Sécheresse record : Les pouvoirs publics mobilisés pour empêcher une crise humanitaire
Alors que la saison sèche n'en finit plus. Les fleuves sont au plus bas et le désenclavement de plus en plus mortifère. L'État, la CTG et les maires de Guyane mettent en place un pont humanitaire avec les communes de l'intérieur.
Le dérèglement climatique chamboule tout, balaie toutes les certitudes, même celles des piroguiers séculaires de nos fleuves. La sécheresse frappe fort depuis seize mois, le déficit pluviométrique est de 50 %. Le niveau de navigabilité est au plus bas sur le Maroni. Un terme impropre d'ailleurs, puisque les fleuves de Guyane sont tous interdits à la navigation officiellement.
"40 000 compatriotes coincés"
Peu importe, les piroguiers ne passent plus... "Et nous devons absolument éviter que cette catastrophe naturelle ne devienne une catastrophe humanitaire. Donc l'urgence, c'est de transporter de l'eau et de l'alimentaire à nos concitoyens. La CTG va tripler l'offre de fret dès maintenant. Nous traitons l'urgence, mais, ensuite, nous devrons au plus vite réfléchir à ce que cette situation, qui se répète tous les deux ans à cause du changement climatique, trouve une solution pérenne. Nous devons résoudre la question du désenclavement, car il n'est pas normal que 40 000 compatriotes se retrouvent chaque année coincés", tempête Thibault Lechat-Vega, 3e vice-président de la Collectivité territoriale (CTG).
Cette dernière augmente la délégation de service public avec Guyane Fly. Le fret va passer de 7 tonnes à 20 tonnes par jour par voie aérienne. Un avion va être réservé à cette seule tâche avec 3 à 5 rotations par jour. Un effort financier important quand on sait qu'une rotation coûte 6 500 euros. Pour être précis, le fret est de 11 tonnes mais une partie passe par le fleuve. Les onze tonnes sont réparties ainsi : 1 tonne pour Grand-Santi, trois tonnes pour Saül et 7 tonnes pour Maripasoula.
Garantir la scolarité de tous
Du côté de l'État, le plan Orsec "eau et sécheresse" est déclenché après l'intervention de l'Association des maires de Guyane (AMG). Les moyens militaires sont mis en œuvre, notamment le Casa, l'avion-cargo des forces armées en Guyane avec une capacité de 4 tonnes pour Maripasoula et 2.5 tonnes pour Grand-Santi. Mais ce qui inquiète le préfet, Antoine Poussier, c'est la rentrée scolaire.
Près de deux cents enfants se retrouveraient sans solution à quelques jours de la reprise : "Avec le maire de Camopi [Laurent Yawalou], nous pensons déployer des antennes Starlink dans les hameaux de Trois-Sauts pour faire du vidéo-enseignement. Nous prenons l'engagement de garantir l'accès à l'école de tous les jeunes Guyanais."
Pour Serge Anelli, maire de Maripasoula, la question de l'accès à l'eau potable constitue le sujet majeur : "Nous avons choisi la méthode du forage à l'époque, car l'eau était abondante. Maintenant, nous travaillons avec la SGDE pour prélever l'eau du fleuve directement, avec un système de filtre. Cela va nous coûter 400 000 euros pour Taluen. Mais le prix n'est pas un problème, il faut que tout le monde ait de l'eau. C'est ça notre préoccupation première."
Petit point à ne pas oublier… le stockage de carburants pour les centrales électriques d'EDF. Le carburant est acheminé par le fleuve. Les stockages sont encore bons, d'après l'AMG, mais la crainte est bien présente. La solution : stocker le carburant à Grand-Santi, puis l'État l'acheminera en hélicoptère dans les centrales plus en amont. Il faut huit tonnes de carburant par jour pour faire fonctionner l'ensemble des dispositifs d'EDF.
Une cellule de crise quotidienne se tient au centre opérationnel de zone à la préfecture pendant toute la crise.

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