Le coup de semonce des électeurs guyanais
Les électrices et les électeurs des deux circonscriptions ont voté pour les deux députés sortants, avec une légitimité bien plus solide qu'avant. Davy Rimane est élu avec 100 % des suffrages et Jean-Victor Castor avec 76.1 % des voix.
« Quand le brouillard se durcit, le poing surgit ». Alors que l'extrême droite frappe à la porte du gouvernement français, que les dernières décisions de la Macronie menaçaient d'attaquer les acquis sociaux comme l'assurance chômage, les Guyanais ont levé le poing, samedi dernier. Puis l'ont posé avec fracas sur la table de l'histoire politique guyanaise.
Les députés sortants sont les mieux élus de l'histoire avec 100 % pour Davy Rimane au second tour puisqu'il était le seul en lice après le désistement de Sophie Charles, mais avec une abstention forte autour de 84%, il ne gagne que 137 voix entre les deux tours, et 76.1 % des voix pour Jean-Victor Castor (14 302 suffrages à comparer aux 9 000 de 2022) contre Boris Chong-Sit (23.89 %).
Déjà, avec plus de 60 % des suffrages au premier tour, les messages étaient clairs du côté des Guyanais qui renforce leur volonté ce samedi.
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— France-Guyane (@franceguyane) July 6, 2024
Samedi dernier, Jean-Victor Castor cumulait 12 895 votes, soit 10 000 voix de plus qu'il y a deux ans lors du premier tour où il rejoignait Yvane Goua pour 252 votes d'avance sur Boris Chong-Sit. Ce dernier améliore son score au second tour avec 4 500 voix contre 3 300 votes au premier tour.
Il se place avec ces 25 % des votes et une participation qui certes faiblit mais résiste dans la première circonscription comme la figure de l'opposition dans le nouveau clivage qui définit le paysage politique guyanais.
" Les idéologues voient l'évolution statutaire comme une fin en soi. Nous, les pragmatiques, estimons qu'il ne s'agit que d'un moyen. Nous devons faire preuve de pédagogie auprès de la population qui ne doit pas avoir peur d'elle. Les élus du congrès devront éviter aussi de faire de la politique politicienne car rien ne se fera sans une consultation populaire", prévenait Boris Chong-Sit, l'an dernier.
Yvane Goua perd beaucoup
Autre gagnant du scrutin, le Rassemblement national, aidé par une investiture des Républicains à droite, tendance Eric Ciotti. Pour la première fois, lors d'un scrutin qui désigne des personnalités guyanaises, l'extrême droite atteint 1 916 voix. Les réseaux de son duo, le Républicain et avocat Olivier Taoumi et Monique Guard, ancienne de La France Insoumise, a su capitaliser. Le RN n'est pas loin de son score des Européennes (2 465 voix). Il talonne Yvane Goua qui perd énormément lors de ce scrutin.
Une partie de sa légitimité, acquise en 2022 lors de sa victoire du premier tour avec plus de 3 000 voix, mais aussi sa stratégie qui se veut proche du terrain et des quartiers populaires, a vacillé, samedi, sans s'effondrer par ailleurs.
Quel est le message à retenir des urnes ?
Le premier est que nos compatriotes n'ont pas apprécié la dissolution. Ils ont pris cette élection comme une législative partielle et dans ce cas, systématiquement, le député sortant est réélu en améliorant son score. On avait eu ce cas de figure en 2017 entre Davy Rimane et Lénaïck Adam. Le premier avait perdu de 56 voix puis de 237 voix.
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Jean-Victor Castor attend le dépouillement ce soir pour savoir s'il va améliorer son score du second tour.https://t.co/zPBdy5tcLb pic.twitter.com/xCsKZ9IykF
Des représentants qui font du bruit
L'autre message des Guyanais est cette fois-ci, on ne pleut plus limpide. Ils ont aimé la stratégie mise en place par le binôme guyanais au Palais Bourbon. Ils ont aimé les envolées des deux députés au sein de l'Assemblée nationale (AN). Ils ont aimé leur manière de se tenir debout face à un État qui ignore toujours les vérités du territoire. Malgré une efficacité toute relative pour l'instant mais une place parmi les 150 députés les plus loquaces.
On verra avec les nouveaux équilibres entre les 577 membres de l'AN, si Davy Rimane réussira à proposer sa loi sur le désenclavement. On verra si ses 15 questions écrites trouveront des réponses gouvernementales. Mais tout ce travail législatif est apparu comme en arrière-plan lors de cette campagne. Ce que les Guyanais ont aimé chez les députés, c'est la dignité retrouvée de leurs représentants et donc par la force des choses d'eux-mêmes face à un État de plus en plus jugé comme abandonniste, même par Boris Chong-Sit. « Les manquements que l'État démontre sur de nombreux sujets : infrastructures défaillantes, carence des services publics, le désenclavement, plus la politique de Macron qui suscite l'hostilité en Outre-mer, fédère tous ces mécontentements », analyse-t-il.
La dignité, la valeur cardinale
« Les gens se moquent de savoir si M.Castor est indépendantiste. Ils veulent un porte-voix qui pose les questions de notre dignité. Le corps sociétal change, se rajeunit et porte cette question. Ce n'est pas le propre de la Guyane mais des Outre-mers », observe maître Lingibé.
Relisons Christiane Taubira, dans nos colonnes : « C'est un jeu de dupes. Délibéré ou involontaire, peu importe. Sauf que les dupes, c'est nous. Au milieu. An mitan. Entre un gouvernement qui essaie de gagner du temps, et une Collectivité qui néglige, ruse, louvoie. Sans tromper personne. Au secours, la Dignité ! »
La dignité est devenue la valeur cardinale de nos sociétés où les inégalités se développent comme jamais, où les bourgeois détiennent plus de capital qu'au XIXe siècle, où le déclassement est devenu une peur et une réalité pour une grande partie de la classe moyenne pressurée par les impôts et les services publics abandonnés.
« L'individu devient le jouet de la reconnaissance sociale, au sens où il espère, et elle lui échappe, ne lui laissant alors que l'amertume. [créant ainsi] Une nouvelle hiérarchie des principes démocratiques qui poserait celui de dignité devant celui d'égalité », écrit, la philosophe et psychiatre, Cynthia Fleury dans son dernier livre La Clinique de la dignité. Des travaux qui s'appuient sur le mouvement décolonial lancé par James Baldwin, Frantz Fanon, W.E.B. Du Bois, Bell Hooks ou encore Stuart Hall.
Parce que la dignité, c'est peut-être la seule chose qui reste à « ces gens de peu, qui n'ont que leur peau noire, qui n'ont que leurs guenilles, qui n'ont que leur ventre creux. Ces gens de peu, ces gens de peu, ces gens de peu, ces gens c'est nous. »

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