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Meurtre de Patrice Clet : la dignité de la famille face aux accusés

Samir MATHIEU Mercredi 20 Novembre 2019 - 03h25
Meurtre de Patrice Clet : la dignité de la famille face aux accusés
La femme et les enfants de Patrice Clet ont témoigné lors de ce deuxième jour du procès de ses meurtriers présumés / photo d’archives - Samir MATHIEU

Le deuxième jour du procès aux assises concernant le meurtre de Patrice Clet, en novembre 2016, a été marqué par les témoignages de l’épouse de l’ancien conseiller général, de sa fille cadette et de son fils. Ce dernier a pardonné au tueur de son père.

Le procès des meurtriers présumés de l’ancien conseiller général, en novembre 2016, a pris une tournure particulière, hier après-midi, avec les témoignages de la famille de la victime.

C’est Carmise Clet, l’épouse du défunt, qui s’est exprimée la première. Elle a été invitée par la présidente Véronique Jauvion à revenir sur les faits. Ce jour-là, Carmise Clet revenait d’une mission de deux jours à Saint-Georges de l’Oyapock. Elle est arrivée vers 21 heures, moins d’une heure avant le drame. Elle a discuté avec sa voisine avant de retourner au salon où son époux se trouvait. Ils étaient ensemble devant la télé car ils avaient l’habitude de regarder un feuilleton le soir. C’est à ce moment-là qu’elle déclare avoir vu son mari se lever et se diriger vers la porte d’entrée. «  J’ai juste vu un garçon petit et clair de peau. » Le reste s’est produit en quelques secondes et Carmise Clet a entendu le coup, puis a vu son mari par terre : «  Je n’ai pas eu le temps de penser. Mon mari s’est écroulé. J’ai vu sa tête explosée au sol. » À ce moment de son témoignage, Carmise Clet n’a pu retenir ses larmes. Elle explique que la reconstruction est passée par un déménagement dans le sud de la France où elle est partie en 2018 avec ses trois enfants : «  Je suis revenue pour le procès. »

Besoin que les choses soient dites

Carmise Clet est revenue sur la personnalité de son époux. «  C’était un leader positif. » Elle a expliqué qu’à sa disparition «  tout s’est écroulé : j’ai perdu quelqu’un d’une très grande valeur  ». Pour elle et ses enfants, aujourd’hui, ils ont «  besoin de savoir. On continue à vivre mais on a envie que les choses soient dites. » Et d’ajouter : « On demande aux accusés de dire la vérité. » Carmise Clet a le sentiment «  qu’ils s’accusent les uns, les autres et se rejettent la faute et que certains essaient même de se dédouaner. »

La plus jeune des filles du couple a ensuite pris la parole. Elle est également revenue sur le déroulé des faits au moment du drame : «  L’un d’eux a poussé la porte avec son pied et a dit à mon père en créole : «  Donne moi ton  »… Il était petit. Il était torse nu avec un tatouage et il avait un t-shirt sur la tête et un fusil à la main gauche  », a expliqué calmement la jeune fille, aujourd’hui âgée de 15 ans. «  Je suis allée dans la chambre de mon frère. J’ai entendu un grand boom, ma mère qui criait. Mon père était dans une mare de sang.  » Aujourd’hui, la plus jeune fille de Patrice Clet veut « des réponses  ». Elle s’est ensuite directement adressée aux trois accusés : «  Même si vous croyez que vous êtes impliqués moins que d’autres, la vie est un choix. J’aurai pu partir à la dérive après ça, mais j’ai fait un choix. »

Le fils pardonne à deux des accusés

Puis, c’est le fils de Patrice Clet, âgé de 18 ans, qui s’est ensuite avancé à la barre. Il a directement évoqué son sentiment à l’heure de ce procès et après avoir entendu les accusés parler dans la matinée. «  J’imagine ce que Douglas a vécu. Je comprends qu’il a vécu un calvaire dans la rue. Je vois une sincérité dans son pardon. C’est vrai qu’il ne va pas me rendre mon père mais je pardonne Douglas. Il n’a pas eu la vie qu’on a eu. Pour McKenzie aussi, je vois une sincérité dans ses propos, a-t-il complété. Et de conclure : « Je n’oublierai jamais mais je ne peux pas rester là, à les détester. » Sur les faits, il a expliqué avoir vu trois silhouettes sans avoir pu les reconnaître et puis avoir entendu sa mère crier «  ils ont tué mon mari  ». Il a vu son père par terre : «  Je n’avais jamais vu du sang aussi rouge. » Il s’est mis à genou et a touché son père. Parmi les parties civiles qui se sont exprimées, il y a aussi le frère de Patrice Clet, Didier, qui a rappelé combien il était «  rassembleur  » : «  Il aimait faire la fête et rassembler . » Il a expliqué qu’il s’agissait d’ « un homme droit dans tout ce qu’il faisait  », et que cela était dû à l’éducation qu’ils avaient reçue.

