France-Antilles et ses partenaires utilisent des cookies pour le fonctionnement de leurs services, réaliser des statistiques d’audience, proposer des contenus et publicités personnalisés. En utilisant ce site, vous consentez à cette utilisation. En savoir + et gérer ces paramètres. OK
  • Partager cet article sur Facebook
  • Partager cet article sur Twitter
  • Partager cet article sur LinkedIn
  • S'abonner aux flux RSS de France-Antilles.fr

"Un Guyanais n’a pas de couleur"

Propos recueillis par Pierre Rossovich/Photos : Gildas RAFFENEL Lundi 24 Juin 2019 - 12h09
"Un Guyanais n’a pas de couleur"
Photos : Gildas RAFFENEL

Maxxy Dready, ancien membre du groupe Damaniak et artiste plusieurs fois Lindorisé, présente aujourd'hui son deuxième album "Bushinengue", disponible en cd et sur toutes les plateformes de streaming et téléchargement. Interview.

Vous venez de sortir votre deuxième album « Bushinengue » après « Soholang boy » sorti en 2015. Vous poursuivez dans l’autoproduction ?
Oui j’ai appliqué la même recette. J’ai composé et écrit la majorité des titres de « Bushinengue ». J’ai également fait appel à des beatmakers. Et puis il y a une reprise réalisée avec Jean-Paul Agarande : « Adan nou péyi » en featuring avec le rappeur guyanais 1.9.0 évoluant dans l’Hexagone, signé sur le label Soholang prod. Il y a un deuxième featuring avec Wishann Asma également sur le label.
Sur ce nouvel album, vous mettez beaucoup plus en avant la langue bushinengue tongo
Oui, sur le premier album, il n’y avait qu’un seul titre en bushinengue tongo, qui annonçait la suite des choses. « Bushinengue » est la continuité.
Vous évoquez la façon dont est perçue la communauté bushinengue en Guyane
Je pense que dans la société guyanaise, il y a des gens qui sont en quelque sorte traumatisés et que cela freine la dynamique du territoire. J’ai voulu exprimer ce mal-être. Quelque soit l’endroit où l’on est, on porte avec nous la culture de nos ancêtres. Chaque expérience vécue doit profiter à l’humanité. Et en Guyane, on a la chance d’avoir des personnes d’horizons différents. Pointer ces différences crée des traumatismes. On est dans la recherche du vrai guyanais… Beaucoup sont natifs de ce territoire et sont quand mêmes discriminés. À la place de Bushinengue, j’aurais pu appeler l’album Amérindien, Haïtien, Brésilien, Métropolitain… Je ne connais même pas la définition propre d’un Guyanais. Ce que je sais d’un Guyanais, c’est que c’est quelqu’un qui contribue à l’économie et au développement du pays.


