Cannabis et cancer du poumon : la fausse innocuité démasquée
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Cannabis et cancer du poumon : la fausse innocuité démasquée

Rédaction Web - Christophe VERGER
Les jeunes sont de plus en plus souvent confrontés au cannabis et donc malheureusement plus sensible de contracter un cancer des poumons.
Les jeunes sont de plus en plus souvent confrontés au cannabis et donc malheureusement plus sensible de contracter un cancer des poumons. • DR

Longtemps considéré comme moins nocif que le tabac, le cannabis voit son image ébranlée par des études récentes mettant en lumière son rôle dans le développement de cancers agressifs du poumon chez des consommateurs jeunes.

La Dre Pauline Pradère, pneumologue à l'hôpital Marie Lannelongue, alerte sur les dangers sous-estimés de cette substance, alors que la France détient le record européen de sa consommation. La France occupe une place peu enviable en tête du classement européen de la consommation de cannabis. À 17 ans, près d'un jeune sur cinq déclare en avoir consommé au moins une fois dans le mois. La majorité de cette consommation se fait sous forme inhalée, via des joints mélangés à du tabac. Face à cette tendance à la hausse, comprendre les répercussions sur la santé pulmonaire devient crucial. 

Pourtant, les recherches se concentrent souvent sur les effets neuropsychiques du cannabis, négligeant son impact respiratoire. " C'est une substance inhalée par combustion, il est donc logique qu'elle ait des effets pulmonaires ", souligne la Dre Pradère. Pourquoi un tel aveuglement ? " Parce que ces effets sont sous-étudiés, voire mal étudiés ", déplore-t-elle. 

Le cannabis innocenté à tort ?

Certaines publications minimisent les risques pulmonaires liés au cannabis. En 2018, une méta-analyse parue dans Chest affirmait que sa consommation n'entraînait ni emphysème ni altération de la fonction respiratoire. Si des lésions pré-cancéreuses étaient observées, le lien avec le cancer du poumon restait peu évoqué. " D'autres études, souvent citées pour innocenter le cannabis, concluent en réalité qu'il est impossible de statuer par manque de données ", critique la Dre Pradère. Même le prestigieux New England Journal of Medicine, dans une revue récente, ignore les effets pulmonaires pour se focaliser sur les propriétés thérapeutiques potentielles du cannabis. 

Plusieurs arguments plaident pourtant en faveur d'un lien entre cannabis et cancer bronchique : 

- L'effet bronchodilatateur du THC 

En facilitant l'inhalation profonde, le THC pourrait exposer les poumons à une plus grande quantité de composés nocifs. 

- Les preuves histologiques 

Des biopsies bronchiques révèlent des lésions pré-tumorales similaires à celles des fumeurs de tabac. 

- Les données épidémiologiques 

Une étude canadienne montre qu'une consommation importante à l'adolescence (plus de 50 joints) double le risque de cancer du poumon. 

Des cancers plus agressifs chez les jeunes consommateurs 

La Dre Pradère a mené une étude rétrospective sur 75 patients de moins de 50 ans opérés d'un cancer du poumon. Résultat : 43 % étaient des consommateurs chroniques de cannabis, avec une moyenne de 150 joints par mois. Fait alarmant, 61 % n'avaient jamais été interrogés sur leur consommation par un professionnel de santé. Ces patients présentaient des tumeurs plus agressives (carcinomes peu différenciés, grandes cellules) et davantage d'emphysème. Leurs interventions chirurgicales étaient aussi plus longues et complexes, en raison d'un poumon déjà endommagé. Une seconde étude, soutenue par l'INCa et portant sur 150 patients de moins de 60 ans, a corroboré ces résultats. Parmi eux, 38 % étaient des fumeurs réguliers de cannabis, consommant en moyenne 4 joints par jour depuis 26 ans. 

Leurs poumons montraient : 

- Plus d'emphysème, notamment bulleux (augmentant le risque de pneumothorax). 

- Une altération plus marquée de la fonction respiratoire que chez les fumeurs de tabac. 

- Des cancers de mauvais pronostic, comme les carcinomes sarcomatoïdes. 

Pourquoi un tel déni ?

Plusieurs facteurs expliquent la sous-estimation des risques : 

- La co-consommation avec le tabac, brouillant les pistes. 

- L'illégalité du cannabis en France, compliquant les études rigoureuses. 

- La sous-déclaration des patients, par méconnaissance ou réticence. 

La Dre Pradère regrette que les pneumologues ne s'emparent pas assez de cette question. " Nous devons mieux accompagner les patients dans le sevrage cannabique, souvent plus difficile que celui du tabac ", insiste-t-elle. Alors que la dernière étude KBP commence à intégrer le cannabis dans ses analyses, il est urgent de lever le voile sur cette " fausse innocuité " et d'informer largement sur ses dangers pulmonaires méconnus. 

En conclusion, le cannabis n'est pas une substance anodine. Face à l'émergence de cancers agressifs chez de jeunes consommateurs, la médecine doit réagir avant que le bilan ne devienne encore plus lourd.

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