Crise en Haïti : « dix fois plus de demandes d'asile » en Guyane
Le procureur général près la cour d'appel de Cayenne décrit des « régularisations massives » de migrants haïtiens, à l'occasion d'une table ronde organisée par le Sénat sur les enjeux de sécurité et l'action de l'État en Guyane.
« Toute la population haïtienne en Guyane est en train de demander l'asile : nous sommes face à une multiplication entre six et dix des demandes d'asile. » Joel Sollier, procureur général près la cour d'appel de Guyane, décrit une situation préoccupante pour les services de l'État dans le département. Selon lui, « il ne s'agit pas d'un afflux de personnes, mais d'une fenêtre d'opportunité par rapport à la crise dramatique » qui secoue en ce moment Haïti.
Des personnes parfois installées de longue date et en situation irrégulière depuis de nombreuses années déposent en ce moment des demandes de protection auprès de l'Ofpra. Un phénomène « légal mais [qui] génère de fortes tensions » pour le procureur général. La précision de la légalité de ces demandes a son importance. « Que devons-nous faire face à phénomène ? », s'interrogeait le sénateur Victorin Lurel. « Il y a eu une polémique récente en Guadeloupe en raison de l'expulsion d'étudiants haïtiens alors que l'Onu demande un moratoire. »
Face aux élus de la délégation sénatoriale aux Outre-mer, auditionné en même temps que le procureur général, le préfet Antoine Poussier a lui défendu un État « ni désarmé, ni impuissant », notamment contre le trafic de drogue, grâce au dispositif 100% contrôle, source d'autosatisfaction pour l'État. « Nous avons divisé par trois ou quatre la quantité de drogue » qui circule, s'est réjoui Antoine Poussier. « Il semblerait que le dispositif soit dissuasif puisque le nombre d'arrêtés préfectoraux [d'interdiction de voyager] est en diminution assez importante ». Environ 12 000 arrêtés préfectoraux d'interdiction de voyager ont été pris jusqu'ici, ce qui représente « plusieurs dizaines par jour ».
D'une façon plus générale, la lutte contre le trafic de drogue international est loin d'être gagnée. Les services de l'État et une commission d'enquête sénatoriale sur le narcotrafic ont déjà établi « le report vers les Antilles » du flux de cocaïne et un « contournement par la voie maritime ». Sur ce plan, la Guyane est encore démunie. Il ne devrait pas y avoir de scanner au port d'ici à 2025. « Le contrôle des flux au port de Guyane est prévu à partir de l'année prochaine, confirme le préfet Poussier. Il s'agit d'installer aussi bien à l'arrivée qu'au départ des scanners. »
Lutte contre l'orpaillage illégal, défense de la souveraineté maritime et destruction de bateaux impliqués dans de la pêche illégale : Antoine Poussier a également vanté « des résultats » et annoncé la destruction prochaine de bateaux « côté surinamais ».

La radio 100% Caraïbes

- Suivez-nous
-
-
-
-
-
-
S'inscrire aux newsletters