À travers l’album, on sent un désir d’éveil, une volonté de conscientisation ?
Nous sommes trop divisés. On a tous une histoire commune. On vient tous du même coin d’Afrique. Si nous sommes sensibles aux mêmes musiques, ce n’est pas pour rien. Il est temps de mettre nos différences de côté et de regarder nos ressemblances. C’est un travail d’unification. Un Guyanais n’a pas de couleur. Un Guyanais est un homme qui habite ce territoire et qui oeuvre pour son bien, à la Jean Galmot. Si l’on profite de ce brassage pour créer une unité, nous serons un exemple pour le monde entier.
Les femmes ont également une place importante dans votre musique. Plusieurs titres leurs sont consacrés : « Mana mana », « Holiday », « Baby ja », « Boom Bang »…
C’est un thème important pour moi. Déjà je n’ai pratiquement eu que des filles ! (rires) J’ai une admiration incroyable et un profond respect pour les femmes. J’aime les mettre en valeur dans ma musique. Et puis cela permet aussi à des hommes qui n’ont pas forcément le verbe facile d’avoir une bande originale qui peut les aider à atteindre leur objectif. Un petit coup de main musical ! (rires)
C’est presque du social à ce niveau là !
Ma mère disait que si les chansons ne reflétaient pas la réalité de tous les jours, ça ne servait à rien de chanter. La musique est une expression libre, où tu dis ce que tu penses de façon astucieuse. Lorsque tes mélodies et tes paroles touchent les gens et qu’ils se les approprient, cela devient une arme redoutable. On retrouve ça dans le kasé kò. Comme par exemple avec la chanson de Tatie Léodate où elle répond à ses détracteurs durant les manifestations. C’est une façon de répondre avec élégance. La musique permet de garder la tête haute, de s’amuser des choses de la vie, ou encore d’en pleurer. La musique doit être vivante. J’applique cette formule.
Vous évoquez aussi le phénomène des mules sur « No money More problems » ?
Quand tu n’as pas d’argent, c’est l’accumulation des problèmes. On vit à l’heure du business, de l’offre et de la demande. Là où il y a des gens qui souffrent, il y aura des volontaires pour faire n’importe quoi afin d’avoir une vie meilleure. La solution ne doit pas venir des autres mais de nous. C’est à nous de nous réinventer, de trouver des sources de revenus autres, en respectant les lois françaises. Il y a un choc social : tout le monde est câblé, tout le monde a envie d’être consommateur, sans penser à créer de la richesse. Cette richesse, on la porte déjà en nous. C’est là que l’on trouvera notre salut. On peut aussi être des bosseurs et gagner notre vie dignement.
Le dernier titre de l’album se nomme « Obia ». De quoi s’agit-il ?
C’est une science spirituelle héritée de nos ancêtres d’Afrique et qui a permis de nous soigner depuis des siècles. L’Obia a été classée au rang de magie noire lors de la colonisation, mais c’est une philosophie. Ce n’est pas pour faire du mal aux gens. C’est une communion entre la terre et l’homme. Mettre du thé dans de l’eau, c’est déjà de l’obia. C’est la connaissance des plantes. Certains tournent le dos à tout ça. Pour moi, ils sont perdus spirituellement.
Qu’avez-vous pensez de la récente visite d’une délégation guyanaise en Côte d’Ivoire, initiée par Serge Bilé ?
J’étais très ému. Je devais y aller, mais, en pleine préparation de l’album, je n’ai pas pu dégager de temps. C’est un voyage que je ferai. Mon être et mon âme en ont besoin pour être complets. Pour me sentir appartenir à quelque chose de plus grand que moi. Mon histoire n’est pas l’esclavage. Ce n’est que la partie visible de l’iceberg. Les ancêtres qui ont su résister à la tyrannie, voilà mon histoire. C’est inscrit en moi.
Quelle est votre ambition avec « Bushinengue » ?
L’album a été fait pour toucher toute la diaspora afrodescendante. C’est un outil de réunification pour les afrodescendants où qu’ils soient, pour se situer dans l’espace temps.
Il y aura-t-il des clips issus de l’album ?
J’ai décidé de ne pas sortir de clips pour l’instant. On vit à l’heure de l’image. Le public a pris l’habitude de consommer la musique avec des clips. J’avais envie qu’il se réintéresse aux paroles avant l’image. On arrivera avec des clips par la suite.
Un dernier mot ?
Je remercie Denis Duvigneau, producteur exécutif du projet en support physique ; Jean-Paul Agarande de m’avoir permis d’utiliser son oeuvre ; et tous ceux qui ont participé à l’album. On mène le même combat. Force à tous ceux qui ont connu la discrimination.

Photos : Gildas RAFFENEL -


Pour transmettre un commentaire, merci de vous identifier (ou de vous inscrire en 2min)

Mot de passe oublié?
Inscription express
1 commentaire

Vos commentaires

zene973 25.06.2019

Bravo monsieur quand vous dites qu'un guyanais n'a pas de couleur.Mais en ce qui me concerne j'irai encore plus loin en disant que tous les habitants du monde n'ont pas de couleur.En attendant félicitations pour cette prise de position chez nous ......

Répondre Signaler au modérateur
Sur le même thème

Venssy : Cyan Done Boss

Lundi 1 Juillet 2019

A la une
8 commentaires