Les patrons ultramarins plongés dans l'incertitude politique
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Les patrons ultramarins plongés dans l'incertitude politique

J. S.

Bien mis en valeur dans un « village Outre-mer », à l'entrée du rassemblement annuel du Medef, jeudi 28 août, les représentants du monde économique des Antilles et de la Guyane ont reçu un ministre des Outre-mer en sursis et ne cachent pas leurs inquiétudes.

« Je serai en Guyane dans quinze jours, sauf si... » Manuel Valls ne termine pas sa phrase. Entouré d'une petite foule, occupé à visiter le « village Outre-mer » du rassemblement annuel du Medef, jeudi 28 août, le ministre d'État semble tout à coup penser à autre chose. La chute quasi certaine du gouvernement, attendue dans une dizaine de jours, le 8 septembre à l'occasion du vote de confiance à l'Assemblée nationale, est dans toutes les têtes.

Un peu plus tard dans l'après-midi, à la tribune de la « séquence Outre-mer » du rassemblement patronal qui se tient cette année à Roland-Garros, le locataire de la rue Oudinot est plus explicite. « Beaucoup d'entre vous se demandent si le ministre en face d'eux sera encore là dans quelques jours : il peut y avoir des surprises ! Nous verrons bien ! Nous sommes dans un moment difficile mais les territoires [ultramarins] sont et resteront une priorité. »

 

 

 

 

L'échange qui a suivi – l'occasion d'aborder des sujets aussi variés que les tarifs des assurances ou l'intégration économique régionale – n'a pas rassuré une assemblée de chefs d'entreprise franchement inquiets. « Non, je ne suis pas rassurée, témoigne Catherine Rodap, présidente du Medef Martinique. Si chute du gouvernement il y a, cela entraînera forcément un remaniement et ce sera le septième en dix-huit mois, c'est énorme ! Les entrepreneurs de Martinique ont besoin de visibilité et de stabilité. »

« Insécurité politique »

 

Une loi de finances potentiellement repoussée, un projet de loi contre la vie chère dont nul ne connaît l'avenir, des réformes suspendues comme une épée de Damoclès : les raisons qu'ont les patrons de redouter la chute du gouvernement sont nombreuses.

« Nous avons besoin d'être rassurés, confirme le président du Medef Guadeloupe, Bruno Blandin. Les chefs d'entreprise ont besoin de perspectives positives et, clairement, je n'en vois aucune. »

Pragmatique – « jusqu'ici tout va bien, rien n'a changé » – Bruno Blandin profite de l'occasion pour critiquer vivement le projet de loi contre la vie chère présenté en conseil des ministres par Manuel Valls. Pour lui, comme pour nombre de participants au raout patronal, « cette réforme est un leurre. Si on empêche les importateurs de faire leur métier, qui le fera ? Le texte prévoit trop de contraintes administratives, il est inacceptable. »

Sera-t-il seulement examiné par le Parlement à partir de la fin du mois de septembre ? Rien n'est moins sûr. L'incertitude, c'est précisément ce que cherche à fuir le président du Medef Guyane, Dave Drelin. Lui parle carrément « d'insécurité politique. Une insécurité qui nous porte préjudice. Nous sommes venus jusqu'ici pour permettre aux chefs d'entreprise guyanais d'étendre leurs réseaux et d'avoir des connexions d'affaires, mais pas seulement : le but est aussi d'attirer des investisseurs en Guyane. On parle d'investissements à long terme : comment voulez-vous convaincre des personnes d'investir dans ces conditions ? »

 

Une demande répétée de « zone franche globale »

C'est une demande ancienne, que les responsables du Medef Guyane ont remis sur le devant de la scène face à Manuel Valls : la mise en place dans tout l'Outre-mer d'une « zone franche globale ».

« Nous proposons de lancer une grande étude d'impact afin de savoir ce que coûterait ce dispositif à l'État mais aussi ce qu'il pourrait rapporter à nos territoires et comment il pourrait nous mettre sur la voie du développement dans ce moment-charnière », plaide Dave Drelin, le président du Medef Guyane. « Ce genre de dispositifs, je m'en méfie un peu », lui répond le ministre Valls, affirmant privilégier l'étude de dispositifs « territoire par territoire ».

Les millions de la Lodeom en suspens

Qu'arrivera-t-il à la réforme de la Loi d'orientation économique Outre-mer (Lodeom) prévue dans la prochaine loi de finances mais déjà contestée avec la dernière vigueur par le patronat ?

Le gouvernement prévoit – pour l'instant – d'économiser plusieurs centaines de millions d'euros en changeant les règles d'exonération des charges patronales pour les entreprises ultramarines. Interrogé directement sur ce sujet, Manuel Valls n'a pas pu répondre clairement aux angoisses des patrons ultramarins et pour cause, c'est l'intégralité du Budget de l'État qui est remis en cause par le vote de confiance du 8 septembre prochain.

Même s'il combat cette réforme de la Lodeom de toutes ses forces, le président de la Fédération des entreprises d'Outre-mer (Fedom) refuse de qualifier de « bonne nouvelle » le potentiel délai dans l'adoption du Budget. Pour lui, il est préférable « de trouver une solution aux problèmes graves qui nous sont posés dans un cadre qu'on connaît plus que dans une aventure imprévisible. »

 

 

 

 

 

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