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Religion - fin du ramadan

Jawad Bensalah : « Il n’y aura pas de prière de l’Aïd cette année, ensemble »

Propos recueillis par Stéphane HESPEL Vendredi 22 Mai 2020 - 16h49
Jawad Bensalah : « Il n’y aura pas de prière de l’Aïd cette année, ensemble »
La réouverture des lieux de culte est autorisée. La célébration de cérémonies, en présence de plus de 10 personnes, ne l'est toujours pas. En médaillon, Jawad Bensalah, président de l'Association culturelle et caritative des musulmans de la Guyane française. - Photos DR

Samedi soir, c'est la fin du ramadan. Un mois sacré pour les fidèles mais… pas tout à fait ordinaire en cette période de crise sanitaire. L'Aïd el-Fitr sera célébrée durant trois jours, à partir de dimanche. Jawad Bensalah, président de l'Association culturelle et caritative des musulmans de la Guyane française (A2CMGF) nous raconte comment les pratiquants ont vécu cette période. 

Comment le ramadan s'est-il déroulé cette année en Guyane ?
« Pour les musulmans, le ramadan est un mois de solidarité, de convivialité, de relations sociales… rythmé par la rupture du jeûne, qui se fait en famille. Les familles invitent d’autres familles. Il y a aussi les prières surérogatoires (en plus des cinq prières quotidiennes, en commun, ndlr), la Nuit du destin (nuit durant laquelle le Coran a été révélé au prophète).

Normalement, cette période est parsemée de temps forts avec beaucoup de rassemblements… Cette année, malheureusement, on a dû tout arrêter. Les musulmans de Guyane ont été parmi les premiers qui ont fermé leurs lieux de culte, leurs trois salles de prières, dirigées par des associations qui s’occupent de la partie cultuelle mais aussi culturelle, artistique, caritatif… »

Justement, comment avez-vous fait pour vous adapter ?
« On a senti très tôt la gravité de cette épidémie. On a vraiment essayé de faire le plus tôt de la pédagogie auprès des fidèles. Il fallait faire comprendre à tous que l’heure était grave. Avec la nécessité de rester chez soi pour prier. On a aussi essayé de développer le côté réseaux sociaux pour que les personnes restent en contact. En essayant toujours aussi d’expliquer au fur et à mesure l’évolution de l’épidémie.

Dans l’Islam, sauver la vie humaine est une des choses les plus importantes. Ça passe avant la célébration du culte de façon collective.
Nous avons aussi essayé, depuis la création de l’association, il y a un peu plus de deux ans, de développer un sens de responsabilité citoyenne. Dans cette période, on cherche à être solidaire, responsable et à participer à l’effort citoyen pour lutter contre l’expansion de cette épidémie.

D’un point de vue pédagogique, nous avons également fait des rediffusions de prières surérogatoires qui se sont déroulées à La Mecque. Les musulmans de Guyane ont ainsi pu se rendre compte que ces prières avaient lieu avec un nombre restreint de fidèles. Et que ces restrictions sont valables pour tous. Partout. Il y a eu tout un accompagnement également avec la diffusion de direct en liaison avec les musulmans de l’Hexagone. »
Certains actions ou traditions ont-elles néanmoins été respectées ?
« Oui, nous avons maintenu les actions caritatives et de solidarité. Il y a par exemple l’aumône de la fin du ramadan. Chacun doit donner 7 euros. Cette collecte est redistribuée avant la nuit du samedi qui précède la fin du mois sacré aux musulmans les plus nécessiteux de Guyane. Afin qu’ils puissent se trouver dans une bonne situation pour les trois jours de l’Aïd, qu’ils puissent le fêter.

On a aussi eu une opération pour financer un don de Coran. Les musulmans ne sont pas tous arabes. Il y a des musulmans français, javanais… qui ne peuvent lire le Coran en arabe. Cette année ont a financé un achat d’un Coran bilingue, français-arabe. Mais la logistique est compliquée en ce moment. Nous n’avons pas encore reçu ces exemplaires. C’est un Coran qui reflète l’Islam tolérant, républicain, de France. C’est une traduction certifiée qui reflète les vrais principes de l’Islam.

Aussi, avec notre association médicale humanitaire, nous avons organisé une distribution de 200 colis alimentaires pour des musulmans et des non musulmans. Le seul critère retenu était celui d’être dans le besoin. Cela s’est fait en collaboration avec d’autres associations, mais aussi avec des infirmières libérales. Elle était destinée aux personnes qui ont des problèmes de santé, qui ne peuvent pas se déplacer pour aller chercher un colis d’autres œuvres caritatives.

On a aussi travaillé avec le Secours catholique. C’était pour les colis vestimentaires qui étaient destinés aux sinistrés des inondations à Camopi. »
Dimanche, c’est la fête de l'Aïd el-Fitr, qui marque la fin du mois sacré.
« Un décret préfectoral autorise la réouverture des lieux de culte. Mais n’autorise pas les cérémonies. On ne peut pas dépasser la limite de 10 personnes et respecter une zone de 4 m2 pour chacun. Donc, pour la journée de dimanche, on a essayé aussi d’anticiper et de mettre au courant les fidèles, le plus tôt possible, pour leur dire ce qui est autorisé et ce qui ne l’est pas.

Il n’y aura donc pas de prière de l’Aïd cette année, ensemble. Chacun doit prier chez soi. »

 
Bientôt une salle de prière à Kourou
Deux salles de prière existent à Cayenne et une à Saint-Laurent. Et une autre prochainement à Kourou. Il n’y a pas de mosquée en Guyane. « Il y avait un besoin depuis plusieurs moments. Il y a une cinquantaine de musulmans qui fréquentent ces lieux. C’est nécessaire surtout pour les prières du vendredi, explique Jawad Bensalah. Et d’ajouter que : « Certaines personnes faisaient jusqu’à 120 km pour venir à Cayenne. Notamment quand des techniciens et des ingénieurs de pays musulmans viennent pour l’envoi de satellites au centre spatial guyanais (CSG). C’est arrivé récemment pour un satellite marocain. Ces personnes sont souvent là pour plusieurs semaines. Il y a eu aussi un musulman qui venait d’Inde qui venait nous voir le vendredi.

La salle de Kourou est encore à la phase de projet. Elle n’est pas ouverte. «  Nous avons ouvert un financement basé sur les dons. Il n’y ni financement de l’Etat français, puisque c’est un lieu de culte, ni d’un autre pays. Ce financement est basé sur les musulmans de Guyane. On louera une maison, dans les jours qui viennent. Mais on attendra le 2 juin pour voir comment on pourra fonctionner et qu’elles seront les recommandations applicables en Guyane. »
 






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