DES GUYANAIS AU COEUR DU SINISTRE
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DES GUYANAIS AU COEUR DU SINISTRE

France-Guyane

Les médecins et infirmiers guyanais sont répartis entre l'hôpital Diquini (photo) et celui du Sacré-Coeur, dans le centre de Port-au-Prince. 

Stephan, Jean-Baptiste et les autres sont affectés à l’hôpital Diquini de Port-au-Prince.

Thierry, le chef du détachement guyanais, collabore avec un médecin haïtien.

Les Guyanais sont arrivés deux jours après le séisme.

Une infirmière de Cayenne. (dr)

Le personnel guyanais est aussi présent au service « pédiatrie-obstétrique ».

150 patients se présentent chaque jour à Diquini.

Éric Pellet, de la SGDE

Après une première équipe guyanaise de sauveteurs-déblayeurs, une nouvelle unité composée de médecins et infirmiers du Samu de Cayenne et de Saint-Laurent s’est installée dans les décombres de Port-au-Prince. Les médecins et infirmiers guyanais sont répartis entre l’hôpital Diquini (photo) et celui du Sacré-coeur, dans le centre de Port-au-Prince.

Certains ont déjà connu les conflits en Macédoine, en Palestine, ou la guerre civile en Angola… « Même si le contexte est complètement différent, ici en Haïti, c’est vrai qu’il y a quelques ressemblances, au niveau de la misère de la population », confie Muriel Ville, médecin urgentiste au Samu de Cayenne. Elle fait partie des dix-huit Guyanais (six médecins, six infirmiers, cinq aides-soignants et un logisticien) envoyés à Port-au- Prince. Elle est affectée à ce qu’on appelle vulgairement le « centre de tri » de l’hôpital Diquini, là où chaque patient se présente à son arrivée. « Les gens sont excessivement calmes, polis et souriants », remarque Thierry Le Guen, le chef du détachement guyanais. À son grand étonnement, « certains arrivent encore, trois semaines après la catastrophe, avec des fractures toujours pas soignées ».
Oreilles créolophones

Dans les différents hôpitaux de la capitale haïtienne, « on voit de plus en plus d’enfants malnutris », constate Sylvie Bruneteau, infirmière à Saint-Laurent. « On s’aperçoit aussi que les femmes pratiquent très peu l’allaitement, et qu’elles n’ont pas les moyens d’acheter des boîtes de lait, souligne Muriel. On essaie alors de leur expliquer qu’il vaut mieux allaiter ». Faire du mieux qu’ils peuvent avec des moyens restreints. « Dans ces conditions, il faut apprendre à réfléchir et agir autrement, explique Sylvie. Comprendre le créole nous facilite aussi les choses ». Les patients, eux, sont parfois surpris de tomber sur des oreilles créolophones. «On est là pour aider, mais ça reste une goutte d’eau dans un océan de désolation », tempère Thierry. « C’est important aussi d’investir les Haïtiens car nous, on n’est pas éternel ici », prévient Jean-Baptiste Levy, un urgentiste cayennais, parfois confronté à « des amputations sauvages qui ont été mal soignées ».
Risques d’épidémies

« Pour l’instant, on a vu très peu d’infections », note de son côté Stéphane Gonon, médecin urgentiste à Cayenne. Lequel redoute toutefois l’apparition prochaine d’épidémies, tant « les conditions sanitaires laissent à désirer. Il y a une décharge juste derrière l’hôpital, et les patients que nous gardons s’entassent comme dans un camp de réfugiés. Une simple petite épidémie de gastro pourrait être très problématique ». Pour Marie et Yannick, en revanche, il s’agit de la première mission extérieure dans des conditions extrêmes. Quand l’opportunité de partir en Haïti s’est présentée, elles avouent n’avoir « pas hésité » une seule seconde. « Pour nos collègues qui sont intervenus aussitôt après drame, ce devait être encore plus difficile », lâche l’une. « Quand on est confronté à la détresse des gens, on ressort toujours grandi d’une expérience comme celle-là » conclut l’autre, avant de prendre son service à l’hôpital Diquini, où près de 150 patients défilent encore quotidiennement.
 
 
À Port-au-Prince, l’eau ne coule pas de source

Un Guyanais et deux Martiniquais apportent leur soutien à la structure gouvernementale qui gère le réseau d’eau potable de la capitale haïtienne. Un vaste chantier en perspective… Éric Pellet, de la SGDE.

 
Éric Pellet, de la SGDE
«On va leur faire mieux encore que ce qu’ils avaient avant en terme de production d’eau ». Malgré le « peu de moyens » dont il dispose et la grandeur du défi qui l’attend, Éric Pellet semble relativement confiant. Cet employé de la SGDE est arrivé il y a deux semaines dans la capitale haïtienne pour coordonner une mission de Suez Environnement, qui compte aussi deux ingénieurs de la Martiniquaise des eaux et un de la Lyonnaise des eaux. « Nous sommes là pour apporter notre soutien technique mais aussi matériel à la Camep (Centrale autonome métropolitaine d’eau potable, ndlr), qui gère le réseau d’eau potable de la ville », éclaire Éric Pellet, entre deux coups de fil. La Camep dépend directement de la Dinepa (Direction nationale de l’eau potable et de l’assainissement), « une organisation très lourde qui compte plusieurs centaines d’ingénieurs, et qui sur le terrain, n’est pas toujours très bien coordonnée ». Mais il faudra bien faire avec… ou sans. « Sans voiture, sans tractopelle, sans outillage.
C’est pas vraiment évident de travailler dans ces conditions, reconnaît Éric Pellet, mais on attend le soutien de l’armée française qui doit nous apporter du matériel ». Pour l’heure, il s’agit déjà d’identifier tous les problèmes dans la trentaine de stations que compte la ville. « Parfois, il manque juste un poste à souder, ou une pompe à remplacer pour remettre la machine en route », explique Désiré Chloé, responsable du secteur électromécanique à la Martiniquaise des eaux.
Pourtant, d’après Éric Pellet, « les installations qui existaient étaient déjà branlantes et plutôt rudimentaires ! Dans certains quartiers, ils n’avaient pas d’eau du tout. On va donc commencer à travailler à la source, réparer les stations, pour s’attaquer ensuite à la tuyauterie qui a beaucoup souffert avec le séisme. On en a bien pour plusieurs mois de travail ».
La semaine dernière, quatre stations de pompage ont été réparées ainsi que dix conduites majeures, ce qui a permis d’alimenter en eau 300 000 personnes.
 
 
 
« Mon frère en Guyane était très inquiet »

« Quand je l’ai eu pour la première fois au téléphone, après le tremblement, j’ai senti beaucoup d’émotion et de tristesse dans sa voix ». Paul Nixon a mis deux jours à joindre son frère, Etzer, qui vit en Guyane depuis une dizaine d’années. Sa maison a été complètement détruite. Aujourd’hui, il vit toujours à Carrefour, « dans la rue comme tout le monde », là où l’aide humanitaire n’a visiblement pas eu le temps d’arriver. « Ce n’est pas facile pour manger. On n’a plus d’argent, et il faut compter 1 dollar pour s’acheter deux sachets d’eau de 15 centilitres », précise ce professeur d’anglais au chômage forcé. « J’essaie de tenir ma famille de Guyane au courant, mais c’est difficile pour mon frère, car quand on est loin, on se sent frustré, on ne peut pas faire grand-chose ». Lorsque Etzer le Guyanais a vu son petit frère en photo (cidessus), il a été frappé par les traits de son visage. « Il a beaucoup maigri », a-t-il commenté, la gorge serrée.

 
 


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