Dans une salle de cours, les femmes détenues ont dialogué avec l'écrivain Colin Niel (SR)
Trois rencontres ont été organisées hier entre des détenus du centre pénitentiaire de Rémire-Montjoly et l'écrivain Colin Niel (1) Nous avons assisté à la discussion dans le quartier des femmes.
« C'est quoi un inselberg ? » La jeune femme lit un passage du roman. Elle bute sur ce mot. Les neuf autres femmes détenues n en ont jamais entendu parler non plus. L'auteur Colin Niel, face à elles, commence à leur expliquer (2). Nous sommes au centre pénitentiaire de Guyane, hier, en début d'après-midi. Dix femmes incarcérées dialoguent avec un écrivain. Elles, assises à des tables disposées en U. Lui, au tableau, tel un professeur bienveillant. Trois extraits de son dernier roman sont lus. Entre chaque passage, les femmes réagissent.
En partant du livre, on dévie, forcément. Une femme dresse un constat, s'étonnant de la présence parmi elles de Colin Niel. « Il y a beaucoup d'auteurs qui vont dans les collèges et les lycées et qui ne viennent pas perdre leur temps ici. » Une autre approuve mais précise la pensée de la première : « Perdre son temps, c'est une façon de parler. » Colin Niel explique pourquoi il est là. « J'ai donné des cours en prison. Et puis je travaille sur un nouveau roman et j'avais besoin d'information sur la prison pour un prochain roman. » Là, les visages s'illuminent. « Le roman se passera en prison ? » Il les déçoit un peu. « Pas vraiment. »
Mais ce n'est pas grave. On passe à la lecture du second extrait, choisi par l'auteur. La même détenue s'y colle. Comme l'action se passe sur la Maroni, on parle maintenant des rites funéraires chez les Bushinengués. Plusieurs femmes sont originaires du Maroni et expliquent comment ça se passe chez elles.
Apparemment, la rencontre a fait mouche. Plusieurs détenues veulent lire le livre. « C'est en librairie ? demande l'une d'elles. Parce que moi, j'ai quelqu'un qui m'envoie des livres. » Une autre, qui vient de lire un passage, entoure l'opus de ses mains et dit à sa voisine, dans un large sourire : « Je le garde! » Colin Niel savoure le moment. « Si je vous ai donné l'envie de le lire, j'ai réussi mon coup. »
Le matin, l'auteur avait rencontré trois mineurs incarcérés et la journée s'est terminée dans la bibliothèque devant cinq détenus. Arrivé il y a moins de trois mois, Raphaël Laurec, le directeur du milieu fermé au sein du service pénitentiaire d'insertion et de probation, souhaite renouveler ce type d'expérience. « Mais je ne veux pas que ce soit uniquement occupationnel mais aussi éducatif, pour préparer à la réinsertion à la sortie et lutter contre la récidive. »
(1) Il est l'auteur deCe qui reste en foret et Les Hamacs de carton, deux romans qui se déroulent en Guyane.
(2) Il est l'auteur deCe qui reste en foret et Les Hamacs de carton, deux romans qui se déroulent en Guyane.
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