Des titans de l'agriculture péyi
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Des titans de l'agriculture péyi

Rosane FAYET
Pour que ses 20 hectares de bananes plantains soient rentables, Jean-Hubert François devrait multiplier par 5 ou 6 son exploitation (RF)
Pour que ses 20 hectares de bananes plantains soient rentables, Jean-Hubert François devrait multiplier par 5 ou 6 son exploitation (RF)

Mercredi, le président de Région visitait différentes exploitations agricoles, entre Montsinéry et Macouria. Il y a notamment promis l'aménagement d'une piste agricole à Risquetout ouest. Tour d'horizon des problématiques rencontrées par de jeunes agriculteurs.

Baser son exploitation agricole en pleine forêt primaire, sur des reliefs hostiles... ils sont plus d'une centaine à s'être lancés dans la folle aventure.
1. PRÉ-FINANCEMENT
Gabrielle Nicolas, vice-présidente de la Chambre d'agriculture et présidente de l'Apapag, milite en ce sens. « L'autofinancement est le principal point à améliorer. Ainsi que la façon d'accéder aux aides. » Tous sont gratifiants des subventions du Feader et de la Région. Même si les procédures mériteraient d'être simplifiées, considère Gabrielle. Pour elle, heureusement qu'il y a l'encadrement associatif. Mais « le plus dur » reste de trouver les 25%, ou plus, d'apport personnel. « Les banques ne prêtent pas ; les fonds de garantie ça ne marche pas ; et du côté de la BPI on se demande pourquoi l'agriculture n'est pas éligible. Il faut un véritable accompagnement dans la recherche du prêt bancaire. »
2. APPUI TECHNIQUE
« Nous n'avons aucune aide technique! » regrette Gabrielle Nicolas. Ne tirant pas de bénéfices de son élevage de moutons, elle doit son gagne-pain à ses 6 000 m2 de maraîchage. Il arrive souvent que des légumes soient malades. « Je fais comme je peux en cherchant sur internet mais ce n'est pas possible. Je suis ingénieur pourtant. Ça ne bouge pas non plus au niveau de la recherche » , lance-t-elle, démunie. Elle pointe du doigt ses concombres complètement ravagés. Des pertes considérables et pas assurées. Chloé Magnone, agricultrice sur la piste de Risquetout ouest, regrette de son côté, l'absence de vétérinaires spécialisés.
3. « LE MONDE RÉEL »
« Entre le terrain et la réalité administrative, il y a un monde » , estime Jean-Hubert, 32 ans, président du syndicat des Jeunes agriculteurs. La raison de sa colère : le refus de la Daf d'aider au financement de certains outils. « L'aide à la déforestation finie, ils estiment qu'ils ont assez donné. Mais le travail d'après est énorme! » Comme le ramassage des tonnes de déchets verts. « La location d'une mini-pelle me coûte 1 000 euros par jour! » Faute d'aide publique, il fait jouer la solidarité. « Mon autoportée, j'ai dû l'acheter. Pour eux, une simple débroussailleuse suffirait pour tout ça (plus de 20 hectares à tondre, ndlr). L'explication fournie par la Daf est que ce matériel ne relève pas du domaine agricole mais du BTP ou de l'entretien d'espace vert. »
À Risquetout, depuis trois ans, Jean-Philippe et Chloé ont investi 25 hectares sur les 75 qui leur ont été attribués. Un chantier titanesque au milieu des collines (avec des pentes à 15%). Les hectares restant sont « inexploitables » , s'alarme-t-elle. En cause : la topographie (précipices, criques...). Un agent de France domaine explique que sur les plans du cadastre, il n'y a pas de détail de relief. La seule solution pour le couple aurait été de se munir lui-même d'une carte IGN.
4. ISOLEMENT
Bien qu'à seulement 11 km de la route départementale, « le plus important » pour ce couple est de « communiquer avec l'extérieur. Nous sommes aussi des chefs d'entreprise mais sans téléphone, ni internet, ni fax. Et niveau sécurité, si on fait un accident, qui viendra ? Il y a des clandestins qui volent et vous tirent dessus. On ne voit plus les gendarmes. » Pas d'électricité ni d'eau potable non plus. Éleveurs de lapins, cela restreint la production (ils ont dû étendre leur projet au bovin et au caprin). Car sans abattoir agréé, impossible de trouver des preneurs en boucherie ou en restauration. Leur gros équipement en énergie solaire ne suffirait pas. « Comment appliquer des normes européennes! ? » C'est aussi leur « besoin urgent de salariés » qui est freiné : « Personne ne veut venir! »
5. DES RÉPONSES
Le réseau électrique le plus proche est à 7 km. Pour le premier vice-président du conseil régional, la résolution de ce problème « ne demande pas de choses trop compliquées. On pourra faire une extension avec relais qui bénéficiera à toute la zone. » Comme le couple, ils sont un peu plus de 25 exploitants sur la piste. Aux manettes des fonds européens depuis le début du mois, Rodolphe Alexandre répond par ailleurs : « Nous sommes prêts à intervenir, comme pour les pistes agricoles de Mana ou Cacao. Je m'engage à revoir les cadres dérogatoires et préparer un rapport très prochainement pour le proposer à la commission permanente. »
Gabrielle Nicolas fait sentir ses aromates.
Gabrielle Nicolas fait sentir ses aromates.
REPÈRES
- Les sigles
- Apapag : Association pour la promotion de l'agriculture et des produits agricoles de Guyane.
- Feader : Fonds européen agricole pour le développement rural.
- BPI : Banque publique d'investissement.
- IGN : Institut national de l'information géographique et forestière.
- ONF : Office national des forêts.
(Rosane Fayet)
(Rosane Fayet)

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