Procès du déboulonnage des statues en Martinique : entre justice et mémoire, un verdict attendu le 17 novembre
Au tribunal judiciaire de Fort-de-France, le procès des militants accusés d'avoir déboulonné, en 2020, les statues de Schoelcher, Joséphine et d'Esnambuc s'est achevé après trois jours d'audience tendus, marqués par des débats sur l'histoire coloniale et l'identité martiniquaise. Alors que la procureure n'a requis aucune peine, la défense a dénoncé un procès politique et symbolique. Le délibéré sera rendu le 17 novembre à 14h
Au troisième jour d'audience au tribunal judiciaire de Fort-de-France, consacré au déboulonnage en 2020 des statues de Victor Schoelcher, Joséphine de Beauharnais et Pierre Belain d'Esnambuc, le procès est entré dans sa phase finale, mêlant plaidoiries et rappels historiques, après trois jours marqués par de vifs débats identitaires.
Très attendu, ce procès a été marqué par des réquisitions inattendues : après un long réquisitoire, la procureure ne demande aucune peine. Elle refuse d'y voir un " procès historique ", préférant évoquer un dossier de droit commun – destruction aggravée, outrage, obstruction, refus de prélèvements – et rappelle les peines maximales encourues, jusqu'à dix ans de prison et 150 000 € d'amende. Tout en soulignant la montée de la criminalité en Martinique, elle appelle à une peine juste et proportionnée, tenant compte de la personnalité des prévenus, pour la plupart au casier vierge. Si le tribunal retient une lecture politique, elle invite à considérer les droits fondamentaux, citant l'article 10 de la Convention européenne des droits de l'homme : " Parviendrez-vous à réparer l'irréparable Histoire ? "
Face à elle, la défense dénonce un procès colonial et raciste. Dehors, les tambours résonnent. Maître Constant parle d'une " poursuite arrogante et suprémaciste " sans utilité sociale : " Ce procès, c'est le Parquet contre la Martinique ! " Maître de la Poix de Fréminville plaide la relaxe, voyant dans la destruction des statues un acte de libération symbolique, tandis que Maître Labejof dénonce une judiciarisation disproportionnée d'un combat mémoriel.
Le bâtonnier Maître Germany, avocat de quatre prévenus, salue la fierté d'un peuple en quête de liberté. Il évoque un dialogue d'homme à homme avec une justice héritière du colonialisme, dénonce la persistence d'un esclavage moderne et souligne la faiblesse du dossier fondé sur des preuves illisibles. Selon lui, ce procès est déjà inscrit dans l'Histoire martiniquaise.
L'audience a été levée à 20h40 ; le délibéré est attendu le 17 novembre à 14h.

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