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SOCIÉTÉ

Souffrance au travail le mal silencieux

Albert ALEXIS Mardi 17 septembre 2013
Souffrance au travail le mal silencieux

C'est un mal qui ne dit pas son nom. Il existe peu de statistiques locales sur les souffrances au travail. Rencontre avec des travailleurs marqués par du harcèlement ou des formes de management anxiogènes.

Ils sont bien instruits, occupent des fonctions à responsabilité, mais face à des pressions répétées, certaines formes de harcèlement difficiles à prouver, beaucoup avouent perdre pied. « Le matin, il arrive que les salariés aient quelques minutes de retard, pas grand-chose, moins d'un quart d'heure, mais on vous demande de justifier les retards de chacun. J'avais l'impression de devenir une pointeuse » , confie, désabusée, Céline (1), qui occupait jusqu'à il y a peu un poste de direction dans le secteur sanitaire et social. Opposé au « flicage » dans son approche du management, ce cadre a dû faire face à une administratrice tyrannique. Le mal-être au travail se nourrit parfois d'actes de la hiérarchie mis bout à bout, comme ce chef qui arrive avant tout le monde pour vérifier sur les postes informatiques le travail fait, ou ce patron qui remet systématiquement en doute la bonne foi des salariés ou lance des remarques humiliantes en pleine réunion, devant tout le monde. Des managers et des responsables despotiques toujours plus nombreux dans le privé mais aussi dans le public, tout autant concerné par la course à l'efficience.
LA SOUFFRANCE AGGRAVÉE PAR L'ISOLEMENT
« Il faut toujours un bouc émissaire » , commente Grégoire (2), cadre supérieur dans la fonction publique territoriale, qui compare la pression exercée dans le cadre ses fonctions au supplice de Tantale, le fils de Zeus condamné par les dieux à un triple supplice éternel. Face au stress, le premier réflexe est : tenir. Tenir jusqu'à ce que le corps se fasse entendre. « Il arrive que les personnes ne réagissent que le jour où passant la main dans leurs cheveux, elles s'aperçoivent qu'il leur en reste dans la main » , soupire un psychologue, souvent confronté à ces cas de souffrance en milieu du travail. Le corps de Céline ne supportera pas ce stress insidieux mais refusant de prendre un congé, elle fera une fausse couche. « On devient presque folle, on se remet en question tout le temps » , se remémore-t-elle. Éric lui, n'aurait jamais pensé frôler l'AVC du haut de sa courte trentaine. « Je n'ai jamais eu peur de travailler pour finir un boulot » , assure-t-il. « Mais voir ton travail détruit par une personne qui ne maîtrise même pas le dossier, c'est usant » , lâche le jeune homme qui a aujourd'hui créé sa propre entreprise. L'isolement aggrave la souffrance et bien souvent, même entre collègues, « les langues ne se délient pas facilement » , reconnaît Grégoire. C'est en apprenant que les mêmes harcèlements avaient cours avec ses prédécesseurs que Céline a cessé de s'enfoncer : « Là, on se dit au fond de soi : tu n'auras pas ma peau! »
« SAVOIR PERDRE POUR GAGNER... »
Frédéric Targe met tout de même en garde, « la même situation peut être vécue comme un harcèlement par l'un et comme quelque chose de bénin pour l'autre » , explique le psychologue. Les plus touchées sont les personnes attachées à leur travail, consciencieuses. Paradoxalement, il n'est pas toujours bon de rentrer en résistance pour le professionnel. « Parfois, quand la situation est bloquée, il faut savoir perdre pour gagner... Pour retrouver une vie. »
En attendant, la situation peut empirer. Suzanne s'en souvient : « J'avais les jambes qui tremblaient à l'approche du travail. » À l'époque, elle est l'un des meilleurs éléments d'un cabinet dans le secteur libéral, tout a commencé à se dégrader après qu'elle a exprimé son besoin de formation à son patron. « Dans le monde du travail, c'est particulier. Tout le monde voit ce qui se passe mais personne ne dit rien » , estime-telle, avouant avoir frôlé la dépression. « La dépression est un signe que le corps se protège pour pouvoir mieux supporter le quotidien » , explique Frédéric Targe. Le psychologue se souvient du cas d'une agression d'un salarié à bout sur son cadre de service. Après des années, la tension accumulée s'est libérée, « il était hors de lui... Au sens propre » .
(1) Les prénoms ont été modifiés.
(2) Les prénoms ont été modifiés.
- Un thème d'actualité
La problématique du harcèlement et de la souffrance au travail de manière plus globale est une préoccupation d'actualité. La 10e édition de la semaine pour la qualité de la vie au travail est organisée par l'Aract Guyane (Association régionale pour l'amélioration des conditions de travail) du 27 septembre au 3 octobre sur le thème : « Les jeunes et la vie au travail » , un stage sur les risques psychosociaux en collectivité sera organisé à cette occasion.
Cependant, les freins ne sont pas tous levés pour autant. À peine quatre procédures mentionnant des cas de harcèlement sont enregistrées par le tribunal administratif depuis le début de l'année.
Les procédures sont longues et « ce n'est pas vraiment dans la culture locale » , annonce un professionnel.

Programme de la semaine de la qualité de vie (conférence, débat, stage) sur www.guyane.aract.fr ou sur l'infoline au 0594 25 23 63.
- L'enfer c'est l'autre...
Dans un environnement sans cesse tourné vers la notion d'efficacité, la compétition est omniprésente et l'esprit de groupe a tendance à se transformer en un enchevêtrement de stratégies individuelles d'ascension professionnelle. Dans ces enjeux de pouvoir, les abus ne sont pas rares mais les salariés victimes d'un harcèlement de la part d'un supérieur hiérarchique ne représentent que 30% des cas selon une statistique nationale. À côté de ce harcèlement descendant, on retrouve un harcèlement transversal qui concerne près de 44% des cas, c'est l'exemple de « la tête de Turc » . La souffrance vécue par le salarié naît cette fois au sein du groupe. Plus rare, il existe également les cas de harcèlement ascendant : les salariés se liguent pour harceler un chef de service par exemple.

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2 commentaires

Vos commentaires

monchou 10.10.2013

Les titres de vos articles sont polysémiques: souffrance (soufrans du nom de scene de l'instigateur de l'affaire des faux papiers papa chinois)au travail, le mal silencieux... C'est d'actualité. Comment un type comme ça...Enfin, bref....

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rienaciré 19.09.2013

le capitalisme quel progrès

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