Suriname : les longues fiançailles avec TotalEnergies
Avec neuf milliards de dollars d’investissements directs et une recette nette d’un milliard de dollars par an pour le gouvernement, la visite du PDG de TotalEnergies au Suriname, Patrick Pouyanné, est résolument porteuse de bonnes nouvelles. Oui, mais…
L’arrivée, hier, au Suriname, du patron du géant pétrolier français TotalEnergies était ‘’très attendue’’. La formule consacrée est faible, quand on a observé la fébrilité qui régnait hier à Paramaribo. Sa déclaration officielle a, en effet valeur, de sentence pour le futur économique du pays :
‘’Les études de développement du Bloc 58 que nous lançons aujourd’hui constituent une étape majeure vers la mise en valeur des ressources pétrolières du Suriname, la production du site pourrait s'élever à 200 000 barils/jour.’’
Quand on entre dans les détails, le plan de Total se décompose en plusieurs phases. De maintenant à la fin de 2024, une phase préparatoire va permettre de relier les différents puits du bloc 58 entre eux et pour établir les conditions de production. Total va opérer un investissement de 9 milliards de dollars, ce qui, d’une manière ou l’autre, va déjà profiter au pays avec des retombées induites. La réelle phase de production débutera en 2028 avec une production de 200.000 barils/jour. La décision de son lancement sera prise dans un an.
‘’20 % des recettes iront à Staatsolie*, ce qui signifie en clair : 20 milliards de dollars de recettes en 20 ans. Recettes uniquement pour l'État’’, a conclu Chan Santokhi, le Président du Suriname. Cette précision est importante, elle signifie 1 milliard par an en plus, pour un pays dont le PIB officiel atteint péniblement 3 milliards. C’est donc une prévision de croissance du PIB de 30 % qui est annoncée.
Cette aubaine doit cependant s’entendre avec la précision qu’elle débutera en 2028, au mieux, les observateurs spécialisés estiment en fait que les réelles arrivées d’argent du pétrole dans les caisses de l’État sont pour 2030. C’est long.
Les cinq années de purgatoire qui s’annoncent, ne seront pas un fleuve tranquille. Le pays est économiquement exsangue, le moral est bas et les perspectives sont compliquées. L’environnement politique intérieur est fracturé, alors qu’au niveau international, la recomposition des influences offre les flancs du pays à toutes les convoitises, celles de la Chine au premier rang, semble-t-il. Les années qui séparent le Suriname de sa prospérité pétrolière vont ressembler à un long marathon.
(*Staatsolie : compagnie pétrolière d’Etat du Suriname : Staats = Etat, Olie = pétrole)
La zone pétrolifère
Les puits de pétrole du Suriname, se situent en mer à 200 km des côtes. Ils sont à l’extrême Ouest de la zone maritime du pays, le long de la séparation des eaux territoriales avec le Guyana. L’attention se concentre, pour l’instant, sur le ‘’Bloc 58’’, zone explorée par Total et Apache. Les découvertes massives de pétrole cachées dans les champs de Sapakara Sud et Krabdagu, constituent près de 700 millions de barils au total. Les réservoirs se trouvent à des profondeurs d’eau comprises entre 100 et 1 000 mètres. Un navire flottant de production, de stockage et de déchargement (FPSO) d’une capacité de production de 200 000 barils par jour (bpj) sera utilisé, relié à des puits sous-marins.

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