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[TRIBUNE] Le monde d’après : finiront-ils par comprendre que nos accents sont une richesse ?

Jeudi 22 Octobre 2020 - 08h20
[TRIBUNE] Le monde d’après : finiront-ils par comprendre que nos accents sont une richesse ?

Un journal, c’est aussi un espace de liberté et d’expression libre. Nous vous proposons, ici, de renouer avec nos « pages Débats », en nous envoyant vos tribunes, vos prises de position, vos avis à l’adresse mail france.guyane@agmedias.fr. Retrouvez ici, la tribune de Gilles Djéyaramane.

La nomination de Jean Castex aux fonctions de Premier Ministre de notre pays en juillet dernier a étonné plus d’un d’entre nous. Si le parcours du Premier Ministre ainsi que sa faible notoriété ont  attiré l’attention des observateurs, un autre aspect a occupé l’espace médiatique. Il s’agit de son accent provincial, marqueur quasi indélébile de ses origines. Oui, Jean Castex assume son accent à l’image d’une Christiane Taubira, d’un Jean Lassalle ou d’un Jean-Michel Aphatie. Aujourd’hui, avec le temps et certainement avec la gravité de la situation sanitaire, économique et sociale, cette particularité semble enfin se gommer peu à peu. Il n’y a plus de place pour le superflu. Espérons qu’il s’agit d’un mouvement de fond.

La question des accents est une question délicate dans notre République marquée par un centralisme Jacobin parisien. Il est indéniable qu’il existe et perdure une discrimination sociale par l’accent dans notre pays.  Cette situation mène encore à des injustices qu’il convient de dénoncer et de combattre.
Une responsabilité médiatique
Au-delà de la culture de notre pays, il est important de noter la forte responsabilité que porte les acteurs du monde des médias dans la perpétuation de cette discrimination. Nombreux sont les jeunes élèves journalistes de différentes institutions et établissements ayant affronté dès les bancs de l’école une vindicte de la part de leurs enseignants et de leurs camarades de promotion. En effet, Il n’est pas bon de posséder un accent pour un futur acteur médiatique. On se retrouve rapidement dans l’obligation de changer ou de retourner dans son terroir. Ce sujet est d’ailleurs devenu paradoxalement « marronnier » chez certains médias, mettant en scène des journalistes ou chroniqueurs célèbres à l’image d’un Jean-Michel Aphatie. Les souffrances vécues par un certain nombre de personnalités et d’anonymes sont relayées le temps d’un article ou d’un reportage audio-visuel puis très vite oubliées.
Une terrible vexation pour nos concitoyens mais aussi pour nos amis francophones
Il est très rare d’avoir une discussion poussée au sujet des accents dans notre pays.  Cela est considéré comme peu important, négligeable voire anecdotique. Il est dans les habitudes de moquer les accents (autre que celui parisien dit de Tours) et personne n’y accorde de l ‘importance. Parfois, ces moqueries mêlent du mépris voire une forme de racisme. Tout le monde sait qu’il existe une gradation dans l’acceptation des accents. On moquera l’accent Belge, Suisse ou l’accent Québécois (avec une pointe d’affection pour les cousins d’Amérique), on méprisera ceux du Maghreb, d’Afrique ou des Antilles sous-entendant l’incapacité de leurs ressortissants à assimiler la langue de Molière.

Alain Mabanckou, Prix Renaudot et professeur à l’Université de Los Angeles dans un de ses essais, « le sanglot de l’homme noir » livre son vécu et son expérience. « Chaque fois que le français « de souche » est menacé par un étranger sur le plan de la langue, moquer l’accent de ce dernier est un ultime recours. ». Une situation également vécue par certains provinciaux en région parisienne au sein des entreprises, en société, dans les médias ou même les lieux de pouvoir.
La Francophonie, riche de la diversité de ses accents
L’espace francophone regorge, d’une multitude d’accents : Antillais, Belge, Ivoirien, Libanais, Malgache, Québécois, Sénégalais, Suisse, … Tous se révèlent être une frange à la fois de l’identité francophone et de leurs terroirs respectifs. La Francophonie et la France ont tout à gagner à être fières de tous ces accents signes d’une vitalité linguistique et culturelle renouvelée et de la persistance d’une influence civilisationnelle.

Comme le résume Alain Mabanckou, « on ne parle pas mieux une langue quelle qu’elle soit parce que l’on a un bel accent, mais parce que l’on sait jouer avec ses règles » et disons-le avec son intelligence.  Espérons que dans le monde d’après, nous saurons en France évoluer vers une plus grande inclusion…

Gilles Djéyaramane

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