Les enfants sauvés du paraquat
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CAYENNE

Les enfants sauvés du paraquat

Bernard DORDONNE
C'est au nouveau pôle mère-enfant, à l'hôpital de Cayenne, que les deux enfants empoisonnés par leur mère, ont été sauvés miraculeusment (photo d'archives)
C'est au nouveau pôle mère-enfant, à l'hôpital de Cayenne, que les deux enfants empoisonnés par leur mère, ont été sauvés miraculeusment (photo d'archives)

C'est une première. L'équipe du service pédiatrie de l'hôpital Andrée-Rosemon de Cayenne a réussi à sauver deux enfants de 5 et 8 ans, à qui leur mère avait fait boire du paraquat pour les tuer. Elle, n'a pas survécu à l'importante dose de poison. Une enquête est ouverte.

Le paraquat, une molécule hautement toxique, qui lorsqu'elle est ingurgitée vous fait passer de vie à trépas en moins de vingt-quatre heures. C'est ce qu'une mère de famille a fait boire à ses deux enfants, âgés de 5 et 8 ans, jeudi 10 juillet. L'histoire vécue par les deux petits garçons est rocambolesque.
Le Dr Narcisse Elenga, chef du service pédiatrie du pôle mère-enfant de l'hôpital de Cayenne, ne croyait pas au miracle : « Nous avons tenté le tout pour le tout. Sur les nombreux cas d'empoisonnement au paraquat que nous avons eu l'occasion de traiter, ce sont les premiers que nous avons réussi à sauver. Les enfants vont mieux et j'espère signer, la semaine prochaine, leur bon de sortie pour qu'ils participent à l'enterrement de leur mère. »
30 MG DE POISON PAR LITRE DE SANG, À SEULEMENT 5 ANS
Avant ce miracle, il y a eu toute les péripéties administratives qui, sans la détermination des cadres médicaux, auraient pu être un véritable désastre. « La mère et les deux enfants sont arrivés jeudi de la semaine dernière aux urgences, explique le chef du service de pédiatrie. Nous avons pris en charge la famille et avons téléphoné au centre antipoison de Marseille. La prise de sang effectuée sur la mère donnait un taux 100 mg de paraquat par litre de sang. On savait qu'elle allait mourir. Elle est tombé dans le coma et, vingt-quatre heures plus tard, elle était morte. »
Le gamin de 5 ans, « avait un taux de 30 mg, poursuit le Dr, et son frère de 8 ans, était à 20 mg, car il avait réussi à vomir juste après la prise du produit toxique. On savait qu'ils n'avaient pas beaucoup de chances, car ce sont des enfants. »
Mais entre jeudi dernier et hier, beaucoup de choses se sont passées. Leur mère étant décédée, l'hôpital fait un signalement au parquet, qui ordonne un placement provisoire des enfants, auprès de l'ASE (Aide sociale à l'enfance).
LA GRAND-MÈRE, ET TUTRICE, PART À L'ÉTRANGER
Le dimanche 13 juillet, dans la soirée, la grand-mère des enfants arrive à l'hôpital et rencontre le chef du service pédiatrie qui lui explique la situation. Elle lui dit qu'à cause de la fragilité psychologique de sa fille, elle a l'autorité parentale sur ses deux petits-enfants depuis 2012.
Partie quelques jours avant en Angleterre au mariage d'une de ses filles, elle avait confié les enfants à son frère. La mère aurait alors insisté, voire menacé le grand-oncle, pour récupérer ses enfants. Celui-ci aurait cédé sans prévenir la grand-mère.
Quand la grand-mère découvre la situation dimanche soir, elle demande au médecin à pouvoir repartir au Suriname avec les deux enfants, pour enterrer sa fille. Et ce d'autant que les enfants semblent condamnés. « Elle a confié qu'elle n'avait pas d'argent pour partir enterrer sa fille et revenir voir les enfants ici. Si les enfants devaient mourir, elle préférait qu'ils soient dans sa famille au Suriname. Nous étions devant une question sociale » , confie le Dr Elenga.
Il poursuit : « Lundi, j'ai commandé un taxi conventionné pour conduire la grand-mère et les enfants à l'Hospital Academy du Suriname. J'ai remis une lettre à la grand-mère à donner aux médecins. J'ai contacté les responsables de l'hôpital de Cayenne pour avoir leur accord, puis l'officier de permanence de la gendarmerie qui m'a donné le feu vert pour le passage au barrage d'Iracoubo. À l'hôpital, on n'avait pas reçu l'ordonnance de placement pris par le parquet » , déclare le médécin.
LES ENFANTS, ATTENDUS PAR LES GENDARMES, RETOURNENT À CAYENNE
Mais au barrage d'Iracoubo, le taxi ambulance est stoppé par les gendarmes. Les enfants sont conduits à la brigade. Une assistante sociale du conseil général est là pour les ramener au centre médico-chirurgical de Kourou. En voyant l'état de santé des enfants, elle les fait ramener en urgence à l'hôpital de Cayenne. Retour à la case départ.
L'équipe de pédiatrie met alors tout en oeuvre, pendant trois jours, pour les sauver : lavage gastrique, charbons actifs, traitement contre l'atteinte des poumons, perfusion pour les faire uriner. Au terme de cette course contre la montre, les enfants sont considérés comme sauvés.
Les motivations du parquet
Ivan Auriel, procureur de la République, s'explique sur cette ordonnance de placement et le blocage des enfants à Iracoubo : « Le dossier a été transmis au juge des enfants. La grand-mère a une délégation d'autorisation parentale mais nous avons délivré une ordonnance de placement des enfants qui sont confiés à l'Aide sociale à l'enfance. Une enquête a été ouverte pour connaître la situation personnelle et sociale des enfants, mais aussi pour savoir ce qui s'est passé lorsque la grand-mère est partie à l'étranger. Nous avons demandé à arrêter le taxi ambulance, dans la mesure où il n'y avait aucune garantie que les enfants restent sur le sol français et que le document de l'hôpital, transférant les enfants vers un hôpital surinamais, n'était pas légitime » .

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