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REPORTAGE (1/2)

Orpaillage : ce qu'il se passe aujourd'hui à Eau-Claire

Sébastien ROSELÉ Samedi 20 juillet 2013
Orpaillage : ce qu'il se passe aujourd'hui à Eau-Claire
Un soldat et un gendarme évoluent sur un ancien chantier d'orpaillage d'Eau-Claire, à 18 km au sud de Dorlin (SR)

Le site d'orpaillage d'Eau-Claire s'est fait connaître suite à une inquiétante épidémie qui a frappé les garimpeiros, en mars. Depuis, les militaires ont investi les lieux.

Le bingo du 26 juillet n'aura pas lieu. Sur le site d'orpaillage clandestin d'Eau-Claire, 18 km au sud de Dorlin, sur le territoire de la commune de Maripasoula, un grand loto devait être organisé. Les affiches étaient prêtes. Deux d'entre elles gisent au sol, près des puits de mine. Le prix de la carte était fixé à 3 grammes de métal jaune (120 euros au cours actuel), 5 grammes pour deux. Le gagnant de ce « loto » aurait remporté 300 grammes d'or.
Les militaires n'ont pas laissé le loisir aux garimpeiros d'organiser leur divertissement. Le 21 juin, ils ont mené l'opération « Tapir » visant à démanteler le site d'orpaillage clandestin tentaculaire. Tellement gigantesque qu'un de ses secteurs, long de 800 mètres, est surnommé Champs Elysées par les garimpeiros eux-mêmes. Et ce n'est qu'une infime partie d'Eau-Claire. Une première mission avait investi le site au mois d'avril. Mais les militaires n'étaient pas restés.
Ce site s'est fait connaître du grand public au mois de mars dernier quand des hordes de garimpeiros venant du site d'orpaillage avaient débarqué à Maripasoula, souffrant d'une maladie aussi inquiétante qu'inconnue (1). Un des mineurs illégaux en serait mort. Finalement, les analyses avaient conclu à une grippe H1N1 couplée à une gastro-entérite.
VINGT-TROIS CONTRE TROIS CENTS
Eau-Claire est une des très grosses zones orpaillées du département. Avant l'intervention des militaires, 3 000 personnes vivaient et travaillaient là. Désormais, la majorité des garimpeiros ont fui. La majorité mais pas tous. Trois cents d'entre eux errent là, sur 4 km2. Face à eux, 23 soldats et 4 gendarmes tiennent un poste avancé perdu au milieu de la forêt, au pied d'une colline. Vingt-trois contre trois cents. « Nous sommes vigilants mais nous ne sommes pas menacés » , rassure un militaire.
L'essentiel des mineurs d'Eau-Claire a quitté les lieux mais pas la Guyane. Ils sont « entre 500 et 1 000 stationnés sur une grosse zone d'attente à quatre ou cinq heures de marche de là » , explique un officier. En fait ils n'attendent qu'une seule chose : que les militaires partent pour reprendre le travail.
JUSQU'À UN KILO D'OR PAR PUITS ET PAR JOUR
Une impatience de reprendre le travail bien naturelle quand on sait que les deux cents puits d'Eau-Claire sont très fertiles en or. Les plus rentables peuvent produire jusqu'à un kilo d'or par jour. Tous ces anciens trous ne sont qu'à quelques centaines de mètres du camp des militaires.
Sur la colline gruyère où les puits se multiplient, des garimpeiros épient les militaires mais de loin. Il a fallu qu'au début de la mission « Tapir » , la police aux frontières en interpelle onze et crée ainsi « un impact psychologique » . Désormais, les garimpeiros se tiennent à bonne distance des soldats. Mais les extraire tous de la forêt par hélicoptère pour les expulser coûterait une fortune en trajets d'hélicoptère.
Le vacarme causé par les turbines des deux hélicos qui se sont posés le dimanche 7 juillet à Eau-Claire a donné de faux espoirs aux garimpeiros. On les voyait déjà s'agiter, pensant que les militaires partaient enfin. En fait, il s'agissait d'une délégation officielle composée du nouveau préfet Éric Spitz, du non moins nouveau chef des gendarmes le général Lambert Lucas, du procureur Ivan Auriel et du général Bernard Metz, patron des soldats. Revue des troupes et découverte du secteur.
Eau-Claire est aujourd'hui un triste spectacle. Des arbres sont abattus, des déchets laissés par les garimpeiros s'entassent un peu partout. Des planches en pagaille et des puits partout sur des hectares et des hectares. Ils n'ont pas le droit de s'aventurer dans les galeries : trop dangereux. Y mettre le feu est impossible : pas assez d'air pour assurer la combustion. Seules les poulies sont détruites et les entrées sont tant bien que mal obstruées.
1. Notre édition du 18 mars.
2. La suite du reportage à lire dans l'édition de lundi.
(1) Notre édition du 18 mars.
- Milice, médecins, drogue : la vie stupéfiante des mineurs clandestins
Chaque nouvelle mission Harpie est l'occasion de faire de nouvelles découvertes. Parfois, elles sont franchement stupéfiantes. À Eau-Claire, les militaires ont découvert des gilets sur lesquels figurait l'indication « police militaire » , écrite en portugais. Ils devaient équiper une milice chargée de faire la loi. Sur le site, « énormément de médicaments ont été découverts » . Des médecins viendraient du Brésil pour soigner les garimpeiros. Ils doivent se faire payer en grammes d'or. Des consultations juteuses. Sur les sites, les mineurs clandestins « se dopent à mort à 40 mètres de profondeur » . Ce sont des Surinamais qui leur fournissent de la cocaïne pour tenir. Au fond du trou, les travailleurs respirent avec un tuyau alimenté par un compresseur.
Même si leur vie n'est pas enviable, les garimpeiros disposent d'un peu de confort : des congélateurs et des téléviseurs à écrans plats, alimentés par des groupes électrogènes, sont très fréquents. Un tiers des effectifs est composé de femmes. « Elles sont très coquettes, il ne faut pas croire » , nous explique un militaire. Enfin, on a croisé un Asiatique à Eau-Claire. Étonnement et perplexité des militaires.
S. R.

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