" Nous sommes les grands oubliés " du dispositif carburant, regrette la FRBTP
Le président de la Fédération régionale du BTP de Guyane, Mathieu Antoinette redoute des chantiers déficitaires pour les entreprises de construction
Le secteur du bâtiment et des travaux publics accuse le coup. À sa sortie de la réunion organisée par la préfecture, la veille de l'annonce de l'augmentation des prix à la pompe de 20 centimes, Mathieu Antoinette, président de la FRBTP en Guyane, a fait part de sa déception : " Nous regrettons, encore une fois, que le secteur du BTP et les carrières soient les grands oubliés de ce dispositif. "
Il évoque le GNR, ou gazole non routier. C'est le carburant destiné aux engins qui ne circulent pas sur la route : pelleteuses, bulldozers, grues, engins de carrière ou matériel agricole. Il bénéficie généralement d'une fiscalité allégée par rapport au gazole routier, ce qui pèse directement sur le coût d'un chantier.
En Guyane, l'activité du BTP ne bénéficie pas de ce dispositif. La baisse de 15 centimes appliquée sur ce carburant ne s'applique donc pas aux entreprises du territoire. " C'est une perte colossale ", insiste Mathieu Antoinette.
Interrogé sur une éventuelle baisse de la taxe sur les carburants par la CTG, Mathieu Antoinette écarte cette piste : la fédération ne réclame pas une baisse généralisée. Sa demande est ailleurs : " Pouvoir bénéficier du GNR, comme les autres territoires français ", dans un cadre défini.
Des chantiers signés il y a plusieurs années
Le président de la FRBTP rappelle les spécificités du secteur : les entreprises facturent selon l'avancement des travaux, et certaines opérations, signées il y a plusieurs années, sont réalisées aujourd'hui avec des surcoûts immédiats. Or, les actualisations et révisions de prix, indexées sur des indices nationaux, " ne reflètent pas la réalité " du territoire. " Dans tous les cas, on est sur des chantiers qui vont être déficitaires ", prévient-il.
Si la baisse de la taxe sur les carburants, autrement appelée accise sur les énergies, à hauteur d'environ 0,42 centimes pour le gazole et de 0,64 centimes pour le sans-plomb, coûterait trop cher à la CTG, car elle serait trop globale, une autre possibilité existe : baisser l'octroi de mer sur les intrants*. Si on ajoute l'octroi de mer et l'octroi de mer régional sur les carburants on atteint 0,70 cts de taxe de la CTG sur le sans plomb et 0,49 cts sur le gazol.
Baisser l'octroi de mer
" Nous sommes pour, mais nous attendons les chiffres des douanes pour savoir combien cela nous coûterait ", assure Grégoire Michau, directeur général des services de la CTG. Depuis deux ans, le service chargé de l'octroi de mer à la CTG demande les statistiques aux douanes, sans obtenir de réponse.
" Jusqu'en 2022, nous avions ces chiffres. Nous avons pu baisser le nombre de taux d'octroi de mer appliqués. Nous sommes passés de 36 taux en 2019 à 12 en 2024. Et nous voulons tomber à six taux, mais nous sommes bloqués ", remarque un spécialiste de cette taxe en Guyane.
L'élu délégué aux finances, Lucien Alexander, soutient son équipe. " Comment voulez-vous qu'on baisse nos revenus si on ne peut pas se projeter, surtout dans un cadre budgétaire contraint ? La CTG a perdu 90 millions d'euros de dotation de la part de l'État : 70 millions en fonctionnement et 20 millions en investissement. "
Nous avons joint les douanes. Nous sommes dans l'attente de leur réponse.
*Quand en 2022, la CTG avait baissé de 5 cts pendant près d'un mois, la part de sa taxe sur les carburants, cela lui avait coûté 850 000 euros.
Les chiffres de la crise du BTP au premier semestre 2026
- Volume d'affaires publié : -37,6 % (137,9 → 86,0 M€), alors que le nombre d'AO augmente de 14,3 %. Il y a donc plus de marchés, mais plus petits. Le mois de juin est très faible (2,4 M€).
- Prix du bitume : 735 €/t en 2025, soit environ 31 % de plus qu'en 2019 (562 €/t) et 9 % au-dessus de la moyenne de la période. C'est le seul indicateur de coût du dossier, et il illustre bien la hausse des surcoûts dont parle M. Antoinette.
- Permis de construire : -19,1 % en 2025 (418 contre 517). Les logements collectifs s'effondrent (-49,4 %) et les locaux non résidentiels reculent de 30 %. Cela annonce moins de chantiers dans les mois à venir.
- Carrières : sable -20 %, roche -13,5 %, latérite +100 %. La latérite sert aux remblais et terrassements, ce qui suggère une activité tirée par les terrassements plutôt que par le bâti.
- Intérimaires : environ 920 ETP en mars 2026, contre 1 200 fin 2024. C'est un signe de ralentissement.
sources: CELLULE ECONOMIQUE REGIONALE DE LA CONSTRUCTION DE GUYANE (CERC)

La radio 100% Caraïbes

- Suivez-nous
-
-
-
-
-
-
S'inscrire aux newsletters