Drogues à 17 ans : une fracture nette entre les Outre-mer et l'Hexagone
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Drogues à 17 ans : une fracture nette entre les Outre-mer et l'Hexagone

Rédaction Web - Christophe VERGER
Cette étude de l'OFDT révèle une vraie différence de la consommation des substances psychoactives entre les Outre-mer et l'Hexagone.
Cette étude de l'OFDT révèle une vraie différence de la consommation des substances psychoactives entre les Outre-mer et l'Hexagone. • SHUTTERSTOCK - COPYRIGHT (C)

Une vaste enquête de l'Observatoire français des drogues et tendances addictives (OFDT) révèle des paysages contrastés en matière de consommation de substances psychoactives chez les jeunes de 17 ans en Outre-mer.

Pour la première fois, l'enquête ESCAPAD a été menée simultanément dans les territoires ultramarins de la zone Caraïbe, de l'Océan Indien et du Pacifique. En mars 2023, ce sont ainsi 2 869 jeunes de 17 ans de Guadeloupe, Martinique, Guyane, La Réunion, Nouvelle-Calédonie et Polynésie Française qui ont été intérrogés lors de la Journée Défense et Citoyenneté (JDC). Cette collecte de données, reportée en raison de la pandémie de Covid-19, offre une vision précieuse et comparée des comportements à un agé clé, même si son décalage d'un an avec la dernière enquête en Hexagone (2022) invite à une certaine prudence dans l'interprétation. 

Les résultats sons sans appel : les jeunes de 17 ans de Guadeloupe, Martinique et Guyane consomment globalement moins de substances psychoactives que leurs homologues hexagonaux. 

- Alcool : si l'expérimentation est plus élevées aux Antilles (près de 9 jeunes sur 10 contre 8 sur 10 en Hexagone), les usages réguliers et les alcoolisations ponctuelles importantes (API) répétées y sont moins fréquents. En Guyane, tous les indicateurs sont inférieurs. 

- Tabac : l'écart est frappant. L'usage quotidien de tabac est trois fois moins élevé en Guyane (3,5 %) et en Guadeloupe (5 %) qu'en France hexagonale (15,6 %). 

- Cannabis : l'expérimentation y est également moins répandue, et les usagers réguliers sont comparables ou inférieurs à ceux de l'Hexagone. 

Une exception notable en Guyane : l'expérimentation du crack y est trois fois plus élevée (1,3 %) qu'en Hexagone (0,4 %), un phénomène porté presque qu'exclusivement par les garçons 2,8 %).

La Réunion : une situation contrastée avec des usages de stimulants en hausse

À La Réunion, la consommation d'alcool et de tabac est nettement inférieure à celle de l'Hexagone. Cependant, l'île se distingue par des usages plus élevés pour certaines substances illicites. Les garçons réunionnais présentent des niveaux de consommation de cannabis (usage régulier à 8,3 %), de cocaïne (3,3 %) et surtout de MDMA/ecstasy (7,1 %) significativement supérieurs à la moyenne hexagonale. Ce tableau dessine une spécificité réunionnaise centrée sur les produits stimulants. C'est dans le Pacifique que les tendances sont les plus préoccupantes et renversent complètement la dynamique observée ailleurs.

Nouvelle-Calédonie : le territoire enregistre les niveaux de consommation les plus élevés de tous.

- 92,3 % des jeunes ont déjà bu de l'alcool.

- 30,2 % déclarent des API répétées (vs 13,6 % en Hexagone).

- 24,6 % sont des fumeurs quotidiens de tabac.

- 80,8 % ont expérimenté la cigarette électronique et un quart (24,8 %) l'utilise quotidiennement, un record national.

- Plus de la moitié (51,2 %) a déjà consommé du cannabis.

Polynésie française : la situation est similaire, avec une prévalence élevée des API (22,8 %) et des usages de cannabis (expérimentation à 40,7 %, usage régulier à 8 %).

La particularité la plus marquante est le rattrapage, voire le dépassement, des filles par rapport aux garçons dans ces territoires, notamment pour le tabac et le cannabis en Polynésie, phénomène bien moins prononcé ailleurs.

Des évolutions qui divergent sur le long terme

L'analyse des tendances depuis 2005 montre que les écarts entre territoires sont anciens et persistants. Le tabagisme quotidien a reculé partout, mais beaucoup plus tôt et plus fortement dans les Antilles et en Guyane. L'usage régulier d'alcool est resté stable ou en baisse presque partout, sauf en Nouvelle-Calédonie où il a augmenté pour dépasser le niveau hexagonal. De même, l'usage régulier de cannabis n'a augmenté qu'en Polynésie française, tandis que la Nouvelle-Calédonie et La Réunion maintiennent des niveaux supérieurs à ceux de l'Hexagone.

Cette étude de l'OFDT souligne qu'il n'existe pas " une " jeunesse ultramarine face aux drogues, mais des réalités territoriales extrêmement variées. Cette fracture appelle des réponses de santé publique adaptées à chaque contexte. Les conclusions plaident pour une prévention ciblée :

- Dans les Antilles et en Guyane, il s'agit de maintenir et de renforcer les politiques qui ont conduit à des usages globalement bas, tout en adressant les points spécifiques comme le crack en Guyane.

- À La Réunion, les efforts doivent se concentrer sur la prévention des usages de stimulants (cocaïne, MDMA) et du cannabis chez les garçons.

- Dans le Pacifique, l'urgence est de répondre à des niveaux de consommation très élevés et à la spécificité genrée qui voit les filles autant, sinon plus, concernées que les garçons, nécessitant des messages de prévention qui leur sont spécifiquement destinés.

Alors que la vente des cigarettes électroniques jetables vient d'être interdite, il sera crucial d'observer l'impact de cette mesure sur des territoires où le vapotage est massivement entré dans les mœurs des adolescents.

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