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Élections législatives aujourd'hui

Les élections démarrent au Suriname sous surveillance

Propos recueillis par Stéphane HESPEL Lundi 25 Mai 2020 - 12h23
Les élections démarrent au Suriname sous surveillance
Antoine Joly, ambassadeur de France au Suriname, observe aujourd'hui les opérations de vote. Il est depuis ce matin à Albina, ville séparée de la Guyane par le fleuve Maroni. - Photo DR

Testé positif au covid-19 à la mi-mars, mais retourné quelques temps après à Paramaribo, l'ambassadeur de France au Suriname, Antoine Joly, a aujourd'hui un rôle d'observateur dans les élections législatives qui se déroulent depuis ce matin au Suriname. Le pays doit élire 51 députés ainsi qu'un certain nombre d'autres représentants. Ce processus électoral doit aboutir en août à la désignation du prochain président.

Comment vous sentez-vous après avoir été testé positif au Covid-19 ?
Bien. J’ai été testé positif au covid-19 début mars. Je cochais un certain nombre de cases qui pouvaient entraîner des complications, fièvre, fatigue, toux. J’ai d’abord été hospitalisé au Suriname. Mais le médecin des Affaires étrangères a demandé au centre hospitalier de Cayenne de me prendre en charge. Quelques jours. Ensuite je suis revenu à Paramaribo.

Je l’ai attrapé par un touriste néerlandais dans le cadre d’une mission sur le Maroni, sur la question de la frontière. On a pris un petit avion intérieur. C’est dans la petite salle d’attente de l’aérodrome, dans le centre de Paramaribo, que j’ai dû être infecté, le 12 mars, au contact d’un touriste néerlandais qui était lui aussi positif.
Cela a-t-il eu une incidence sur le fonctionnement de l'ambassade ?
On a rapidement pris des mesures à l’ambassade. Personne d’autre n’a été contaminé.
On a fermé l’ambassade. Les personnes étaient en télétravail. On a été obligé de mettre tout le monde en quarantaine stricte. Et de réaliser des tests. Mais personne d’autre n’a été positif.

On a fermé la section consulaire car la frontière est fermée. Nous ne délivrons plus de visa.
Depuis 10 jours, l’ambassade a rouvert. On fonctionne surtout par téléphone, télétravail. L’état-civil a pris du retard du fait du black-out. Mais même hospitalisé j’ai continué à suivre l’actualité politique, économique et sanitaire. Nous avons une communauté française qu’il a fallu en partie rapatrier. Prévoir des ferrys. Rapatrier des gens du Guyana par des vols de Georgetown jusqu’à Paramaribo et ensuite les faire prendre un avion de la KLM pour l'Europe.

Je n’ai plus reçu de visiteurs durant cette période. Nous avons dû assurer le suivi des élections au Guyana. Le 2 mars, j’y était allé une semaine pour une période d’observation électorale. Puis je suis revenu pour la mission sur le fleuve durant laquelle j’ai été infecté.
On travaille beaucoup en visioconférences avec les Surinamais, notamment avec le ministère des Aaffaires étrangères.
Le rapatriement des Français s'est-il bien passé ?
Parmi nos missions, nous avons effectivement dû organiser le rapatriement des Français. Au Suriname, on compte 150 personnes, au Guyana 40. La communauté est réduite de moitié, aujourd’hui. Il y a eu quelques cas compliqués de Français qui voulaient rentrer sur la Guyane, soit parce qu’il avait de la famille en Guyane ou au Antilles et qu’il voulait la rejoindre. L’avion militaire qui devait les transférer n’a pas pu pour des raisons de sécurité intérieure.

Pour ceux qui voulaient rentrer en Europe, on a trouvé des solutions. C’est plus compliqué entre le Suriname et la Guyane avec la quarantaine, dans un sens ou l’autre.
Comment se présentent les élections qui ont lieu ce lundi 25 mai ?
Le président Bouterse voulait que les élections aient lieu à la date fixée. La situation économique et financière du pays n’est pas forcément très bonne et elle sera sans doute pire dans les semaines et les mois à venir. Du coup, les autorités étaient très vigilantes sur la propagation du virus. Et les élections auraient certainement dues être bougées si la propagation avait eu lieu autrement. Les Surinamais étaient très stressés et très actifs à la frontière.

Sur le plan technique, ces élections ne se passent pas trop mal. Elles sont aussi maintenues en accord avec l’opposition. La situation sanitaire le permet. Néanmoins, un certain nombre de mesures ont été prises. Le nombre de personnes dans le bureau de vote sera limité. Il faudra se nettoyer les mains, utiliser son propre stylo…
Quel rôle tenez-vous dans ce scrutin ?
Nous sommes trois pour l’ambassade de France dans le costume d’observateurs, à la différence des Néerlandais, absents. J’aurai souhaité que mon attaché de Défense et celui de la Sécurité intérieure soient là aussi. Mais ils sont résidents à Cayenne et c’était compliqué pour qu’ils viennent avec l’application du système de la quarantaine. On a déjà eu quelques réunions. Les élections sont organisées par le ministère de l’iIntérieur. On espère que tout va bien se passer.

