Grève à Air Antilles Express : "On se dirige vers un conflit très dur"
Le personnel du groupe CAIRE qui englobe les compagnies aériennes Air Antilles Express et Air Guyane, affilié au Syndicat national des pilotes de ligne (SNPL) a déposé, ce lundi 17 juillet un préavis de grève illimité. Les pilotes et les quelques personnels naviguants qui ont rejoint ou soutiennent le mouvement, se désolent de la surdité de la direction de l'entreprise qui refuse, selon eux, le dialogue social.
C'est la deuxième fois en six mois que le torchon brûle entre les personnels des compagnies Air Antilles et Air Guyane et leur actionnaire principal Éric Koury. En décembre 2022, en pleine période de vacances scolaires, le personnel avait alerté sur sa rémunération et sur ses conditions de travail. Pour sortir de la crise, les deux parties s'étaient entendues sur des revalorisations salariales décaissées selon un calendrier précis.
Or, sept mois plus tard, la direction du groupe CAIRE n'aurait toujours pas procédé au versement de ces revalorisations, poussant les pilotes à renouveler leur mobilisation. De plus, le personnel se lasse de la tournure toxique du dialogue social au sein de la compagnie qui semble toujours voué à l'impasse.
Pour tenter de faire bouger les lignes, les pilotes veulent un conflit dur dont la mise en place n'était possible qu'après un referendum auprès des salariés, conformément aux status du SNPL. C'est désormais chose faite puisque la grève est sortie largement majoritaire du vote.
"C'est bien simple, c'est la première fois que je vois une telle unanimité dans un vote. Le personnel en grève a le soutien de ses collègues, même des personnels non-grévistes. C'est dire le raz-le-bol, mais aussi le climat de dédin, de peur et de mépris qu'a instauré Éric Koury à l'endroit de ses employés." estime Vivien Rousseau, membre du bureau exécutif du SNPL national à Paris.
L'homme est formel, depuis le dépôt de préavis de grève, aucun membre de la direction n'est entré en contact avec les représentants syndicaux, au moins pour consulter, ou discuter de la plateforme de revendications.
"Pour négocier, il faut vouloir parler, échanger, discuter. Or, ce n'est pas la ligne de conduite d'Éric Koury. Il ne discute jamais. Il ne négocie pas. Les pilotes ont proposé une base de négociation qu'il a balayé." complète Vivien Rousseau.
De son côté, Éric Koury s'étonne de la virulence de ces accusations.
"Je vous invite à consulter les revendications du personnel grévistes. Parmi elles, on peut lire qu'il souhaite se débarasser du PDG actionnaire. Or, aujourd'hui, ils veulent me rencontrer ? J'ai mis à leur disposition mon directeur général, Richard Dendievel, qui a tout pouvoir pour mettre en oeuvre leurs revendications et les a déjà rencontrés." contre le PDG
Faux répondent les pilotes. En effet, si une rencontre s'est bien tenue avec Richard Dendievel, il leur aurait alors précisé en liminaire de la séance qu'il n'avait ni pouvoir décisionnaire, ni pouvoir financier et qu'il se contentait de noter leurs revendications pour les remonter à la présidence.
La joute entre le personnel en grève et la direction est d'autant plus féroce qu'elle se cristallise autour de points d'ordre financiers. En effet, en dehors de l'amélioration des conditions de travail, les pilotes se plaignent des salaires qui n'augmentent pas et ne sont bonifiés par aucune prime.
"Je connais très bien le marché de l'aérien non seulement dans la caraïbe, mais aussi dans l'Europe et l'Hexagone et je peux vous dire que M.Koury est celui qui paie le moins. Le salaire des co-pilotes frise le smic et certaines hôtesses sont en-dessous du smic. C'est très compliqué dans un contexte inflationniste international et il refuse de revaloriser ses employés." constate Vivien Rousseau.
Une accusation que l'intéressé réfute fortement. Il estime que les revalorisations demandées par les pilotes correspondent à une augmentation de 40 voire 45%.
"Ce n'est ni raisonnable, ni responsable. Si on applique ce que demandent les employés, la revalorisation correspondrait à une somme totale de 2,5 millions d'euros, uniquement pour les pilotes. Je crois plutôt que ces employés jouent avec leur outil de travail."
Les pilotes, eux, sourient doucement. Ils estiment que la moitié de cette somme suffirait à revaloriser l'ensemble du personnel de la compagnie.
"Les chiffres changent tout le temps avec M.Koury" ironise Brieuc Hardy, représentant du personnel en grève. Il est soutenu par Vivien Rousseau "C'est à croire que M.Koury méconnaît son volume salarial. Les pilotes et les hôtesses aiment cette entreprise et n'entendent pas la fragiliser. En vérité, avec la moitié de cette somme on revalorise les carrières de l'ensemble des employés du groupe, d'autant que nombre de revendications n'ont pas d'impact financier lourd."
Par exemple, la mise à disposition d'un meilleur plateau repas pour le personnel qui effectue de longues heures de navigation demanderait un investissement supplémentaire de quelques euros par plateau repas.
La santé financière de l'entreprise interroge l'ensemble du personnel. Elle n'a pas été épargnée par la crise Covid et est engagée depuis 2020 dans une procédure de retructuration surveillée par une administratrice ad hoc. Au cours de son travail, elle a déjà pu se rendre compte qu'en 20 ans, les instances représentatives du personnel n'avaient jamais eu de retour sur les comptes de l'entreprise. Les deux parties se rencontrent assez peu alors que dans le processus de restructuration, vingt-six rencontres étaient actées. À ce jour, seules 6 ont en effet eu lieu. Le personnel, par la voix de ses représentants, assure vouloir la pérennité de la compagnie, quitte à faire des efforts sur ses revendications. Mais le silence de la direction et l'opacité autour des finances du groupe ne sont pas faits pour les rassurer.
Pour le moment, aucune rencontre n'est prévue entre la direction et les employés en grève. Les liaisons, elles, restent fortement perturbées.

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