Les parcours de vie chaotique des accusés

Des propos qui s’opposent à ceux des accusés qui se sont longuement exprimés hier aussi. Ils ont été entendus pour faire le point sur leurs personnalités. Jérôme Douglas a eu une enfance chaotique. Il a fréquenté la rue. Il a commencé à fumer des joints dès l’âge de 11 ans, initié a-t-il dit par son beau-père. Sur le plan professionnel, là-aussi, le parcours semble compliqué, parsemé de «  petits jobs  ». Jérôme Douglas a présenté ses excuses auprès de la famille Clet : «  Ce que j’ai fait, c’est pas bien. Je pleure tous les jours. Je m’excuse et je vous demande pardon  », a-t-il ajouté. Il a été interrogé sur la déclaration qu’avait faite la veille un travailleur social, qui doutait qu’il ait pris conscience de la gravité de ses actes. Il a aussi été interrogé sur sa relation conflictuelle avec Kérian Bourguignon, un des deux autres accusés, en prison. Ce dernier est aussi revenu, avec ses mots et un ton bien à lui, sur son parcours de vie. Il a expliqué qu’il avait toujours trouvé à travailler après avoir arrêté l’école à 18 ans. Il s’était engagé au RSMA. Tout comme Yannick McKenzie. Lui a estimé avoir reçu une «  bonne éducation  ». Mais il est également tombé dans la drogue en fumant des stupéfiants dès ses 15-16 ans. Il est père de trois enfants, de deux mères différentes. La mère de deux de ses enfants est d’ailleurs venue à la barre et a apporté son soutien à l’accusé.

Samir MATHIEU

« On ne sait pas encore pourquoi il a été tué »

« Ils se sont exprimés comme ils le voulaient. Je pense que c’est très important pour leur reconstruction parce que perdre son père à 12 et 15 ans c’est très difficile. Ce sont des âges où on a besoin des parents, du papa et de la maman, et de le perdre dans ces conditions là, avec tant de sang, c’est terrible. Ce sont des gens qui étaient dans une famille très unie, très engagée politiquement, des militants, des gens qui avaient une rigueur, une façon de vivre très solide. Et quand David dit aux jeunes qu’il leur pardonne, qu’il les comprend, ce n’est pas parce qu’on a pas de famille, qu’on a vécu dans la rue, qu’on doit tuer quelqu’un et d’une façon aussi gratuite. Car on ne sait pas encore pourquoi il a été tué. On attend la réponse, mais lors des procès d’assises, on sort souvent sans réponses. »

La femme et les enfants de Patrice Clet ont témoigné lors de ce deuxième jour du procès de ses meurtriers présumés / photo d’archives - Samir MATHIEU
Incident entre un avocat et un membre du public

Un incident d’audience a eu lieu hier après-midi entre un avocat et deux personnes dans le public. Me Mustapha Khiter s’est agacé des bruits et ricanements qu’il entendait de la part de personnes présentes dans la salle. Il a interrompu son propos en expliquant qu’on « était pas dans une salle UGC ».

Le ton est monté avec une personne présente parmi le public et celle-ci a été évacuée, non sans faire savoir son mécontentement. Le silence est vite revenu et l’audience a repris son cours normal.

Cet incident est aussi lié au problème d’insonorisation de la salle. Le public était mécontent de ne pas entendre les propos tenus par l’avocat. Les choses se sont améliorées entre lundi et mardi mais la qualité sonore laisse toujours à désirer pour que l’assistance puisse entendre dans de bonnes conditions tous les échanges qui ont lieu au cours de ce procès.

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Vos commentaires

den97300 22.11.2019
Un procès douloureux

Je ne peux que m'associer à la peine de la famille la victime. À lire et à comprendre les propos des accusés, c'est leur parcours de vie qui explique, ne serait-ce qu'en partie, ce déchaînement de violence. Il a du en falloir du courage, de la détermination, et surtout, une union familiale. Une union familiale pour pouvoir remonter la pente, et ne pas sombrer pour les membres de cette famille victime. J'espère très sincèrement que la justice rendue sera juste et que ces accusés, en dépit de leur parcours de vie, recevront une peine qui sera à la hauteur du préjudice subi.

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