L'exposition "Au-delà" prend racine à Cayenne
Ce lundi 17 août, près de 150 personnes se sont rendues à l’Abattis pour célébrer la réouverture du tiers-lieu et découvrir l’exposition « Au-delà »
Ce lundi 17 août, près de 150 personnes ont assisté à la réouverture de l’Abattis, avec le vernissage de l’exposition « Au-delà ». Imaginée par le curateur Cedex Gril, l’exposition itinérante, passée par Camopi, Javouhey et Saint-Laurent du Maroni, réunit trois artistes issues de communautés autochtones, Ti’iwan Couchili, Clarisse Taulewali Da Silva et Tu’ya Wale Thérèse, jusqu’au 30 août.
Peinture, illustrations, matières, spiritualité : leurs pratiques sont différentes, leurs parcours aussi. Mais c’est précisément cette diversité que le curateur Cedex Gril a choisi d’interroger. Ce qui se trouve « au-delà » de l’art, des frontières et des origines.
Pour Tilda Oxybel, directrice de production de l’Abattis, il s’agit de montrer que l’art « n’est pas que figé, cloisonné » mais « qu’il évolue, notamment à travers la transmission et la transformation des traditions entre plusieurs générations . »
Chez les trois artistes, cette idée d’« au-delà » semble d’abord se construire à partir de leur héritage culturel, mais chacune l’aborde avec ses propres outils.
Pour Clarisse Taulewali Da Silva, il s’agit d’aller « au-delà de tout, des origines, des sentiments, des couleurs, des frontières ». Diplômée des Beaux-Arts de Paris, la jeune artiste kali’na, âgée d’une vingtaine d’années, développe aujourd’hui une pratique nourrie par son héritage kali’na : perles, broderie, tatouage et travail de la matière.
Cette volonté de faire évoluer un héritage se retrouve chez Ti’iwan Couchili. Artiste issue des nations wayãpi, teko et wayana, elle pratique depuis plus de trente ans la peinture traditionnelle sur bois, à l’origine notamment autour du maluwana. Elle reprend des motifs et le savoir-faire transmis dans sa famille, tout en les réintèrprétant. Son parcours illustre ainsi une tradition qui ne reste pas immobile.
Pour Clarisse aussi, le passage de Paris à la Guyane a modifié sa manière de créer. « Depuis que je suis diplômée et implantée en Guyane, ma technique a changé », explique-t-elle, évoquant notamment l’influence du climat et de son environnement sur son travail.
Avec Tu’ya Wale Thérèse, l'"Au-délà" se situe davantage du coté de l'invisible et du spirituel. Ses œuvres cherchent à transformer le mouvement en image. Artiste autodidacte, illustratrice, aquarelliste, performeuse et musicienne, elle nourrit sa pratique de son rapport à la nature, de la danse et de la méditation . « Je suis un pont entre le ciel et la terre », explique-t-elle. Pour elle, la création passe par l'intuition : « Mes oeuvres sont parfois prémonitoires.»
Trois parcours, trois générations et trois rapports à la transmission. Ti'iwan porte plus plus de trente ans de pratique et Clarisse réinvestit son héritage de manière politique avec les outils de l'art contemportain: « le monde politique et le monde artistique, c'est mon coeur et mon poumon.» affirme-t-elle. Tu'ya développe une pratique plus transversale. « On a toutes choisi d'être des pont, mais on n'a pas choisi les mêmes combats, c'est comme ça qu'on se complète.» résume-t-elle.
Avec « Au-delà », Cedex Gril propose finalement une exposition où les héritages ne sont pas figés : ils circulent entre les générations, se transforment et ouvrent de nouveaux espaces de création.
L'exposition « Au-delà » est à dévouvrir à l'Abattis du 17 au 30 août 2026, sur rendez-vous.

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