L’interview Dèyè mask : Jacques Chinon, quel carnavalier est-il ?
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L’interview Dèyè mask : Jacques Chinon, quel carnavalier est-il ?

TV MAG / Audrey Virassamy / Photos : Kathryn Vulpillat

© Photos : K.V.

Le boxeur est le premier à se plier, cette année, à notre jeu de l’interview Déyè mask. Si, au fil des années Jacques Chinon a perdu le goût des cavalcades, il reste un fervent disciple de Nana, malgré une première expérience plutôt surprenante en dancing à l’âge de 17 ans.

TV Magazine : Que vous évoque le mot « carnaval » ?
Jacques Chinon : C’est toute mon enfance, toute ma jeunesse ! Déjà, pour avoir le droit d’aller voir les touloulou, il fallait un bon carnet scolaire. C’était encore plus difficile d’avoir l’autorisation de se déguiser.
Quand avez-vous pu le faire pour la première fois ?
J’avais 17 ans. C’était un déguisement d’Hercule. En fait, on était toute une bande de copains de la rue du Lieutenant Brassé. On faisait du culturisme, on aimait les films avec le Guadeloupéen Serge Nubret et tous les acteurs américains qui faisaient du culturisme. Du coup, on était tous habillés comme des gladiateurs avec les jupettes, tous muscles dehors.
Quels sont vos premiers souvenirs de carnaval ?
J’ai été élevé dans le carnaval traditionnel. Mon père était musicien. Il a joué avec Gaston Lindor et le père Egalgi. Mon père faisait de la batterie, au départ, puis il a joué du saxo. Lorsqu’il est décédé, monmère m’a donné son saxo. Moi, je voyais mon père sur scène lors des fêtes de Cayenne et je voulais faire comme lui. Mais pour lui, ce n’était pas bien d’être musicien et il ne m’a pas encouragé ; Alors je me suis orienté vers le sport.
À cette époque, qu’est-ce qui vous plaisait le plus dans le carnaval ?
J’aimais beaucoup les défilés du dimanche. Il fallait réfléchir et avec peu de choses on faisait un déguisement. Je me souviens d’une année où nous étions déguisés en écoliers. On chantait « Sur le pont d’Avignon » en nous moquant des prostituées, de personnes qui existaient. J’ai cessé de défiler en 71, lorsque je suis parti de la Guyane. J’avais 21 ans.
Depuis, vous n’avez jamais eu envie de recommencer ?
Lorsque je revenais en Guyane, c’était pendant les vacances, donc pas à la bonne période. Après, je suis rentré définitivement en 1984. Mais les mentalités avaient changé. Il n’y avait plus ce respect du carnaval. J’estimais que je n’y avais plus ma place. J’ai même arrêté d’aller voir les touloulou de 5 heures du matin.
Et vos premiers pas dans les dancings ?
Je suis un inconditionnel de Nana. La première fois que j’ai réussi à passer pour y aller, je devais avoir 16 ou 17 ans. Avec les copains, on était passés par le bois derrière. Parmi notre groupe d’amis, j’étais le seul qu’un touloulou avait invité. J’étais heureux et très fier d’être celui qui avait dansé ! Et quand je suis rentré chez moi, surprise ! La voisine a dit à ma mère « mo wè to gason, mo fè’l dansé ! » Je me souviens bien de la voisine, Anna. C’était une dame d’un certain âge. J’étais tellement gêné ! Je m’en souviens encore !
Ça ne vous a pas coupé l’envie d’y retourner ?
À partir de là, il faut se dire qu’on y va pour s’amuser. Il ne faut pas chercher à savoir qui est derrière le masque sinon on va être déçu.
Qu’est-ce qui vous plaît tant chez Nana ?
La musique, l’orchestre, l’ambiance. Pour moi, la musique passe avant la danse. J’ai essayé Polina une fois mais je n’ai pas mes repères là-bas. Chez Nana, je suis près du bar et mes touloulou le savent.
« Vos » touloulou ?
Les femmes se déguisent et on ne les reconnaît pas. Mais au fil des années, on sait qu’on danse avec les mêmes. Je ne veux pas savoir qui c’est. On se souhaite la bonne année, on danse et c’est tout.
Avez-vous tenté les bals tololo ?
Une ou deux fois. Mais je trouve que les femmes ne dansent pas avec nous comme on danse avec elles au dancing. Dans un bal tololo, les femmes mettent une certaine réserve. Elles ne se lâchent pas comme nous.
Comment avez-vous choisi vos cavalières ?
J’ai choisi les grosses, celles qu’on n’invite pas. Je trouve ça triste les femmes qui dansent seules parce qu’on ne les invite pas.
Et chez Nana, vous dansez beaucoup ?
oh là ! Ça a bien diminué ! J’ai un copain qui faisait une trentaine de danses par soirée, et l’an dernier, il n’en a fait que cinq. Moi aussi mon quota a baissé. Peut-être que mes touloulou sont retraitées ou décédées… Mon quota était entre 10 et 14 danses…
Parmi les touloulou de rue, quel est votre préféré ?
Le Jé Farin. C’est un sportif parce qu’il lui faut courir pour attraper les gens. Et puis il nous fait courir aussi ! Une seule fois j’ai été attrapé par un Jé Farine. Ça ne m’est pas arrivé deux fois ! Parce qu’il m'a fallu du temps qu’il a fallu pour enlever la farine de mes cheveux !
Quel regard portez-vous sur le carnaval d’aujourd’hui ?
Je le trouve trop sophistiqué. Avant on s’habillait avec une robe trouvée sous le lit de notre grand-mère. Avec n’importe quoi on se déguisait. On allait chez Monsieur Clarck, rue Christophe Colomb. C’était le Père Noël du carnaval. Il avait tout ce qu’il nous fallait. Aujourd’hui, il n’y a plus de respect dans le carnaval. Si un garçon veut se déguiser, il met un soutien et un slip. Ce n’est pas parce que c’est carnaval qu’on est obligé d’être vulgaire !
La rédaction de TV Magazine remercie Sabine Donzenac de S’tetik Club pour la réalisation du maquillage et l’artiste Guy Benth pour celle de la fresque murale en décor de notre rubrique.

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