Jean-Luc Voyer ou l'œil du cyclone
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Jean-Luc Voyer ou l'œil du cyclone

Gérôme GUITTEAU, g.guitteau@agmedias.fr
Jean-Luc Voyer, directeur de la Sara.
Jean-Luc Voyer, directeur de la Sara. • AP

La Sara a décidé de mettre à la tête de sa filiale basée en Guyane, un Guyanais. Il s'agit de Jean-Luc Voyer, l'ancien directeur des opérations du Cnes qui a assuré le lancement du télescope spatial James-Webb, en décembre 2021.

Il était l'une des figures du centre spatial guyanais. Lui, l'ingénieur en télécommunication, avait atteint le Graal du Cnes en devenant directeur des opérations (DDO) du lanceur Ariane. Jean-Luc Voyer, l'homme "au sommet d'un iceberg de 10 000 personnes" comme le décrit un collègue journaliste, a lancé le décompte final du lancement du télescope spatial James-Webb en décembre 2021. Quelques mois plus tard, il quitte le confort du Cnes, après 17 ans de loyaux services pour... la Sara (Société anonyme de la raffinerie des Antilles).

 

Le natif de Saint-Laurent-du-Maroni prend la direction de l'une des entreprises les plus décriées de la place à cause de sa position monopolistique.

Un homme de challenges

 

"Jean-Luc est un homme de challenges. En devenant DDO, il avait atteint le sommet. Il reste quoi comme évolution après cela ? Des sous-directions ? Il avait fait le tour en 16 ans du Cnes. Là, il se lance dans une nouvelle aventure et c'est ce qui le motive", décrit Jean-Marc Dechamp, ingénieur qualité au Centre spatial (CSG).

Entre les deux hommes, une amitié profonde est née dès les premiers jours de travail ensemble au service télécommunication en 2005. L'amitié est une valeur importante pour le Guyanais. Les amis d'enfance autour de lui sont nombreux.

"Je connais Jean-Luc depuis le collège. Nous avons toujours gardé le contact. C'était un étudiant très sérieux", se souvient la journaliste de Guyane la 1ère, Catherine Boutet.

 

"C'était un élève brillant en matière scientifique. Un des leaders dans ces domaines dès le lycée. On se jouait aussi souvent au tennis. Il était plus stratège que puissant. C'était un élève discret, réservé mais pas du tout austère. Un bon camarade de classe. Je suis très fier de son parcours avec l'apogée que représente le lancement de James-Webb et ses nouvelles fonctions de directeur de la Sara", confie Boris Chong-Sit, avocat et élu territorial.

 

Écoute, accessibilité, exigence

 

Les amis du nouveau directeur de la Sara ne l'ont pas vu depuis des mois. "Il s'est mis à fond dans le travail. Il se donne tous les moyens pour réussir ses objectifs", reconnaît Jean-Marc.

Les formations se sont enchaînées depuis dix mois. Le site Seveso 2 requiert des connaissances particulières. Tous les obstacles sont franchis aisément. Même du côté du personnel, on apprécie " son écoute ". " Il est très accessible ", raconte un technicien.

 

Pourtant, quand on se plonge dans la vie de cet ingénieur, le mot qui revient le plus est l'exigence.

Celle-ci prend racine dans l'éducation familiale. Maria Lony, la maman, inspectrice de l'Éducation nationale et actuellement présidente du Conseil académique de l'Université de Guyane a montré l'exemple. Les trois enfants ont suivi et réussissent chacun dans son milieu : la danse pour la fille, qui est aussi professeur de mathématiques et de sciences-physiques, l'architecture pour l'aîné et le spatial pour Jean-Luc.

Ce dernier, quand il arrive sur Toulouse dans la prestigieuse prépa Maths Sup/Maths Spé du lycée Bellevue, au début des années 90, ne se laisse pas tenter par les largesses de la vie estudiantine. Pas de Shanghaï [boîte de nuit du centre-ville où bon nombre de jeunes guyanais ont perdu leurs espoirs de carrière], pas de nuits blanches assoiffées. Il bûche dans sa chambre et réussit les examens.

Un calme légendaire

Deux décennies plus tard, le voici directeur de l'unique distributeur de carburant du territoire, fort de 340 employés sur les trois sites. À sa palette de scientifique, il a ajouté le management au CSG.

" Pour moi, Jean-Luc c'est l'œil du cyclone. Quand la pression est partout autour de nous, lui, reste d'un calme légendaire. Il me manque tellement. On échange souvent par message. Je suis vraiment content pour lui, même plus que ça, je suis admiratif. Rejoindre la Sara est un acte de bravoure. Prendre une telle responsabilité est impressionnante. Il va être au cœur de nombreux projets économiques ", se félicite Joël Egalgi, ancien chef du service opérations au Centre spatial guyanais, devenu chef de projet du CSG nouvelle génération.

La tempête à la Sara ne viendra pas de clients émiraties multimillionnaires, mais plutôt de la rue.

Dorénavant, Jean-Luc Voyer doit faire dans la diplomatie entre incompréhension populaire et pression étatique.

 

"C'est beaucoup de rendez-vous. Il y a une réelle pression et une attente", confie l'enfant de de Kourou puis de la cité Rebard à Cayenne.

"Il existe beaucoup de fantasmes au sujet de la Sara alors que nous faisons un effort de clarification des prix. L'entreprise touche 3 centimes par litre d'essence quelque soit le prix de l'essence. Ni plus ni moins. Et on nous dit responsable de la montée des prix... ", s'étonne le nouveau directeur.

La Sara se veut moteur économique

 

Si effectivement, une raffinerie pour 1 million d'habitants (450 000 en Guadeloupe, 350 000 en Martinique et 300 000 en Guyane) dépasse de très loin les chiffres d'équilibre financier des autres raffineries françaises, seulement sept pour tout l'Hexagone, la population ne comprend pas la différence de prix avec nos voisins immédiats comme le Suriname.

Le compte à rebours est lancé pour convaincre la population des efforts d'ouverture de la Sara.

" Nous voulons être une entreprise guyanaise, moteur dans les futures énergies renouvelables et décarbonées. C'est l'objectif donné par la direction auquel je crois ", assure l'ingénieur.

Dans cette société en pleine mutation, l'énergie constitue la base du développement et fait de la Sara un acteur incontournable. Loin des sommets de l'industrie spatiale, Jean-Luc Voyer a décidé de devenir un des premiers maillons du développement économique.

Les yeux loin des étoiles et définitivement tourné vers le quotidien d'une population pauvre qui vit difficilement chaque augmentation des prix de carburants.

Kiwan a reçu des cadeaux dont ce maillot du PSG de la part du directeur de la Sara, Jean-Luc Voyer, au centre. il est entouré de Catherine Fataccy la présidente de l'association Awono La'a Yana à gauche et la maman de Kiwan à droite.
Kiwan a reçu des cadeaux dont ce maillot du PSG de la part du directeur de la Sara, Jean-Luc Voyer, au centre. il est entouré de Catherine Fataccy la présidente de l'association Awono La'a Yana à gauche et la maman de Kiwan à droite. • Awano la'a yana

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