains. Des milliers de familles d’origine ultramarine vivent dans nos quartiers, siègent au conseil de la diversité, sont des artistes, des entrepreneurs…
Le carnaval des deux rives poursuit cette histoire avec les communautés originaires des Antilles, de la Réunion ou d’autres espaces ultramarins de la France. C’est une fête très symbolique de notre unité dans la diversité, de ce lien du cœur.

Quel regard avez-vous sur les outre-mer en tant que ministre des Affaires étrangères ?


Je mesure combien la France d’outre-mer participe à notre rayonnement au delà des mers. Nous y sommes attachés par l’histoire, par le cœur et par affection.
 



Ils ont dit
Alain David

« Je connaissais de réputation le carnaval antillais. C’est une très grande chance pour nous cette année de pouvoir accueillir le groupe Voukoum de la Guadeloupe ou les tambours sacrés de la Réunion. Ce sont des animateurs exceptionnels qui ont un sens de la fête, de la convivialité… Ici, nous avons 52 nationalités et pour nous, cet échange est exceptionnel. »

Pierre de Gaëtan Njikam Mouliom

Chargé de mission diversité, citoyenneté, vis associative et questions africaines au cabinet du maire de Bordeaux
« L’idée était de faire un retour sur la mémoire de Bordeaux qui est particulièrement liée aux Antilles, mais également de projeter ce travail vers l’avenir à travers des thématiques qui interpellent les outre-mer : les nouvelles technologies, la biodiversité, le développement durable qui sont pour Bordeaux aujourd’hui les axes essentiels de la politique de la ville. Nous avons voulu valoriser les cultures que portent en ville les Bordelais originaires des outre-mer et mettre en valeur les relations qu’il y a eues entre les Antilles et Bordeaux au plan universitaire et scientifique. Et ce lien est fort car Bordeaux a été, comme pour l’Afrique, l’académie des Antilles-Guyane. Jusqu’à récemment encore, tout jeune Antillais qui passait son bac venait à Bordeaux suivre ses études. Puisse cette année des outre-mer contribuer à raviver ce lien. »

Kali’na au Jardin d’acclimation
La polémique continue

Les échanges vifs se poursuivent au sujet de la décision de certains Kali’na de boycotter le jardin d’acclimatation qui doit accueillir le jardin d’outre-mer du 8 avril au 8 mai.

Après la réponse de Marie-Luce Penchard, jeudi dernier au courrier de Christiane Taubira qui dénonçait le choix d’un lieu où avaient été déshumanisés des peuples du monde, la députée de Guyane a renvoyé une flèche acerbe. « Je soutiens son choix ! Daniel Maximin a suffisamment écrit sur l’esclavage pour qu’on ne lui fasse pas ces griefs. Il a multiplié les rencontres avec les populations locales… Si un maire s’est exprimé, il faut expliquer mais personne n’est dupe de cette polémique à quelques jours des cantonales. »

Réplique de Taubira : « Sans forcément sortir de votre tropisme électoral, vous auriez pu vous renseigner. Je ne suis pas candidate aux cantonales et mon parti politique WALWARI ne présente aucun candidat dans les communes de populations amérindiennes. Sans doute avez-vous du mal à percevoir nos compatriotes amérindiens tels qu'ils sont : des citoyens libres, responsables, instruits de leur histoire et de nos histoires, soucieux, pour faire destin commun, de ne pas laisser nier leur dignité ni piétiner leurs meurtrissures. Vous vous seriez honorée à débattre en présentant vos meilleurs arguments, plutôt qu'à vous défausser par l'invective.

Ce faisant, vous ajoutez à la blessure, que l'on aurait pu admettre d'inadvertance, le mépris qui transpire dans vos propos à l'égard des Amérindiens en qui vous ne savez rien voir d'autre que des électeurs. Triste ! » La polémique commence à enfler et d’autres voix s’élèvent. Greg Germain s’interroge sur « l’émoi que soulève l’année des Otre-mer dans la communauté et notamment cette affaire de jardin d’acclimatation, une mauvaise idée qui rappelle l’exposition coloniale… Comme si dans commémoration juive, on allait faire une fête à Drancy ou au Vel d’Hiv. » Daniel Maximin, commissaire de l’exposition et donc responsable de ce choix, a sorti sa plume pour expliquer que ni lui, ni les actuels responsables du Jardin n’ignorent que « des actions passées au XIX° siècle et jusque dans les années 30 ont laissé des traces ô combien douloureuses »… Mais aussi qu’il était « temps pour l’Outre-mer de réinvestir ce Jardin , de répondre aux errements passés en y affirmant la vitalité de cultures dont nous ne pouvons qu’être immensément fiers ». Reste que si samedi Daniel Maximin était heureux qu’Alain Juppé l’aide à donner plus d’écho à l’année des Outre-mer français, une polémique de niveau national ne serait pas pour lui déplaire. « Au moins, on parlera de l’Outre-mer ! »
FXG (agence de presse GHM)


Le texte de Daniel Maximin
« Afin que le passé révolu ne fasse pas reculer l’avenir »

« Certaines voix viennent de s’élever pour exprimer la crainte que le Jardin d’Acclimatation, qui va accueillir du 8 avril au 9 mai prochains la manifestation « Un Jardin en Outre-mer », ne soit pas un lieu approprié pour présenter avec respect et dignité les cultures des outre-mer. Nul n’ignore, ni nous organisateurs de cette année des Outre-mer, ni les actuels responsables du Jardin, que des actions passées au XIX° siècle et jusque dans les années 30 ont laissé des traces ô combien douloureuses :: l’exhibition insensée, et aujourd’hui heureusement inconcevable d’hommes et de femmes de tous les continents, choisis pour leur différence et leur « attraction » exotique, Nubiens, Cosaques, Soudanais, Indiens, Lapons, Hindous, Galibis de Guyane, Kanaks et bien d’autres, livrés à la curiosité de visiteurs inconscients de l’humiliation infligée. (…) Il est temps pour l’Outre-mer de réinvestir ce Jardin , de répondre aux errements passés en y affirmant la vitalité de cultures dont nous ne pouvons qu’être immensément fiers et de les présenter avec toute l’exigence d’excellence qui préside au choix des spectacles et activités envisagés. Valoriser ces cultures, partager leur découverte, célébrer leur diversité, manifester avec force leur dignité, tels sont les critères fondamentaux qui ont présidé au choix du lieu et du programme de cette manifestation et ce à l’intention des quelque 300.000 visiteurs attendus : une majorité d’enfants amenés par leurs familles ou par les centres aérés, et venus de toute la France en cette période de vacances scolaires.
(…) C’est dans cet esprit que le Commissariat a répondu à la proposition des responsables du Jardin d’Acclimatation de consacrer aux Outre-mer français leur grand rendez-vous annuel avec les cultures du monde, à la suite de l’Inde, du Japon, du Maroc, de la Corée, des Etats-Unis, de la Chine, de la Russie et bien loin des « exhibitions » du siècle précédent. L’idée leur avait été soufflée par les salariés ultramarins du Jardin qui souhaitaient que « leurs » outre-mer puissent à leur tour y révéler la diversité de leurs ressources et de leurs richesses. »





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