Urgences en péril : MSF plie bagage face à l'engrenage des violences à Port-au-Prince
L'ONG Médecins sans frontières a annoncé mercredi la fermeture définitive de son centre d'urgences de Turgeau, dans le centre-ville de Port-au-Prince. Une décision "difficile" et "en dernier recours" face à l'intensification des violences armées.
La situation était devenue intenable. Le Centre d'urgence de Turgeau, fermé depuis une attaque "ciblée" contre un convoi médical en mars dernier, ne rouvrira finalement pas ses portes. La raison est simple et dramatique : "le bâtiment a été touché à plusieurs reprises par des balles perdues en raison de sa localisation proche des zones de combat", explique Jean-Marc Biquet, chef de mission MSF en Haïti. Cette proximité avec les affrontements entre gangs armés rendait "trop dangereuse" toute reprise des activités, tant pour les patients que pour le personnel soignant. Une issue amère pour cette structure qui avait déjà dû déménager de Martissant à Turgeau en 2021 pour échapper à l'insécurité.
L'impact de cette fermeture est colossal. Entre 2021 et mars 2025, ce centre avait pris en charge plus de 100 000 patients de tout âge, "témoignant ainsi de son rôle vital auprès des populations vulnérables de la capitale", souligne MSF. L'ONG "regrette profondément cette décision" qui aura "un impact significatif sur l'accès aux soins pour une population déjà durement touchée". Le centre employait 206 personnes, autant de soignants et de personnel administratif désormais privés de leur lieu de travail. Cette fermeture s'ajoute à la suspension maintenue des activités de l'hôpital traumatologique de Carrefour, attaqué en même temps que le convoi médical en mars.
Haïti, l'engrenage infernal de la violence
Le contexte sécuritaire en Haïti ne cesse de se dégrader. Depuis mi-février, le pays connaît un regain de violence dans un climat d'instabilité politique chronique. Les bandes criminelles, accusées de meurtres, viols, pillages et enlèvements, contrôlent désormais la quasi-totalité de la capitale. La réponse internationale peine à faire ses preuits. La force antigangs dirigée par le Kenya, créée en 2023 pour succéder à la Mission multinationale de sécurité, n'a obtenu que des "résultats plus que mitigés". Avec seulement 1 000 agents sur les 2 500 espérés, et faute d'équipements et de financements suffisants, elle semble impuissante face à l'ampleur des violences.
Malgré ce retrait forcé, MSF, présente depuis 30 ans en Haïti, affirme poursuivre "sans relâche" ses activités dans plusieurs autres établissements de santé de la capitale. Une détermination qui contraste avec la détérioration générale des conditions de travail humanitaire dans le pays. Cette fermeture symbolise l'asphyxie progressive des services essentiels dans un pays où la population, déjà confrontée à une pauvreté extrême, voit ses derniers filets de sécurité sanitaire se déliter sous les coups de boutoir de l'insécurité. Un triste signal pour une capitale où l'accès aux soins d'urgence devient chaque jour plus aléatoire.

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