Le harcèlement en milieu scolaire : « un sujet majeur »
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EDUCATION

Le harcèlement en milieu scolaire : « un sujet majeur »

Gaëtan TRINGHAM (g.tringham@agmedias.fr)
À l'occasion de cette journée de lutte contre le harcèlement en milieu scolaire, les élèves volontaires ont accroché des mots sur un "mur d'expression."

(PS : "NAH", comprendre Non au Harcèlement)
À l'occasion de cette journée de lutte contre le harcèlement en milieu scolaire, les élèves volontaires ont accroché des mots sur un "mur d'expression." (PS : "NAH", comprendre Non au Harcèlement) • PHOTOS GT

En visite au collège Paul Kapel de Cayenne, le rectorat a participé à la journée nationale de lutte contre le harcèlement en milieu scolaire. Les référents et les élèves témoignent sur ce fléau. 

Les collégiens de Paul Kapel, à Cayenne, se sont rassemblés pour accueillir le recteur, Philippe Dulbecco et sa délégation, ce 17 novembre.

"Aujourd'hui, on met ce sujet majeur en lumière, mais la lutte contre le harcèlement, c'est tous les jours de l'année", a indiqué aux élèves attentifs le représentant de l'Education nationale dans son discours introductif.

Le recteur Philippe Dulbecco, bien accueilli par les collégiens de Paul Kapel

Au milieu des t-shirts jaunes, les jeunes vêtus de blanc et de gris se démarquent. Ils sont les "ambassadeurs". Un dispositif de bénévolat initié par l'académie de Guyane dans lequel les élèves jouent l'interface entre les victimes de harcèlement et l'équipe pédagogique.

"J'ai choisi d'être ambassadeur pour protéger les gens", explique Medhi. "Si on voit un élève tout seul, notre rôle est d'aller le voir. On discute avec lui, puis on va prévenir M. Réginal de la situation (Julien Réginal, assistant de prévention sécurité au collège Paul Kapel ndlr)."

Après avoir commencé à parler à Medhi, une myriade d'élèves se regroupe autour de nous pour témoigner également. Maria nous raconte sa démarche : "Pendant sept ans, à l'école primaire, j'ai moi-même été harcelée. C'est difficile de dire pourquoi, mais à l'époque, je ne parlais pas bien français. Des élèves m'attendaient à la sortie et me jetaient des pétards dessus. Je sais ce que ça fait, donc j'ai voulu aider les autres en devenant ambassadrice."

Dilane, lui aussi ambassadeur, attend que ses camarades s'éloignent pour s'approcher de nous un peu plus timidement. "Depuis le CP je me fais harceler. Un jour j'ai dit stop. J'ai dit non. J'ai commencé à les ignorer et ils ont arrêté. C'est pour ça que je voulais être référent. Je peux témoigner de mon expérience."

Les élèves "ambassadeurs" se sont habillés en blanc ou en gris.
Trois questions à Véronique Baboul. Référente académique de prévention et de lutte contre le harcèlement scolaire

Que doivent faire les parents des élèves harceleurs ?

Il faut déjà savoir que souvent, les parents ne se rendent pas compte de la situation. Si leur enfant a été repéré, les parents sont contactés. Dans un premier temps on essaie de tout faire pour que la situation cesse. Il ne s’agit pas de sanctionner les élèves ou de faire de la réprimande immédiatement. La première étape est plutôt de leur faire prendre conscience de ce qu’ils ont fait. On détient la méthode de la « préoccupation partagée. »

C’est une méthode non blâmante qui permet aux élèves harceleurs de pouvoir prendre conscience de leurs actes et de pouvoir réparer ce qu’ils ont fait. On évite, à ce moment-là, la sanction.

A contrario, comment doivent réagir les parents des élèves harcelés ?

 Il faut que le parent puisse soutenir son enfant et veiller sur lui le plus possible. L’enfant victime peut passer en phase de dépression voire même se faire du mal physiquement. On demande aux parents de veiller à cela et de voir comment il réagit face aux actions que l'on met en place.

Il est également important que les parents puissent faire confiance aux équipes formées sur ça pour régler ces problèmes… et donc que les parents n’interviennent pas d’eux même auprès de l’élève qui harcèle leur propre enfant.

Ils doivent surtout soutenir le plus possible leur enfant.

Le harcèlement peut commencer tôt, dès l’école primaire. Qu’est-ce qui marque la frontière entre une chamaillerie simple et le harcèlement ?

La différence c’est la répétition. Il peut y avoir des micro-violences à l’instant T. Dans un contexte de harcèlement, on aura une répétition des faits. Ce sont des petites choses, des brimades, qui vont se multiplier et créer une situation de harcèlement.

Rassemblement sous le carbet central du collège Paul Kapel à l'occasion de cette journée.

Sur le trajet ;  à la cantine ; dans les classes ; à la maison ou encore pendant la cour de récréation : le ministère de l'Éducation nationale met à disposition une grille de "signaux faibles" pour aider à mieux reconnaître les situations de harcèlement. Élève isolé, jeune replié sur lui-même, chute des résultats scolaires : de nombreux facteurs aident à la détection.