Ouragan Mélissa : la Caricom déploie son plan d'urgence
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Ouragan Mélissa : la Caricom déploie son plan d'urgence

La prolifération de rongeurs et la stagnation de l'eau sont à l'origine d'une nette augmentation de la leptospirose.
La prolifération de rongeurs et la stagnation de l'eau sont à l'origine d'une nette augmentation de la leptospirose. • SHUTERSTOK

Alors que près d'un million de Jamaïcains sont sinistrés, la communauté des Caraïbes (Caricom) a mobilisé une aide d'envergure, menée par la Barbade et le Guyana, pour une réponse axée sur le rétablissement des abris et des services de santé.

La Jamaïque est confrontée à une crise d'une ampleur majeure après le passage de l'ouragan Melissa, qui a causé des destructions estimées à 8 milliards de dollars américains. Selon le Premier ministre Andrew Holness, l'événement a touché environ 900 000 personnes et endommagé ou détruit plus de 150 000 habitations à travers l'île. Face à cette situation qualifiée de « considérable et sans précédent », la Communauté des Caraïbes (Caricom) a réagi par un affichage de solidarité politique et logistique.

Lundi, une délégation de haut niveau de la Caricom incluant les chefs de gouvernement de la Barbade, du Guyana, de la Grenade et d'Antigua-et-Barbuda, s'est rendue sur les lieux dévastés, de Montego Bay à Westmoreland. Cette visite visait à évaluer l'étendue des besoins et à coordonner l'acheminement des secours en collaboration

avec l'Agence caribéenne de gestion des situations d'urgence (CDEMA) et le Système régional de sécurité (RSS).

« Se reconstruire en mieux et en plus grand »

Le président guyanien, Irfaan Ali, a souligné l'urgence de cette action, déclarant que la priorité était de « refaire entièrement » les 200 premières toitures pour respecter le calendrier établi par le Premier ministre Holness, qui vise à loger les familles avant Noël.

Au-delà de l'aide matérielle, la Caicom réaffirme l'importance de la coopération régionale face à l'intensification des catastrophes naturelles. Les chefs de gouvernement ont témoigné d'une expérience commune face aux ouragans. Le Premier ministre Browne (Antigua-et-Barbuda) a notamment cité l'exemple de la reconstruction de Barbuda après Irma, exhortant la Jamaïque à saisir cette épreuve pour « se reconstruire en mieux et en plus grand ».

La Première ministre de la Barbade, Mia Mottley, lance un appel urgent pour aider la Jamaïque. Elle demande aux institutions financières internationales d'accorder une marge de manœuvre budgétaire (fiscal space) à la Jamaïque. Cette flexibilité financière est jugée essentielle pour permettre au pays de financer sa reconstruction après les dégâts colossaux. Mia Mottley souligne que les États insulaires des Caraïbes (SIDS) ne peuvent pas supporter seuls le poids de ces catastrophes climatiques récurrentes. Cet appel vise à modifier les règles d'endettement et d'aide internationales pour les rendre plus adaptées aux chocs climatiques.

Jacques VILUS

Des mesures spécifiques et immédiates

La Barbade a promis l'envoi d'un hôpital de campagne entièrement équipé, dont l'arrivée est prévue jeudi, ainsi que des camions-poubelles pour accélérer les opérations de déblaiement. Des informations confirment l'arrivée d'électriciens de la Barbade ainsi que des fournitures de secours, acheminées pour soutenir les efforts massifs de restauration de l'alimentation électrique ;

Sainte-Lucie : l'entreprise d'électricité de Sainte-Lucie (LUCELEC) a également déployé une équipe spécialisée de six personnes, incluant des techniciens et des contractuels, partis pour une mission d'environ six semaines. Cette mobilisation témoigne de la force du réseau CARILEC (Caribbean Electric Utility Services Corporation), qui permet aux compagnies d'électricité régionales de s'entraider en cas de crise majeure ;

Le Guyana a mobilisé des ingénieurs militaires de ses Forces de défense. Leur mission est de travailler conjointement avec l'armée jamaïcaine sur la réparation immédiate de 200 toitures dans les zones les plus touchées. Le soutien du Guyana comprend également de la main-d'œuvre, du matériel de première nécessité (nourriture, bâches, tronçonneuses, générateurs) et une expertise technique ;

Antigua-et-Barbuda s'est également engagée à fournir une aide financière et à déployer des soldats.

L'île mise sous dépendance alimentaire

Le secteur agricole, pilier de l'économie locale, est particulièrement touché, forçant le pays à se tourner vers les marchés étrangers pour assurer l'approvisionnement de sa population. Les premières estimations des pertes financières pour le secteur agricole et de l'élevage s'élèvent à un montant stupéfiant de 29,5 milliards de dollars jamaïcains (un peu moins de 159 millions d'euros). 

Terres et exploitants : près de 41 400 hectares de terres cultivées ont été affectées, impactant plus de 70 000 agriculteurs ;

Cultures vivrières : les cultures maraîchères (poivron doux, tomate, laitue, chou, carotte) représentent à elles seules environ 8,8 milliards de dollars jamaïcains de pertes. Les bananes et plantains, cultures d'exportation et de consommation courante, enregistrent un manque à gagner de 2,9 milliards de dollars jamaïcains ;

Élevage : le secteur de la volaille est particulièrement sinistré, avec la perte de plus de 1,2 million de poulets (couvre plus de 50 % des pondeuses du pays) et des dommages évalués à 2 milliards de dollars jamaïcains. Des milliers de porcs, petits ruminants et bovins ont également été perdus.

Le ministre Green a confirmé que des mesures immédiates devront être prises pour faciliter l'importation d'articles cruciaux, notamment des œufs de table, ainsi que de fruits et légumes sélectionnés (tomates, laitues, carottes) afin de stabiliser les stocks et de protéger le pouvoir d'achat des ménages. Un plan de relance de trois milliards de dollars jamaïcains est annoncé.

Une flambée de leptospirose

Outre les dégâts matériels, le passage de l'ouragan a créé un terrain propice à la propagation d'une menace invisible et potentiellement fatale : la leptospirose. Les autorités sanitaires de l'île ont lancé un avertissement d'une extrême gravité, exhortant la population à une vigilance maximale alors que des cas suspects émergent déjà dans les communautés touchées par les inondations. Le docteur Jacquiline Bisasor-McKenzie, médecin-chef (CMO) au ministère de la Santé, a confirmé l'ouverture d'enquêtes sur plusieurs cas présumés. L'analyse est sans appel : les conditions actuelles sont idéales pour l'éclosion de la maladie. La persistance des eaux stagnantes, mélangées aux excréments et à l'urine des animaux, constitue le cocktail parfait pour la prolifération de la bactérie responsable de la leptospirose. Face à ce péril sanitaire, les autorités misent avant tout sur la responsabilité individuelle et une série de précautions simples, mais cruciales, pour briser la chaîne de contamination. Le ministère de la Santé conseille formellement aux habitants des zones sinistrées de porter des chaussures ou des bottes de protection, éviter le contact avec l'eau stagnante, etc. 

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