L’observation électorale internationale quant à elle va être allégée. L’Union européenne ne viendra pas. A la base, elle devait être légère, avec 5/6 personnes. Contrairement au Guyana début mars (80 personnes). Elle a été annulée pour des raisons sanitaires et aussi de transports qui ne fonctionnent pas actuellement.
Deux observations internationales sont là, néanmoins.
Oui. Les personnes sont arrivées il y a quelques jours. C’est l’OEA (organisations des états américains), arrivée en fin de semaine dernière et la Caricom (Communauté caribéenne) présente depuis mardi dernier. Les deux étaient déjà là lors de précédentes élections. Ils repartiront le 28 mai. C’est une observation vraiment « light ». L’ambassade des Etats-Unis, du Brésil, les ambassades indonésienne et indiennes seront aussi là en tant qu'observateurs.
Quand peut-on espérer avoir les premiers résultats ?
Les premières tendances, la dernière fois, avaient été données vers 3 heures du matin. Le resultat des élections devrait être compliqué. Il ne devrait pas y avoir de majorité absolue pour aucun des partis. Demain, c’est l’élection des députés à la proportionnelle… et eux éliront ensuite le président à la majorité des deux tiers.

Les Surinamais élisent aussi les délégués régionaux (environ 615), qui eux-mêmes éliront… d’autres représentants… on risque d’avoir une élection du président fin août. Il pourrait y avoir une cohabitation, possible sur le papier, mais elle n’a jamais eu lieu dans l’histoire de ce pays. Aujourd’hui le NDP (parti national démocratique, favorable au président Bouterse) a la majorité à l’assemblée.
Comment se déroule actuellement la coopération entre le Suriname et la… Guyane ?
« J’ai des relations très régulières avec le préfet de Guyane. La dernière réunion a eu lieu en mars, avec le préfet, la police aux frontières, la gendarmerie, les responsables de la sécurité au Suriname… en fait, jusqu’au lendemain même de mon retour à Paramaribo. Nous abordons généralement des questions sur la sécurité, le maintien de la frontière, l’ orpaillage illégal… Il y a eu pas mal d’avancées dernièrement, car les Surinamais étaient assez favorables de pouvoir signer certains accords avant les élections. Ils étaient plein d’allant. »

L’accord de coopération judiciaire était bloqué depuis un an et demi. Les incidents à la frontière (trois au total, qui ont eu pour conséquences de refroidir les dossiers) avaient bloqué les relations. Le conseil du fleuve avait été suspendu. Ainsi que les missions conjointes. Mais au final, ces derniers temps, avant l’arrivée du virus, on a plus avancé que durant les 18 derniers mois écoulés.

En un peu plus d’un an, j’ai fait quatre missions sur le fleuve. On a encore un désaccord sur trois îles sur lesquelles il va falloir trancher… mais il y en a 950 au total. Mais ce ne sera pas fait tout de suite. Ce n’est pas jouable maintenant mais cela le sera sans doute assez facilement à partir de septembre.
Guyana et Suriname moins touchés
« Le virus en Amérique latine est arrivé par l’Europe, par les grands centres globalisés. Panama, Lima, Santiago, Bogota… les pays moins mondialisés, plus isolés, ont été moins touchés. C’est le cas des trois Guyanes, explique Antoine Joly.

Au Guyana plus de 1 000 tests ont été réalisés pour un peu plus d'une centaine de cas positifs. Il y a une inquiétude qui s’est développée à la frontière avec le Brésil, avec la région du Roraima, mais où ça augmente. Mais l’Amapa a été touché avant. Il y a des Amérindiens des deux côtés de la frontière, au sud du Guyana. Le virus se balade dans le pays. Mais il n’y a pas encore eu l’explosion qu’on pouvait craindre. En raison aussi de la situation politique. Mais qui est calme aujourd’hui.

Au Suriname, dès le 14 mars, tous les vols ont été arrêtés, même ceux avec les Pays-Bas. Les 10 cas venaient tous d’une contagion liée à l’Europe. Ça a été une décision positive. Les frontières ont été fermées, notammant avec Saint-Laurent, car c’est avec Albina un des endroits où il y a le plus de trafic. Là, il a été réduit à zéro. C’est d’ailleurs étrange de voir cette zone aussi calme. Le Suriname a suivi de près aussi le cluster à Grand-Santi. Des moyens on aussitôt été mis en place. Des contrôles effectués et parfois même avec un peu trop de zèle. J’ai dû rappeler aux autorités qu’ils n’avait pas à faire la police sur les transports France-France, entre Grand Santi et Saint-Laurent, avec des médicaments ou des patients à bord.

il y a eu la semaine dernière un onzième cas. Un Brésilien qui avait pris un bateau à Bélem, un garimpero. Sur les neuf, un seul était positif. Et le principal risque vient aujourd’hui du Brésil. Entre le Suriname et le Brésil, il n’y a pas de route. Au Suriname, les vols intérieurs ont été supprimés.

Concernant cet aspect de frontière, la situation au Guyana est un peu différente. Il n’y a pas, à la frontière avec le Brésil, des villes qui se situent face à face. Il n’y a pas énormément de trafic, mais ça reste une expédition. Ça prend un certain temps. Mais il y a quand même pas mal d’illégaux en quarantaine. Là aussi il n’y a plus de contact avec l’Europe et l’Amérique du nord. »
 
« Ça fait presque dix ans que j’ai quitté la France »
« Normalement, je pars en septembre. J’ai bientôt 65 ans. Je peux éventuellement prolonger jusqu’à 67 ans… cela dépendra un peu de ce qui pourra m’être proposé. J’ai aussi bien envie de prendre ma retraite. Normalement, on ne nomme pas un ambassadeur pour deux ans. Ça fait presque dix ans que j’ai quitté la France et on vit aussi une période un peu exceptionnelle durant laquelle on est un peu bloqué. Je pensais visiter un peu l’Amérique latine pendant les vacances… mais c’est désormais exclu. »
 





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