Témoignage : «Je ne veux pas avoir d'enfant, et je l'assume»
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Débat de société

Témoignage : "Je ne veux pas avoir d'enfant, et je l'assume"

Claude INNOCENT
Une femme seule sans enfant, un modèle de vie qui heurte les anciennes générations en Guyane. Le nombre d'enfants par femme en âge de procréer (taux de fécondité) chute rapidement en Guyane. Il reste le deuxième plus élevé de France, avec 2,9 enfants par femme. Il était de 3,8 il  y a un peu plus de dix ans.
Une femme seule sans enfant, un modèle de vie qui heurte les anciennes générations en Guyane. Le nombre d'enfants par femme en âge de procréer (taux de fécondité) chute rapidement en Guyane. Il reste le deuxième plus élevé de France, avec 2,9 enfants par femme. Il était de 3,8 il  y a un peu plus de dix ans. • SHUTTERSTOCK

Avoir un enfant représente, à ses yeux, des dépenses importantes, mais aussi une organisation quotidienne qu'elle ne se voit pas assumer

" Moi, je ne veux pas avoir d'enfant. " La phrase est tombée au cours d'un repas, au détour d'une conversation.

Une affirmation qui nous a interpellés tant elle était assumée. La jeune femme ne cherche pas à se justifier. Elle explique simplement qu'elle veut vivre sa vie autrement.

Coût de la vie, contraintes professionnelles et familiales, envie de liberté… Pour cette jeune femme de 29 ans, devenir mère n'est pas une évidence. Elle revendique un choix de vie qui peut encore surprendre dans une société où la parentalité reste souvent considérée comme une étape naturelle.

Pour elle, le monde a changé. " La vie est devenue trop dure. Tout est cher, il faut tout payer. "

Avoir un enfant représente, à ses yeux, des dépenses importantes, mais aussi une organisation quotidienne qu'elle ne se voit pas assumer.

Les couches, le lait, la crèche, la cantine, les activités sportives, les rendez-vous médicaux… Sans oublier les contraintes professionnelles lorsque l'enfant tombe malade ou qu'il faut aller le chercher à la crèche ou à l'école.

" Je veux profiter de la vie "

Ce qu'elle revendique avant tout, c'est sa liberté. Elle veut pouvoir sortir, voyager, aller au restaurant, découvrir d'autres horizons, faire des croisières, profiter de son temps sans avoir à organiser son quotidien autour d'un enfant.

Elle observe autour d'elle des parents qui doivent jongler entre leur travail et les nombreuses obligations familiales. Lorsque plusieurs enfants sont concernés, l'organisation devient encore plus complexe : l'un doit aller à la crèche, l'autre à une activité, un troisième chez le médecin…

Elle ne se reconnaît pas dans cette vie-là.

Elle ne veut pas non plus connaître les nuits interrompues par les pleurs d'un bébé, les couches à changer, les inquiétudes lorsque l'adolescent tarde à rentrer ou les questions qui accompagnent chaque étape de la vie d'un enfant.

" Je veux profiter de la vie ", résume-t-elle.

" Avant, c'était avant "

Son choix prend une dimension particulière lorsqu'on sait qu'elle est issue d'une famille nombreuse. Autrefois, en Guyane comme ailleurs, avoir cinq, six, voire davantage d'enfants était habituel.

Nous lui avons alors posé une question presque évidente : comment ses parents ont-ils fait ?

Sa réponse résume, à ses yeux, le changement d'époque : " C'était avant, ce n'est plus pareil aujourd'hui. "

Elle ne veut pas reproduire le modèle de ses parents simplement parce qu'il était celui de leur génération.

Une question de société

Au-delà de son choix personnel, son témoignage pose une question plus large : est-il encore évident, aujourd'hui, de vouloir devenir parent ?

Dans certaines familles et certaines traditions, avoir des enfants demeure associé à l'accomplissement d'une vie. Une femme qui annonce qu'elle n'en veut pas peut encore susciter l'étonnement, l'incompréhension ou des interrogations.

Pourquoi ? Ne changera-t-elle pas d'avis ? Qui s'occupera d'elle lorsqu'elle sera âgée ? N'aura-t-elle pas de regrets ?

Autant de questions qu'elle dit ne pas vouloir se poser.

Son choix n'est d'ailleurs pas une critique de ceux qui deviennent parents. Elle refuse simplement que la maternité soit considérée comme une obligation ou comme le passage obligé d'une vie réussie.

Pour elle, une vie épanouie peut aussi se construire autrement.

Elle ne demande pas que tout le monde pense comme elle. Elle veut simplement que son choix soit respecté.

Elle ne veut pas avoir d'enfant. Et elle l'assume.

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